Mondialisation & Traditions

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Mondialisation & Traditions

Message par chapati le Sam 10 Juin - 4:52

À partir de reportages de journalistes envoyés deux semaines en pays exotique et qui en parlent en vieux baroudeurs, les occidentaux sont persuadés d'avoir une vie privilégiée par rapport au reste du monde. Par exemple ils penseront que ça doit être abominable de vivre une vie de pauvre en Inde. En fait je crois que c'est au passage qu'ils référent : à l'espèce "d'accident" qui les ferait passer de leur statut à celui d'indien pauvre. C'est comme s'ils s'imaginaient devenir aveugle... ou encore SDF si l'on veut, pour mieux coller à l'exemple. Bref il ne compare pas des vies, il pense à la chute que représenterait pour lui de passer de l'une à l'autre, à la perte de la sienne pour une autre qu'en comparaison il juge pire (mais l'indien lui, voit les choses autrement, et ce d'autant s'il n'a connu que la pauvreté). Aussi pense-t-il vivre dans le meilleur des mondes, celui seul où il croit possible d'être heureux (pas de muezzin, pas de castes, pas de famine etc). C'est fort de cette image enracinée dans l'opinion de tout un chacun que l'occident vend la démocratie au monde, à travers la mondialisation.

A la chute du mur de Berlin, les hommes d'affaires se sont précipités sur le gâteau : pas une miette désormais ne devait leur échapper. Un bémol cependant, les dictatures : dangereuses et incontrôlables, alors que le système "démocratique" est pérenne : la démocratie répond au désir populaire de justice puisque le peuple pense agir sur le futur en élisant ses représentants : la justice est l'alibi parfait de la démocratie. Ça ne fonctionne pas mais on n'a pas trouvé meilleure théorie. Le système est en outre stable, toute démocratie finissant avec plus ou moins deux partis de gouvernement œuvrant peu ou prou dans le même sens ; avec juste ce qu'il faut de différences de valeurs pour qu'on ait envie de voter contre l'idéologie adverse. Rien de bien révolutionnaire ne peut évidemment sortir de tout ça. En outre, l'information dote les démocraties d'une capacité à manipuler l'opinion publique qui n'a rien à envier aux dictatures. On fourgue au badaud de la matière à penser en l'invitant à penser par lui-même, un exercice où il est en fait question de s'engager une opinion à partir des seuls termes suggérés dans les questions proposées, "majorité" oblige... le citoyen persuadé de penser librement a ainsi l'impression de décider de ses choix. Quant au contrepouvoir des médias, mêmes ceux à l'origine supposés les plus déterminés à assumer ce statut (démocratique) finissent eux aussi "fatigués" : voir comment l'indignation provoquée par les premières caméras de surveillance s'est aujourd'hui presque transformée en bâillement poli face au flicage généralisé via le net. On s'est habitué. Mais peut-on s'habituer à ces questions saturées de mots d'ordre et dénuées de sens qu'on nous distille sans cesse ? Or les types se jettent dessus avec avidité et sans la moindre velléité de recul, surtout ravis j'en ai peur d'avoir quelque chose à affirmer. Et même si un peu de lassitude transpire parfois chez les plus vieux, la fougue des jeunes générations, toujours déterminées et joueuses, compense et renouvelle le système : tout est en ordre.


La stabilité de la mondialisation passe par la démocratie généralisée, l'Occident y joue de plusieurs cartes : la liberté d'expression, dont on voit le triste pli du nivellement par le bas qu'elle est en train de prendre, la liberté sexuelle, et les droits des femmes (voire des enfants).
La libération sexuelle, ça a commencé dans les années soixante. A l'époque, les politiques crevaient de trouille devant l'anarchie sexuelle qui se profilait, au point qu'aujourd'hui encore, tout ce qui touche à ce mouvement dit abusivement "soixante-huitard" (hippie en fait plus que politique) est stigmatisé, dénigré, occulté, mais surtout récupéré, sous l'appellation "libération des mœurs". On assiste depuis peu à une incroyable moralisation de la sexualité par l'État, qui fourre son nez partout dans la vie privée des gens, qui normalise et légifère à coups de lois (mariage gay) et de règles de conduites (aux ordres du diktat moral féministe). On encadre, découpe, légifère : tout doit rentrer dans un cadre moral et normatif sans que personne ou presque ne semble s'en soucier. Il y a vingt ans, une femme qui par exemple se refusait à son mari, on invoquait le "devoir conjugal", aujourd'hui un mari qui la bousculerait un peu pour cela risque vingt ans de taule : plus qu'une petite frappe qui viole une inconnue au fond d'une impasse mal éclairée en lui fourrant un couteau sous la gorge. C'est fou comme tout cela est pensé !

