Savoir/pouvoir chez Foucault

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Savoir/pouvoir chez Foucault

Message par chapati le Dim 12 Mar - 3:55

Relation entre savoir et pouvoir chez Foucault, à partir d'un résumé tiré de cours de Deleuze (sur Foucault) :

Nous nous trouvons devant deux formes irréductibles : la forme du visible, la forme de l’énonçable. Il n’y a ni forme commune ni correspondance entre les deux formes et pourtant on retombe toujours sur le même cri, d’urgence : et pourtant, il faut bien qu’il y ait un rapport. Pourquoi ? Parce que la forme du visible et la forme de l’énonçable composent le savoir.
On voit bien que non seulement les fonctions sociales sont des fonctions d’extériorité, mais que toute forme est une forme d’extériorité. Parce que, une forme, c’est une condition. La forme du visible, c’est la condition des visibilités. La forme du langage, c’est la condition des énoncés.

Il y a des captures mutuelles : vous ne dégagez pas des énoncés sans susciter du visible, ou des visibilités sans faire proliférer des énoncés. Les deux formes sont hétérogènes, mais en présupposition réciproque, il y a capture mutuelle. Du visible s’insinue dans l’énonçable, de l’énonçable dans le visible.

Si savoir a non pas deux parties extérieures entre lesquelles il établirait une visée ou un pont, mais deux parties immanentes, qu’est-ce que c’est savoir ? Qu’est-ce que le savoir fait avec ces deux parties constituantes ? La réponse de Foucault c’est : savoir c’est entrelacer le visible et l’énonçable, l’énonçable et le visible. La capture mutuelle constitue cette espèce d’entrelacement, que je proposais d’appeler une "strate". Sans doute qu’une strate, c’est une formation historique, mais "formation historique" serait ambigu ; ça nous laisse dans l’idée qu’une époque précède ce qui se passe dans l’époque. Or pour Foucault, c’est l’inverse, une formation historique découle de tel mode d’entrelacement du visible et de l’énonçable, c’est-à-dire une formation historique découle d’une manière dont la lumière tombe, d’une manière dont "il y a du langage" et d’une manière dont s’entrelacent les énoncés du langage et les visibilités de la lumière.

Vous ne pouvez définir une formation historique que lorsque vous avez assigné une strate. Toute formation historique dit tout ce qu’elle peut dire et voit tout ce qu’elle peut voir ; on dit toujours tout ce qu’on peut, on voit toujours tout ce qu’on peut voir. Donc l’entrelacement du visible et de l’énonçable constitue ce qu’on appellera les relations de savoir.

Dès lors, la conciliation des captures mutuelles ou des insinuations réciproques ne peut se faire que dans une autre dimension, elle exige un nouvel axe. Et cet axe est constitué par les rapports de pouvoir.

Et on ne comprendra rien à la théorie du pouvoir de Foucault si on ne la subordonne pas à l’affirmation que le pouvoir n’est pas une forme. Les formes sont les formes du savoir. Le pouvoir n’est pas une forme, le pouvoir est l’élément informel par excellence. Il n’y a pas de forme du pouvoir et c’est pour ça que les rapports de pouvoirs sont aptes à instaurer les relations de savoir qui s’établissent entre les deux formes irréductibles du savoir. C’est le rapport de pouvoir, les rapports de pouvoir, qui vont rendre compte des relations de savoir.

Il fallait avoir composé un corpus de mots et de phrases pour dégager les énoncés ; de même, pour former un corpus de choses et d’états de chose d’où l’on pourrait dégager les visibilités. La réponse de Foucault est que les règles d’après lesquelles on dégage un corpus dont on tirera les énoncés ne présupposent rien des énoncés eux-mêmes. C’est donc pas les énoncés qui vont nous guider dans le choix du corpus, c’est les foyers de pouvoir (et de résistance au pouvoir) autour desquels bourdonnent les mots, les phrases, le "on parle".

Et ça, c’est toujours la réponse de Foucault, qu’il n’y a que les foyers de pouvoir et de résistance au pouvoir qui peuvent rendre compte des mots, des phrases qu’on retiendra dans la constitution d’un corpus : si le savoir est pris dans une telle bataille, d’où voulez-vous que cette bataille vienne, sinon des rapports de pouvoir en train de se faire et de se défaire ?

On dépasse le savoir vers le pouvoir parce qu’encore une fois, savoir c’est entremêler voir et parler. Pas "toujours" dit Foucault, mais très souvent c’est le pouvoir. Le pouvoir, peut-être qu’il voit rien et qu’il ne parle pas. Mais dès qu’il parle, il constitue des savoirs. Et même si le pouvoir ne parle pas et ne voit pas, il fait voir et il fait parler.

Faire parler, tirer à la lumière, ça fascinait Foucault. Le pouvoir qui, finalement, va organiser les deux pôles du savoir et les entremêler par un coup de lumière, un coup de langage : je parle / je te donne à voir.
http://www2.univ-paris8.fr/deleuze/article.php3?id_article=427

chapati
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