Mondialisation & Traditions

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Mondialisation & Traditions

Message par chapati le Sam 10 Juin - 4:52

À partir de reportages de journalistes envoyés deux semaines en pays exotique et qui en parlent en vieux baroudeurs, les occidentaux sont persuadés d'avoir une vie privilégiée par rapport au reste du monde. Par exemple ils penseront que ça doit être abominable de vivre une vie de pauvre en Inde. En fait je crois que c'est au passage qu'ils référent : à l'espèce "d'accident" qui les ferait passer de leur statut à celui d'indien pauvre. C'est comme s'ils s'imaginaient devenir aveugle... ou encore SDF si l'on veut, pour mieux coller à l'exemple. Bref ils ne comparent pas des vies, ils pensent à la chute que représenterait pour eux de passer de l'une à l'autre, à la perte de la leur pour une autre qu'en comparaison ils jugent pire (mais l'indien lui, voit les choses autrement, et ce d'autant s'il n'a connu que la pauvreté). Aussi pensent-ils vivre dans le meilleur des mondes, celui seul où ils croient possible d'être heureux (pas de muezzin, pas de castes, pas de famine etc). C'est fort de cette image enracinée dans l'opinion de tout un chacun que l'occident vend la démocratie au monde, à travers la mondialisation.

A la chute du mur de Berlin, les rats se sont précipités sur le gâteau : pas une miette désormais ne devait leur échapper. Un bémol cependant, les dictatures : dangereuses et incontrôlables, alors que le système "démocratique" semble pérenne. La démocratie répond en effet au désir populaire de justice puisque le peuple pense agir en élisant ses représentants : la justice est l'alibi parfait de la démocratie. Ça ne fonctionne pas mais on n'a pas trouvé meilleure théorie. Le système en outre est plutôt stable, toute démocratie finissant avec plus ou moins deux partis de gouvernement œuvrant peu ou prou dans le même sens, avec juste ce qu'il faut de différences de valeurs pour qu'on ait envie de voter contre l'idéologie adverse. On comprend que rien de bien révolutionnaire ne peut évidemment sortir de tout ça. En outre, l'information dote les démocraties d'une capacité à manipuler l'opinion publique qui n'a rien à envier aux dictatures. On fourgue au badaud de la matière à penser en l'invitant à penser par lui-même, un exercice où il est en fait question de s'engager une opinion à partir des seuls termes suggérés dans les questions proposées, "majorité" oblige... Le brave citoyen, persuadé de penser librement, a ainsi l'impression de décider de ses choix. Quant au contrepouvoir des médias, mêmes ceux d’entre eux à l'origine supposés les plus déterminés à assumer ce statut (démocratique) finissent "fatigués" : voir comment l'indignation provoquée par les premières caméras de surveillance s'est aujourd'hui presque transformée en bâillement poli face au flicage généralisé via le net et ailleurs. On s'est habitué. Mais peut-on s'habituer à ces questions saturées de mots d'ordre et dénuées de sens qu'on nous distille sans cesse ? Hélas les types se jettent dessus avec avidité et sans la moindre velléité de recul, ravis j'en ai peur d'avoir quelque chose à affirmer. Et même si un peu de lassitude transpire parfois chez les plus vieux, la fougue des jeunes générations, déterminées et joueuses, compense et renouvelle le système. Bref, tout est en ordre.