La révolution sexuelle (pilule et avortement), c'était pourtant peut-être la plus grande révolution de tous les temps, celle susceptible d'augurer des relations hommes/femmes enfin débarrassées de l'esclavage des femmes vis-à-vis des aléas de la reproduction : pour dire clairement les choses, le droit d'aimer sans peur, sans arrière-pensée. On aurait bien aimé voir comment le monde allait s'adapter à cette nouvelle donne, voir si quelque chose ayant trait au bonheur surgirait quant aux modes de vie des femmes et des hommes. Hélas non. Au lieu de donner le temps au temps, de laisser une chance aux gens, de voir comment tout cela pourrait tourner, il a fallu que certains se mêlent de tout réguler, de concocter les (nouvelles) règles de la sexualité, du haut on l'imagine de leur précieuse expertise en matière des choses de l'amour. L'amour sexuel est aujourd'hui codifié moralisé étatisé, bref normalisé, et gare aux "déviants" : ils risquent aujourd'hui presque plus gros que des meurtriers.

Le processus normatif est le suivant : dans un premier temps, le corps est un jouet érotique gracieusement adoubé par les autorités et dont il est conseillé de profiter autant que possible, malgré le risque de transformer la/le partenaire en fantasme (et les désagréments en conséquence). Puis vient ensuite le temps "de la maturité", où le mariage récupère sa place morale d'initiation à la vie adulte : retour triomphant donc de la sacro-sainte famille, vecteur éternel s'il en fut de stabilité politique, et qui plus est compatible avec les normes mondiales en vigueur dans les sociétés sexuellement les plus rétrogrades. La mondialisation de la moralité sexuelle est si efficace que les greniers à sexe les mieux achalandés au monde changent leurs lois pour adopter celles de l'Occident (sans changer d'un iota leurs habitudes proxénètes, ça va de soi). Bien entendu, les jeunes des pays encore soumis aux diktats religieux (tous plus réticents les unes que les autres sur le sujet) sont plus que sensibles aux sirènes pseudo-libertaires de l'occident, via les séries télévisuelles américaines en mode fric pouvoir et cul... et le porno bien sûr (en trois clics, double pénétration en guise d'initiation à l'amour). Voilà donc pour la "liberté sexuelle".

Les droits des femmes eux sont de plus en plus assurés par la clique néo-féministe, groupement d'enragées revanchardes à mille lieux des femmes qui conquirent de haute lutte le droit à la pilule et à l'avortement : on est passé du "jouissez sans entraves" au "si tu regardes mes nibards que j'exhibitionne joyeusement au monde parce que c'est ma liberté, je t'en colle une, gros dégueulasse". Charmant. Les femmes n'échapperont pas à la normalisation en cours : objets sexuels puis matrices de la sainte famille. Et ainsi déclarées adultes et maîtresses d'elles-mêmes, elles bosseront, comme les mecs : même que ça fera une explosion de main d'œuvre qui enrichira toujours plus nos amis rats qui s'en frottent déjà le museau. Certes le travail des femmes est actuellement dans moult contrées la seule façon qu'elles ont de s'émanciper de la tutelle des hommes. Que faire ? De toutes facons, elles n'auront pas le choix : ça devient déjà de plus en plus difficile de vivre en France par exemple avec un seul smic, le mariage est une quasi obligation sociale. Le pack comprend ainsi une incitation appuyée à l'esclavage du travail, réjouissez-vous mesdames.

