Spinoza : résumé

Aller en bas

Spinoza : résumé

Message par chapati le Lun 3 Avr - 9:31

Spinoza semble parler de sagesse. Il propose un nouveau modèle à la philosophie, où le corps n'est plus dévalué au profit de l'esprit. C'est d'un même mouvement qu'il s'agit de saisir la puissance du corps et celle de l'esprit : "l’ordre et la connexion des idées sont les mêmes que l'ordre et la connexion des choses" (parallélisme). Et si la pensée et le corps n'influent pas l’un sur l’autre (une idée ne peut être affectée que par une idée, un corps par un corps), ils se disent d'un même sens : on ne sait ce que peut un corps, de même la pensée dépasse la conscience qu'on en a (soit une préfiguration de l'inconscient).  
Spinoza définit le désir comme "l'appétit avec conscience de lui-même" (en précisant que la conscience n'ajoute rien à l'appétit), mais l'appétit n'est pour lui rien d'autre que l'effort-même (appelé "conatus") par lequel chaque chose tend à persévérer dans son être. Persévérer dans l'être, telle est la nature des choses selon lui, nature qu'il faut suivre si l'on veut accomplir notre puissance d'être et d'agir.

Quand un corps rencontre un autre corps, une idée une autre idée, ou bien ils composent un tout plus puissant ou bien ce rapport affaiblit notre cohésion. Quand on compose avec ce qui convient à notre nature, on augmente ainsi notre puissance d’agir, alors que les passions tristes nous en séparent. Ainsi l'on oscille entre joie et tristesse, ce qui nous détermine.
La conscience apparaît comme le sentiment continu d'un tel mouvement, mais ne fait que recueillir ces variations sans en connaître les causes (plus tard, Nietzsche écrira que "la conscience n'apparaît que quand le tout veut se subordonner à un tout supérieur, elle est d'abord la conscience de ce tout supérieur, de la réalité extérieure au moi"). Sans cesse elle prend les effets pour des causes : l'effet d’un agent extérieur, elle en fait une finalité ou une volonté (ainsi un garçon en colère croit vouloir la vengeance). Ainsi elle se prend pour cause première de toutes choses, et invoque son pouvoir sur le corps (et quand elle ne peut s'imaginer cause première, elle invoque Dieu transcendant).

Spinoza dénonce les valeurs transcendantes liées aux illusions de la conscience. La vie est selon lui empoisonnée par les catégories de Bien et de Mal, de faute et de mérite, dévorée par la haine et la culpabilité. Il substitue l'éthique à la morale et ses valeurs transcendantes. Pour lui on tend vers une chose non parce qu'on la juge bonne mais on la juge bonne parce qu'on tend vers elle.
 Bien et Mal deviennent ce qui convient ou pas à notre nature, les valeurs sont celles correspondant à nos modes de vie. Le mal n'exprime plus que l'ignorance, il est issu d'un idéal que l'imagination plaque sur les êtres. L'éthique n'envisage plus ce que l'on devrait être pour se conformer à ce qui serait notre essence, mais ce que peut tel ou tel homme (en fonction de ses propres capacités et limites).
Connaître les causes, les lois naturelles, nous fait renoncer au diktat des lois morales. Or pour lui la philosophie n'a pas à parler de morale. Il s'agit de comprendre. Comprendre les relations de causes à effets est le vecteur de notre accomplissement. Comprendre nous évite de pâtir des choses et nous permet au contraire d'agir sur elles, d'augmenter notre puissance, d'aller vers toujours plus de liberté. La liberté est de passer de la puissance à l'acte, d'exprimer la puissance de notre entendement et non celle de l'imagination. La joie éthique est le corrélaire de l'affirmation spéculative.