La stabilité de la mondialisation passe donc plus ou moins par la démocratie généralisée, l'Occident y joue de plusieurs cartes : la liberté d'expression, dont on voit le triste pli du nivellement par le bas qu'elle est en train de prendre, la liberté sexuelle, et les droits des femmes (voire des enfants).
La libération sexuelle, ça a commencé dans les années soixante. A l'époque, les politiques crevaient de trouille devant l'anarchie sexuelle qui se profilait, au point qu'aujourd'hui encore, tout ce qui touche à ce mouvement dit abusivement "soixante-huitard" (hippie en fait plus que politique) est stigmatisé, dénigré, occulté, mais surtout récupéré, sous l'appellation "libération des mœurs". On assiste depuis peu à une incroyable moralisation de la sexualité par l'État, qui fourre son nez partout dans la vie privée des gens, qui normalise et légifère à coups de lois (mariage gay) et de règles de conduites (aux ordres du diktat moral féministe). On encadre, découpe, légifère : tout doit rentrer dans un cadre moral et normatif sans que personne ou presque ne semble s'en soucier. Il y a vingt ans, une femme qui par exemple se refusait à son mari, on invoquait le "devoir conjugal", aujourd'hui un mari qui la bousculerait un peu risque vingt ans de taule : plus qu'une petite frappe qui viole une inconnue au fond d'une impasse mal éclairée en lui fourrant un couteau sous la gorge. C'est fou comme tout ça est pensé !

La révolution sexuelle (pilule et avortement), c'était pourtant peut-être la plus grande révolution de tous les temps, celle susceptible d'augurer des relations hommes/femmes enfin débarrassées de l'esclavage des femmes vis-à-vis des aléas de la reproduction : pour dire clairement les choses, le droit d'aimer sans peur, sans arrière-pensée. On aurait bien aimé voir comment le monde allait s'adapter à cette nouvelle donne, voir si quelque chose ayant trait au bonheur surgirait quant aux modes de vie des femmes et des hommes. Hélas non. Au lieu de donner le temps au temps, de laisser une chance aux gens, de voir comment tout cela pourrait tourner, il a fallu que certain(e)s se mêlent de tout réguler, de concocter les (nouvelles) règles de la sexualité, du haut on l'imagine de leur précieuse expertise en matière des choses de l'amour. L'amour sexuel est aujourd'hui en bonne voie d’être codifié moralisé étatisé, bref normalisé... et gare aux "déviants" : ils risquent aujourd'hui presque plus gros que des meurtriers.

Décrivons le processus normatif : dans un premier temps, le corps est un jouet érotique gracieusement adoubé par les autorités, et dont il est conseillé de profiter autant que possible, malgré le risque de transformer la/le partenaire en fantasme (et les désagréments en conséquence). Vient ensuite le temps "de la maturité", où le mariage récupère sa place morale d’installation dans la vie adulte, avec donc retour triomphant de la sacro-sainte famille, vecteur éternel s'il en fut de stabilité politique... et qui plus est compatible avec les normes mondiales en vigueur dans les sociétés sexuellement les plus rétrogrades (ça tombe bien). La mondialisation morale de la sexualité est si efficace que les greniers à sexe les mieux achalandés au monde changent leurs lois pour adopter celles de l'Occident (sans changer d'un iota leurs habitudes proxénètes, ça va de soi). Bien entendu, les jeunes des pays encore soumis aux diktats religieux (tous plus réticents les uns que les autres sur le sujet) sont plus que sensibles aux sirènes pseudo-libertaires de l'occident, via les séries télévisuelles américaines en mode fric pouvoir et cul... et le porno bien sûr (en trois clics, double pénétration en guise d'initiation à l'amour). Voilà donc pour la "liberté sexuelle". Trop cool.

Les droits des femmes eux sont de plus en plus assurés par la clique néo-féministe, groupement d'enragées revanchardes à mille lieux des femmes qui conquirent de haute lutte le droit à la pilule et à l'avortement : on est passé du "jouissez sans entraves" au "si tu regardes mes nibards que j'exhibitionne joyeusement au monde parce que c'est ma liberté, je t'en colle une, espèce de gros dégueulasse". Charmant(es). Les femmes n'échapperont pas à la normalisation en cours : objets sexuels puis matrices de la sainte famille. Et ainsi déclarées adultes et maîtresses d'elles-mêmes, elles bosseront comme les mecs : même que ça fera une explosion de main d'œuvre qui enrichira toujours plus nos amis rats qui s'en frottent déjà le museau. Aucun doute, le progrès est inéluctable. Ceci dit, c’est compliqué : bien sûr que le travail des femmes est actuellement dans moult contrées la seule façon qu'elles ont de s'émanciper de la tutelle des hommes. Que faire ? De toutes facons, elles n'auront pas le choix : ça devient déjà de plus en plus difficile de vivre en France par exemple avec un seul smic, le mariage est une quasi obligation sociale. Le pack comprend donc une incitation appuyée à l'esclavage du travail, réjouissez-vous mesdames, de vos futures libertés.