Et encore un mot encore sur la foutaise du leitmotiv occidental quant à un droit au rêve des enfants (comme si les mômes rêvaient plus ou mieux en occident). En guise d'argument (puisque tout ici est question d'argument, n'est-ce-pas), on nous montre des gosses-esclaves en train de se bousiller la santé en bossant dans des endroits immondes... et les types de surenchérir que chez nous, ce ne serait oas admissible (sauf que là-bas ça n'a rien d'une norme, figurez-vous, mais bref). Qui sait que les mamans indiennes ou africaines massant leur bébés tous les jours et ce pendant quelquefois des années ? (mais non je dis rien). Bref, en théorisant l'idée d'enfance innocente et heureuse, l'occident en arrive à rendre le quidam horrifié devant un garçon de treize ans serveur dans un restaurant : "mais on lui vole sa jeunesse" s'indigne-t-il (pendant que son môme se paluche sur du porno). "Les mômes doivent rêver", assène l'occident-qui-sait-tout, point barre et pas grave si le rêve se termine à dormir sur les cartons d'un trottoir parisien. Rêver c'est jouer oui sans doute... mais tous les enfants jouent, même dans la misère (de quoi vous parlez ?). Rêver ouais. Et ingurgiter de la normalité à haute dose à l'école jusqu'à décrocher un CDD de perroquet-robot vendant la merde des riches voleurs qui affutent la pointe du progrès. Et puis si on a très mauvais esprit, on peut aller jusqu'à se demander si c'est les mômes qui doivent rêver ou si c'est pas plutôt les parents qui ont besoin de mômes pour rêver (voir Outreau et compagnie).

Voilà donc comment l'occident vend la mondialisation au monde via le concept de démocratie.

A ce stade, trois choses sont à préciser.
Un : après avoir voir posté ce genre de babil dans d'autres forums, des génies sont venus m'expliquer que je serais un sous-marin facho sous prétexte que MLP cause aussi mondialisation et traditions. Et bien non, pas plus que je ne veux promouvoir par exemple le retour des femmes au foyer (et débrouillez-vous avec vos petites boites à penser).
Deux : mon propos, c'est pas de dire "z'avez vu comment ils nous manipulent" : y'a pas de "ils" qui manipuleraient plus que ça (c'est pas ça que je dis). On est manipulé, certes (mais c'est pas nouveau), mais pas par un pouvoir qui serait plus conscient des choses que le peuple (les hommes de pouvoir pensent comme le peuple). Si les questions proposées au peuple sont foireuses, c'est surtout qu'elles sont prises dans un système qui refuse de prendre compte le long terme. Ça, beaucoup en sont conscients et nous en avertissent, n'empêche qu'aux bonnes questions, on n'y arrive jamais, et ce que ce soit les autorités, le peuple ou même les médias. Les questions qu'on pourrait dire "philosophiques"... il y a toujours avant une morale ou une norme qui empêche d'y arriver, sur laquelle le débat se cristallise et finalement se clôt, généralement dans une polémique insoluble entre positions autistiques (voir celui sur le mariage gay par exemple, où il fut tranché avant que de mettre en exergue la totalité des problèmes, d'où le pourrissement interminable de la situation où quelque chose de l'ordre du non-dit restait en travers de la gorge des anti).
Trois : c'est pas autre chose que des valeurs démocratiques que je prône, même si au point où l'on en est dans ce système de voleurs, tirer un roi au sort ne ferait pas plus de dégâts. Je suis persuadé que si les vrais problèmes étaient clairement exposés, le peuple serait capable d'une bien meilleure analyse (une certaine façon de poser les problèmes est peut-être la raison du succès de Macron, même si ses solutions n'ont pas l'air de briller par l'inventivité ou la profondeur, pas plus qu'être porteuses de raisons d'espérer). L'idéal serait de trouver un système démocratique qui fasse barrage à la connerie...


Quand le monde aura adopté nos exigences, aura gommé l'altérité, quand on aura arraché les sociétés traditionnelles à leur évolution, leur vécu, à la diversité de leurs modes de pensée, quand on leur aura volé leur histoire, leur mémoire et leur destin, on perdra à jamais des milliers d'années de modes de vie et de pensée. Ce sera la fin de l'Histoire : la fin de la mémoire des hommes. On n'aura plus personne pour dire voire penser autre chose que le discours unique et formaté, et les trois bricoles qu'on pourra toujours vaguement trouver à en dire. On sera juste seuls...

Moi je me souviens des népalais, "maladivement" gentils et pacifiques... puis transformés un temps en apôtres de la guérilla par quelques illuminés mao ; j'ai vu des malgaches tout en charme et en douceur... finissant par se massacrer entre eux de façon parfaitement sordide. Et là toute cette horreur, cette violence se répand, se généralise insidieusement partout ; chaque jour la mondialisation rend le peuple plus violent. Le peuple oui (il suffit pour le constater de s'y être promené avant)... je ne parle pas des structures mais des hommes.