Spinoza se veut moniste, pour lui il n'y a qu'une seule substance : "Dieu ou la Nature". La substance est cause du monde, mais cause immanente : elle n’est rien d’autre que son effet (on pourrait peut-être remplacer Dieu par "la Vie" : la vie cause d’elle-même, sans nécessité d'aucune autre instance). L’existence est éternelle et en mouvement. Elle est cause en soi. La substance n’est pas un "composé de", mais contient tout, elle est totalité. Elle n’est pas cause initiale, mais cause enveloppante : "La connaissance de l'effet dépend de la connaissance de la cause, et elle l'enveloppe". L’effet est prolongement des causes immanentes.
Spinoza établit un système qui s'ordonne à partir de là, un monde sans transcendance ni finalité.  
De la substance, notre entendement perçoit deux attributs, le corps et la pensée. Le corps est un mode fini (de l'étendue), l'âme est l’idée du corps (mode infini de la pensée). L’entendement peut voir intuitivement ce qui existe, et donc Dieu ou la Nature (la pensée en étant donc une facette).
Les modes eux, sont les différentes manières d’être (modes de vie). L'homme est envisagé comme un mode. Il est affecté par le monde extérieur (le soleil m'affecte). Un mode agit ainsi sur un autre sans sortir de son mode. Ce qui caractérise un mode de vie, c'est avant tout sa puissance d'être affecté.

Résumé d'un non-lecteur de Spinoza, bidouillé ça et là à partir de je-ne-sais-où et souvent Deleuze : à discuter, arranger, compléter, améliorer etc... à vos plumes et merci d'avance !


Dernière édition par chapati le Jeu 30 Nov - 17:14, édité 1 fois

chapati
Admin

Messages : 320
Date d'inscription : 28/02/2017

Voir le profil de l'utilisateur http://philodeleuze.forumactif.com

Revenir en haut Aller en bas

Re: Spinoza : résumé

Message par chapati le Jeu 18 Jan - 19:37

« La Colère est un Désir par lequel nous sommes incités, par la Haine, à faire subir un mal à celui que nous haïssons ».
« La Vengeance est un Désir par lequel nous sommes incités, par une Haine réciproque, à faire subir un mal à celui qui par un affect identique, nous a causé un dommage ».

Spinoza.

En lisant ça, j´avoue ne pas totalement comprendre l’admiration de Deleuze pour Spinoza.

Des deux côtés il est question de haine. Mais il m’est difficile de sortir quelque chose de ce dialecte obscur. Dans la première phrase, la colère est-elle assimilée à la haine, ou bien se surajoute-t-elle à celle-ci pour la transformer en action ? La première possibilité est absurde, on n’a besoin de haïr personne pour rentrer en colère : une colère n’est pas forcément « haineuse ». La seconde est envisageable.
Mettons ça en parallèle avec la phrase sur la vengeance, où il est question de haine réciproque. Comparons les deux phrases : il semble dit que la vengeance serait une colère peut-être plus tolérable - ou pas, mais en tous cas, qui répondrait à de la haine en face.

La différence entre les deux tiendrait que la colère n’a pas besoin d’une agression haineuse pour s´exprimer. En ce sens, je ne vois pas comment elle pourrait être vue autrement que comme émotion « inférieure » à celle de la vengeance... ou au moins première, auquel cas les deux seraient sur le même pied, la vengeance étant alors une sorte de catégorie de colère. En clair, ce serait du même tonneau.
Bizarre.
Et là, je ne peux pas ne pas me demander si l’explication, ce ne serait pas que la colère est une émotion mal vue au paradis de la béatitude ? Ce qui serait bien faiblard : qu’est-ce qu’on fait des « justes colères » alors, de celles qui par exemple nous motivent pour aider la veuve et l´orphelin ? Des passions tristes tout ça ? Blanc bonnet bonnet blanc, vengeance et colère ? Pas à hauteur du sage ? L’orphelin n’a qu’à devenir sage à son tour, c’est ça le message de la béatitude ?
Mouais.
Sinon la vengeance, je peux tolérer parce que je peux comprendre, c’est tout : contrairement à la colère, il n’y a rien à magnifier dans la vengeance.

Décidément je préfère Deleuze.

chapati
Admin

Messages : 320
Date d'inscription : 28/02/2017

Voir le profil de l'utilisateur http://philodeleuze.forumactif.com

Revenir en haut Aller en bas

Revenir en haut

- Sujets similaires

 
Permission de ce forum:
Vous ne pouvez pas répondre aux sujets dans ce forum