Et encore un mot encore sur la foutaise du leitmotiv occidental quant à un droit au rêve des enfants (comme si les mômes rêvaient plus ou mieux en occident). En guise d'argument, on nous montre des gosses-esclaves en train de se bousiller la santé dans des endroits immondes... et les types de surenchérir que chez nous, ce ne serait pas admissible (sauf que là-bas ça n'a rien d'une norme, figurez-vous, mais bref). Qui sait que les mamans indiennes ou africaines massant leur bébés tous les jours et ce pendant quelquefois des années ? (mais non je dis rien). Bref, en théorisant l'idée d'enfance innocente et heureuse, l'occident en arrive à rendre le quidam horrifié devant un garçon de treize ans serveur dans un restaurant : "mais on lui vole sa jeunesse" s'indigne-t-il (pendant que son môme se paluche sur du porno). "Les mômes doivent rêver", assène l'occidental-qui-sait-tout, point barre et pas grave si le rêve se termine à dormir sur les cartons d'un trottoir parisien. Rêver c'est jouer oui oui, sans doute... mais tous les enfants jouent, même dans la misère (de quoi vous parlez, les gars, de votre môme qui vous adresse plus la parole ?). Rêver ouais. Et ingurgiter de la normalité à haute dose à l'école jusqu'à décrocher un CDD de perroquet-robot vendant la merde des riches voleurs qui affutent la pointe du progrès. Et puis si on a très mauvais esprit, on peut aller jusqu'à se demander si c'est les mômes qui doivent rêver ou si c'est pas plutôt les parents qui ont besoin de mômes pour rêver (voir Outreau et compagnie). Hum.

Bref, boilà donc comment l'occident vend la mondialisation au monde via le concept de démocratie.

A ce stade, trois choses sont à préciser.
Un : après avoir voir posté ce genre de babil dans d'autres forums, des génies sont venus m'expliquer que je serais un sous-marin facho sous prétexte que MLP cause aussi mondialisation et traditions. Ben non, pas plus que je ne veux promouvoir par exemple le retour des femmes au foyer (et débrouillez-vous avec vos petites boites à penser).
Deux : mon propos, c'est pas de dire "z'avez vu comment ils nous manipulent" : y'a pas de "ils" qui manipuleraient plus que ça (c'est pas ça que je dis). On est manipulé, certes (mais c'est pas nouveau), mais pas par un pouvoir qui serait tellement plus conscient des choses que le peuple (les hommes de pouvoir pensent comme le peuple). Si les questions proposées au peuple sont foireuses, c'est surtout qu'elles sont prises dans un système qui refuse de prendre compte le long terme. Ça, beaucoup en sont conscients, nous en avertissent... n'empêche qu'aux bonnes questions, on n'y arrive jamais, et ce que ce soit les autorités, le peuple ou même les médias. Les questions qu'on pourrait dire "philosophiques", il y a toujours avant une morale ou une norme qui empêche d'y arriver, une question sur laquelle le débat se cristallise et finalement se clôt, généralement dans une polémique insoluble entre positions autistiques (voir celui sur le mariage gay par exemple, où il fut tranché avant que de mettre en exergue la totalité des problèmes, d'où le pourrissement interminable de la situation où quelque chose de l'ordre du non-dit restait en travers de la gorge des anti).
Trois : c'est pas autre chose que des valeurs démocratiques que je prône, même si au point où l'on en est dans ce système de voleurs, tirer un roi au sort ne ferait pas plus de dégâts. Je suis persuadé que si les vrais problèmes étaient clairement exposés, le peuple serait capable d'une bien meilleure analyse (une certaine façon de poser les problèmes est peut-être la raison du succès de Macron, même si ses solutions n'ont pas l'air de briller par l'inventivité ou la profondeur, pas plus qu'être porteuses de raisons d'espérer). L'idéal serait de trouver un système démocratique qui fasse barrage à la connerie (...)