Et il faut encore subir le crétin de service qui vient nous expliquer, sûr de son fait et chiffres en main, que ça va mieux... que bien sûr que la scolarisation ne peut que faire évoluer les esprits dans le bon sens, que l’égalitarisme entre hommes et femmes ne peut qu’être source de justice et donc vecteur de bonheur, que le droit des enfants... sauf que ça marche pas : la violence, l'agressivité, le fascisme interne, l'indifférence envers l'autre progresse sans cesse, et ce donc jusque dans ces régions autrefois traditionnellement des plus pacifiques : les gens deviennent agressifs, malheureux, violents, et durs : intérieurement durs. C'est ça la mondialisation, au prix mondialisé du kilo de riz ou d'huile. Le destin et la dette envers le dieu-fric, l'homme-robot, la mort du sensible. Et nos statisticiens n'y voient rien, incapables d'évaluer la différence entre cruauté sociale et agressivité individuelle. Ils disent que la violence c'est pas beau et tournent les talons. La douceur ça rentre pas dans leurs stats, c'est devenu exotique la douceur, nostalgique, déviant, quasi infantile, j'ose à peine le dire : "superflu".
(un temps il se racontait que les mamans tahitiennes masturbaient leurs enfants petits, je n'ai jamais su si c'était une légende ou pas... maintenant en tous cas ça serait la prison pour non-conformité avec l'initiation à l'amour via la double pénétration en trois clic comme vecteur de progrès).

"Mais ces gens sont en train de sortir de leur moyen-âge, plaident nos experts-technocrates, c'est triste mais ça vaut bien quelques pots cassés, y'a pas moyen de faire autrement". Ces gens ne voient ne comprennent rien, ne se rendent absolument pas compte qu'ils reproduisent l'exact discours colonialiste d'il y a un siècle. Ils n'ont rien appris rien compris. "Puisque la cause est juste (celle des femmes, des enfants), le combat doit être poursuivi, mené à terme", poursuivent-ils. Et leurs conclusions, leur pensées, celles qui ne les effleurent pas même pas en conscience, on l'entend si fort : "à la fin, ils vivront comme nous, c'est-à-dire mieux"... misérable leitmotiv colonialiste des plus indigne, balbutiement vaniteux d'un universalisme pas vraiment pensé : en clair débile. A se demander si la mondialisation est autre chose que la poursuite de la pensée colonialiste.

Chaque mémoire est une histoire : il est toujours question d'un homme, d'une tribu, d'un pays, d'une religion, d'une culture... autant de singularités qui mises bout à bout reflètent les facettes de ce que nous sommes. Et à la fin, c’est de civilisation dont on parle, il est question de la mémoire du monde. Imposer notre civilisation prétendument universelle au monde, c'est détruire des modes de vie multiséculaires, briser le cheminement, le rythme des hommes, leur évolution. On va casser tous les modes de vie altères, écraser les mémoires, le peu de sens que des millénaires d'histoire a pu réussir à forger tant bien que mal ici et là. On va briser le devenir de l'Histoire et la mémoire de l'homme. L'altérité est en train de laisser la place à une civilisation de robots amnésiques.

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Re: Mondialisation & Traditions

Message par chapati le Mar 13 Juin - 13:42

L’écologiste indienne Vandana Shiva était samedi à Paris pour parler de la guerre des matières premières qui fait rage en Inde dans l’indifférence générale. Dans le centre-est du pays, les populations tribales sont prises en étau entre les paramilitaires qui soutiennent les intérêts des industriels et les rebelles maoïstes. Le conflit a déjà fait des milliers de morts, des dizaines de milliers de déplacés et touche un tiers de l’Inde.

Après la création de l’Organisation mondiale du commerce, en 1995, notre réglementation minière a été assouplie et les multinationales ont cherché à s’accaparer les ressources (...) La mondialisation, c’est la loi des multinationales, elle modifie génétiquement l’Etat : il ne représente plus les intérêts des citoyens mais ceux des sociétés mondialisées. L’Etat-entreprise finit par se militariser pour servir les intérêts privés. C’est la mort de la démocratie. Cela se passe partout (...) Ces populations étaient non violentes, mais elles sont coincées entre l’Etat qui en recrute certains et les maoïstes qui en recrutent d’autres (…) Les tribus luttaient pour leurs droits inscrits dans la loi, elles ont été renommées terroristes. (...) J’ai participé en avril à une manifestation en Allemagne en marge de l’assemblée générale de Bayer, qui rachète Monsanto. Et vous ne le croirez pas : Bayer a tenté d’aller en justice pour tenter de faire qualifier les manifestants de terroristes !

http://www.liberation.fr/futurs/2017/06/11/vandana-shiva-la-mondialisation-modifie-genetiquement-l-etat_1576052

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