Quand le monde aura adopté nos exigences, aura gommé l'altérité, quand on aura arraché les sociétés traditionnelles à leur évolution propre, leur vécu, à la diversité de leurs modes de pensée, quand on leur aura volé leur histoire, leur mémoire et leur destin, on perdra à jamais des milliers d'années d’exemples de façons de vivre et de modes de pensée. Ce sera la fin de l'Histoire : la fin de la mémoire des hommes. On n'aura plus personne pour dire, voire penser autre chose que le discours unique et formaté, et les trois bricoles qu'on pourra toujours vaguement trouver à en dire. On sera juste seuls...

Moi je me souviens des népalais, "maladivement" gentils et pacifiques... puis transformés un temps en apôtres de la guérilla par quelques abrutis maoïstes ; j'ai vu des malgaches tout en charme et en douceur finissant par se massacrer entre eux de façon absolument sordide. Et aujourd’hui, toute cette horreur, cette violence se répand, se généralise insidieusement partout ; chaque jour la mondialisation rend les peuples plus violents. Le peuple oui (il suffit pour le constater de s'y être promené avant)... je ne parle pas des structures, mais bien des hommes.
... et il faut encore subir le robot de service qui vient nous expliquer, sûr de son fait et chiffres en main, que ça va mieux ; que bien sûr que la scolarisation ne peut que faire évoluer les esprits dans le bon sens ; que l’égalitarisme entre hommes et femmes ne peut qu’être source de justice et donc vecteur de bonheur ; que le droit des enfants etc etc... sauf que ça marche pas : la violence, l'agressivité, le mode de pensée fasciste, l'indifférence envers l'autre : tout ça progresse sans cesse, et ce donc jusque dans ces régions autrefois traditionnellement des plus pacifiques : les gens deviennent agressifs, malheureux, violents, et durs : intérieurement durs. C'est ça la mondialisation, c’est la conséquence du prix mondialisé du kilo de riz ou d'huile. La mondialisation de la dette envers le dieu-fric, c’est l'homme-robot, violent, c’est la mort du sensible. Et nos statisticiens n'y voient rien, incapables d'évaluer la différence entre cruauté sociale, mais aussi empreinte de douceur, et l’agressivité individuelle. Ils disent que la violence c'est pas beau et tournent les talons. La douceur ça rentre pas dans leurs stats, c'est devenu exotique la douceur, nostalgique, déviant, quasi infantile, j'ose à peine le dire : "superflu".
(un temps il se racontait que les mamans tahitiennes masturbaient leurs enfants petits, je n'ai jamais su si c'était une légende ou pas... maintenant en tous cas ça serait la prison pour non-conformité avec l'initiation à l'amour via la double pénétration en trois clic comme vecteur de progrès).

"Mais ces gens sont en train de sortir de leur moyen-âge, plaident nos experts-technocrates, c'est triste mais ça vaut bien quelques pots cassés, y'a pas moyen de faire autrement". Ces gens ne voient ni ne comprennent rien, ne se rendent pas compte qu'ils reproduisent l'exact discours colonialiste d'il y a un siècle. Ils n'ont rien appris rien compris. "Puisque la cause est juste (celle des femmes, des enfants), le combat doit être poursuivi, mené à terme", poursuivent-ils, la fin justifiant toujours pour eux n’importe quel moyen. Et leurs conclusions ne les effleurent pas même pas en conscience, pourtant on les entend si fort : "à la fin, ils vivront comme nous, c'est-à-dire mieux"... misérable leitmotiv colonialiste des plus indigne, balbutiement vaniteux d'un universalisme pas vraiment pensé, pesé, soupesé : en clair, discours de débile. A se demander si la mondialisation est autre chose que la poursuite de la pensée colonialiste.

Chaque mémoire est une histoire : il est toujours question d'un homme, d'une tribu, d'un pays, d'une religion, d'une culture... autant de singularités qui mises bout à bout reflètent les facettes de ce que nous sommes. Et à la fin, c’est de civilisation dont on parle : il est question de la mémoire du monde. Imposer notre civilisation prétendument universelle au monde, c'est détruire des modes de vie multiséculaires, briser le cheminement, le rythme des hommes, leur évolution, leur histoire. On va casser tous les modes de vie altères, écraser les mémoires, le peu de sens que des millénaires d'histoire a pu réussir à forger tant bien que mal ici et là. On va briser le devenir de l'Histoire et la mémoire de l'homme. L'altérité est en train de laisser la place à une civilisation de robots amnésiques.


Dernière édition par chapati le Lun 8 Jan - 14:28, édité 2 fois

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Re: Mondialisation & Traditions

Message par chapati le Mar 13 Juin - 13:42

L’écologiste indienne Vandana Shiva était samedi à Paris pour parler de la guerre des matières premières qui fait rage en Inde dans l’indifférence générale. Dans le centre-est du pays, les populations tribales sont prises en étau entre les paramilitaires qui soutiennent les intérêts des industriels et les rebelles maoïstes. Le conflit a déjà fait des milliers de morts, des dizaines de milliers de déplacés et touche un tiers de l’Inde.

Après la création de l’Organisation mondiale du commerce, en 1995, notre réglementation minière a été assouplie et les multinationales ont cherché à s’accaparer les ressources (...) La mondialisation, c’est la loi des multinationales, elle modifie génétiquement l’Etat : il ne représente plus les intérêts des citoyens mais ceux des sociétés mondialisées. L’Etat-entreprise finit par se militariser pour servir les intérêts privés. C’est la mort de la démocratie. Cela se passe partout (...) Ces populations étaient non violentes, mais elles sont coincées entre l’Etat qui en recrute certains et les maoïstes qui en recrutent d’autres (…) Les tribus luttaient pour leurs droits inscrits dans la loi, elles ont été renommées terroristes. (...) J’ai participé en avril à une manifestation en Allemagne en marge de l’assemblée générale de Bayer, qui rachète Monsanto. Et vous ne le croirez pas : Bayer a tenté d’aller en justice pour tenter de faire qualifier les manifestants de terroristes !

http://www.liberation.fr/futurs/2017/06/11/vandana-shiva-la-mondialisation-modifie-genetiquement-l-etat_1576052

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Re: Mondialisation & Traditions

Message par chapati le Sam 23 Déc - 16:36

Ce qu'il y avait d'abject dans le questionnaire sur l'identité nationale, c'était cette volonté de présenter les choses par rapport à l'islam,voire à travers l'immigration. C'était encore cette façon de vouloir écrire/réécrire l'histoire depuis le politique, avec à l'esprit les petites combines politiciennes issues du débat lancé par le FN sur la question des immigrés. Ce qui était minable enfin, c'était cette manière de flatter les gens en leur octroyant la paternité des droits de l'homme, de leur dire que les droits de l'homme, c'est nous, vous, c'est la France : c'est ça notre identité ! Cette manipulation honteuse provoqua chez moi un rejet épidermique.

Alors une identité nationale, c'est quoi ?

Posons qu'on pourrait l'approcher via deux éléments : une mémoire collective et un mode de vie (ou plutôt un système de modes de vie). Et si ça devient insupportable d'entendre brailler la Marseillaise comme on lâche un vent, c'est tout aussi crétin d'entendre les bonnes consciences bêler en chœur que la France serait un melting pot de cultures diverses. En attendant, le problème est de savoir ce qui ferait spécificité. Et là on peut bien invoquer les racines judéo-chrétiennes, le fait est qu'elles se sont distribuées sur l'ensemble de l'Occident. On peut alors invoquer la révolution française, ou une histoire proprement hexagonale, ou la littérature etc, et tenter d'additionner les choses, on arrivera sans doute à un pays qui n'est ni l'Allemagne ni l'Italie, mais ça suffit pas : on se retrouve toujours plus ou moins dans le même système d'identification par rapport à un autre, à d'autres, à l'intersection d'une somme.
Mais une intersection, ça fait pas une mémoire.
Je pense qu'on est parti de l'idée que mémoire collective et mode de vie seraient indéfectiblement liés, comme le sont les causes et les effets, que l'un actionnerait l'autre (et vice-versa pour les moins obtus). Et évidemment que c'est lié, mais le processus est aléatoire parce que l'événement, fut-il historique, collectif, est toujours débordé par le facteur humain, individuel : on est certes issus de l'Histoire, mais pas pour autant réductible à celle-ci. On n'est pas un produit passif, déterminé, simple point de convergence d’une histoire finalement toujours politique. Manquent le/les vécus, la part de mémoire individuelle issue du vécu, celle de l'expérience. Et même au niveau collectif, elle est plus prégnante qu'une histoire globale. Et surtout elle raconte toujours une autre histoire, une histoire qui nous dit qu'on est ce qu'on devient, ce qu'on devient étant avant tout façonné par notre vécu. C'est pas une révolution qui fait une identité révolutionnaire, et pas même un devenir révolutionnaire qui ferait une révolution. Ce sont deux histoires différentes. L'une historique l’autre psychologique. Au bout de la nuit, le voyageur s'en fout complètement de l'Allemagne et de la France, c'est pas sa préoccupation, c'est pas son histoire.

Bref c'est pas à partir de différences d'avec l'islam qu'on trouvera une identité française. L'identité c'est pas une somme d'exclusives, mais tout au contraire un système d'appartenances. Avec l’identité il n'est question que d'appartenance, de fils d'appartenances, de territoires communs. Et ces fil multiples traversent les pays, les milieux, les cultures, s'agencent et se recoupent entre eux, en territoires, en devenirs plus larges que nous, et finalement ne sont pas tant communs que partagées : et même répartis en fait. Une culture n'est certes pas ouverte à n'importe quelle influence : la France est faite de spécificités européennes, occidentales. Mais il est toujours question de bouts, de bouts d'histoire, de segments, qui se croisent, se répondent, s'agencent et se répartissent en devenirs singuliers, et par singuliers je veux d'abord dire individuels.
Et là où l'histoire - comme le savoir - veulent imposer des convergences, il n'est essentiellement question que de divergences de devenir. La révolution française n'est pas une convergence de devenirs révolutionnaires, les gens ne sont pas devenus psychologiquement révolutionnaires : juste que d'abord, ils avaient faim. De même la résistance ne fut sans doute pas une convergence de belles âmes (même s'il y a du y en avoir), mais plus vraisemblablement un melting-pot largement composé de types qui avaient surtout envie de se foutre sur la gueule plutôt que d'exprimer l'indignité du sort fait au cher pays de leur enfance. Et encore la France n'est j'imagine pas plus que d'autres le pays du métissage : entendre pas plus que d'autres pays colonisateurs, et par là concrètement propices à un certain métissage (le coup de la terre d'accueil du pays des droits de l'homme, y'en a marre).


Les mouvements de l'histoire sont ainsi plus ou moins lisibles, ont chacun leur rythme, mais rien n'est arrêté, ça n'a pas de sens de penser ainsi. Ce qui ressemble au plus près à quelque chose d'arrêté, c'est la mémoire collective. Mais les correspondances entre mémoire collective et mode de vie là encore ne vont pas de soi, trop de choses rentrent en jeu. Les modes de vie sont certes incompatibles avec certaines formes de mémoire, mais une mémoire collective ne suffit pas à en dessiner les contours, les modes de vie débordent toujours de la mémoire. Comme le vécu, comme le présent déborde toujours le passé, même si sans jamais en venir totalement à bout.

L’autre jour à télé, Finkelkraut parlait de "civilisation" française. Malgré une interruption due aux hurlements d'une néo-féministe (et humoriste avec ça, à ce qu'elle dit), il a été bon. Mais là il a tort. La civilisation en question, c'est pas la France c'est l'Occident. La France c'est une culture, l'islam ou l'occident, des civilisations. Pour moi, la différence c'est qu'une civilisation est porteuse d'une mémoire collective quand une culture c'est plutôt un mode de vie, ou un système de modes de vie. Une civilisation, ce serait une entité dotée d'une part de mémoire collective suffisamment prégnante pour justement perdurer au delà des différents modes de vie, au delà des spécificités culturelles et de leurs aléas conjoncturels, au delà par exemple des changements et même bouleversements socio-culturels, eux susceptibles de modifier les modes de vie. Donc c'est pas la France qui est à mettre en balance avec l'islam mais éventuellement la civilisation judéo-chrétienne, disons quelque chose de cet ordre.


On a donc d'un côté des cultures, des modes de vie, qui débordent la mémoire collective ; de l'autre des civilisations/mémoires collectives qui perdurent au delà de ces modes de vie. Les civilisations tiennent en quelque sorte lieu de force d'inertie, les cultures de forces du mouvement. Mais là où ça devient compliqué, là où ça coince, c'est dans les liens entre collectif et individuel. Parce que la mémoire consciente est bien sûr individuelle. Et très concrètement, cette mémoire consciente, c'est plus aux modes de vie qu'elle a affaire, qu'elle est confrontée, qu'à la mémoire collective : à mon humble avis, peu de gens sont conscients de grand chose quant à leur mémoire collective, et c'est alors à un "savoir" qu'ils se réfèrent pour la penser (par contre, quand il est question de cultures ou de modes de vie, tout le monde sait de quoi on parle).

Et si les mémoires individuelles pensent les cultures sans comprendre les civilisations, de quoi on parle ?


Des civilisations autres, c'est d'abord la différence qu'on perçoit. Quelque chose de global semble intuitivement nous apparaître, qu'on s’empresse d’attribuer à une civilisation (généralement sans rien savoir et encore moins comprendre des subtilités culturelles). Or on voit essentiellement des mixtes de culture et de civilisation, qu'on juge et l'interprète en pensant civilisation. Sauf que, comme déjà dit, quand il est question de penser notre propre univers psycho-sociologique, on est focalisé sur le culturel sans voir ni comprendre ce qui fait civilisation en nous, ce qui agit par en dessous. Alors le coup du poisson ayant peu à dire sur les spécificités de l'élément liquide, je veux bien, mais le jugement : le jugement de l'autre ?  C'est nous la France qu'on serait universels et pas l'autre, qu'y disent. Bande de débiles.

Bref, on est sans cesse à comparer l'incomparable, à mélanger culture et civilisation, intuition et savoir, inertie et mouvement, complémentaires et opposés etc (par exemple on a en tête l'amalgame mille fois répété entre l'islam ET les cultures musulmanes, elles diverses et partout disséminées dans le monde.

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Re: Mondialisation & Traditions

Message par chapati le Sam 30 Déc - 7:05

Tiens, ça commence à venir : bout de phrase volée dans le Nouvel Obs...
Nous répétons en boucle, de façon incantatoire, que nous sommes un pays laïque. Mais qu'y a-t-il dans cette laïcité (...) qui relègue dans la sphère privée tout ce qui est de l'ordre de la croyance philosophique, religieuse ou spirituelle ? Autour de quel contenu allons-nous construire un idéal commun si tout ce qui est essentiel se trouve relégué dans la sphère privée ?
Qu'est-ce que les nouveaux arrivants vont trouver dans cette laïcité ? Une coquille vide, bien loin de l'idéal qui animait ceux qui, il n'y a pas si longtemps, combattaient pour faire de notre pays une république laïque.
https://www.nouvelobs.com/education/20170412.OBS7925/on-ment-aux-eleves-sur-leur-niveau-reel.html


Terminus, tout le monde descend.
Tout  est dit : « l’essentiel relégué dans la sphère privée »

...

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Re: Mondialisation & Traditions

Message par chapati le Dim 31 Déc - 9:07

Ca fait trois fois !
(je voudrais faire converger)
-ça me paraissait tellement bizarre cette espèce d'identification inébranlable à une identité, nationale, culturelle, que sais-je. Qu'on appartienne je veux bien, c'est question de mémoire, mémoire collective etc. Mais là il est question de mode de vie, de manières d'être, de penser, c'est quand même un peu différent
-l’essentiel relégué dans la sphère privée
-s’il est une récognition, n’est-ce pas justement dans ce qui ne pose pas problème... et non l’inverse ?!
Comment que ça converge ?
Récognition et appartenance, ça me semble converger...
Sphère privée et appartenance, ça diverge...

Donc d’un côté, la mémoire collective, l’appartenance et la récognition...
De l’autre la sphère privée... et peut-être des bouts de modes de vie alors, modes de penser ? La culture comme ligne de fuite ? (c’est un peu gros)

-la culture (bof), la conscience (bof), comme mouvement vers le futur ?
-la mémoire inconsciente, la civilisation comme force d’inertie du passé ? (bon ça je l’ai déjà dit)

-Synthèse active ?
-Synthèse passive ?

Une synthèse passive comme source d’activité ?
(ouais, pas si mal)


Tsss, creusez-vous un peu le citron, bande de noix ! (moi j’vais m’coucher)

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Re: Mondialisation & Traditions

Message par chapati le Dim 31 Déc - 10:35

L'Europe a construit sa domination en écrivant l’histoire des autres
(extraits d’interview)
Il y a au XVIe siècle, avec la découverte du Nouveau Monde par les Espagnols, un mouvement inédit de connexion entre les différents continents (...) pour dominer des sociétés jusque-là inconnues, les Espagnols ne se sont pas contentés de les conquérir militairement. Ils ont également décidé de fabriquer le passé des populations indigènes. Ils ont construit leur domination en écrivant l’histoire des autres (...) La Couronne espagnole a très rapidement compris que le pouvoir était intimement lié au savoir. Au lendemain de la Conquête du Mexique, aux alentours de 1530, elle a donc commencé par faire appel à des religieux pour qu’ils recueillent des informations sur les populations locales. Le but : tirer profit au maximum du Nouveau Monde (...) les Espagnols se sont attelés à écrire l’histoire de ces peuples en capturant les mémoires locales et en les rattachant au patrimoine antique et médiéval de la chrétienté (...) C’est une rupture fondamentale : pour la première fois, les Espagnols se mettent à écrire l’histoire des autres (...) les Européens n’ont pas fait que réécrire le passé comme on réécrit des programmes scolaires. Ils ont imposé une histoire façonnée par le christianisme et donc introduit une nouvelle matrice, de nouveaux modes de pensée. Les Européens ont obligé les Indiens à penser leur monde à travers leurs «lunettes», ils ont marginalisé les modes d’expression indigènes, ils ont domestiqué leurs imaginaires. L’un des piliers de ce processus d’occidentalisation du monde est la cristallisation de la parole sous la forme du livre. La suprématie de l’écrit a bouleversé l’imaginaire jusque-là prédominant. Ce qui se joue est symboliquement et intellectuellement très violent. En imposant un cadre de pensée, les Européens ont colonisé ces populations définitivement. Ils ont aboli leur monde.
La Machine à remonter le temps : comment l’Europe s’est mise à écrire l’histoire du monde, par Serge Gruzinski. La totalité de l´interview est ici.

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Re: Mondialisation & Traditions

Message par chapati le Lun 8 Jan - 13:42

Sur la normalisation sexuelle (bientôt mondiale donc), on peut aussi lire un texte ici.

chapati
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Re: Mondialisation & Traditions

Message par chapati Hier à 0:15

Un jour en Inde, à moto, j’ai pris une flaque d’huile dans un virage sur la route. On n’avait pas croisé âme qui vive depuis des kilomètres. Presque aussitôt des gens sont sortis de nulle part pour nous aider, nous réconforter etc. C’est réconfortant de se sentir appartenir à la race des hommes.

Hier au métro Châtelet, les dernières images de l´humanité qu’a vu un homme assassiné à coups de couteaux furent des types filmant son agonie pour l’envoyer à leur « amis » sur facebook.

Je demande un statut de réfugié pour mourir en paix en Inde, au sein de la communauté des hommes.
.

chapati
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Re: Mondialisation & Traditions

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