La Différence chez Bergson

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La Différence chez Bergson

Message par chapati le Jeu 26 Oct - 3:25

Le bergsonisme est une grande contribution à une philosophie de la différence. D’une part, il s’agit de déterminer la différence de nature entre les choses, d’autre part de montrer que la différence elle-même est quelque chose, a une nature. Ces deux problèmes, méthodologiques et ontologiques, se renvoient l’un à l’autre : différences de nature, nature de la différence. Bergson reproche à ses devanciers de ne pas avoir vu les vraies différences de nature, et de n’avoir retenu que des différences de degrés. Or si la philosophie a un rapport positif et direct avec les choses, c’est dans la mesure où elle prétend saisir la chose même à partir de ce qu’elle est, dans sa différence avec tout ce qui n’est pas elle, c’est-à-dire dans sa différence interne.

L’intuition dans son premier effort est la détermination des différences de nature. Et puisque ces différences sont entre les choses, il s’agit d’une véritable distribution, d’un problème de distribution. Il faut diviser la réalité d'après les articulations. Les articulations du réel distribuent les choses selon leurs différences de nature. Mais la différence de nature entre deux choses n’est pas la différence interne de la chose elle-même. Ce que l’espace présente à l’entendement, ce sont les choses, des produits, des résultats, et rien d’autre. Or entre les choses (au sens de résultats), il ne peut jamais y avoir que des différences de proportion. Ce qui diffère en nature, ce ne sont pas les choses, ni les états de choses, ce ne sont pas les caractères, mais les tendances. Pour Bergson, la tendance est première non seulement par rapport à son produit, mais par rapport aux causes de celui-ci dans le temps, les causes étant toujours obtenues rétroactivement à partir du produit lui-même : une chose en elle-même et dans sa vraie nature est l’expression d’une tendance avant d’être l’effet d’une cause. En un mot, la différence de degré sera le juste statut des choses séparées de la tendance et saisies dans leurs causes élémentaires. Suivant qu’on l’envisage dans son produit ou sa tendance, le cerveau humain par exemple présentera avec le cerveau animal une simple différence de degré ou toute une différence de nature.

Les choses, les produits, les résultats sont toujours des mixtes. L’espace ne présente jamais, l’intelligence ne trouvera jamais que des mixtes, mixtes du clos et de l’ouvert, de l’ordre géométrique et de l’ordre vital, de la perception et de l’affection, de la perception et de la mémoire etc. Le mixte est sans doute un mélange de tendances qui diffèrent en nature, mais comme tel, un état de choses où toute différence de nature est impossible à faire. Ainsi, ce qui diffère réellement, nous ne pouvons le trouver qu’en retrouvant la tendance au delà du produit. Il faut nous servir de ce que nous présente le mixte, des différences de degrés ou de proportion, puisque nous ne disposons pas d’autre chose, mais seulement comme d’une mesure de la tendance, pour arriver à la tendance comme une raison suffisante de la proportion. "Cette différence de proportion suffira à définir le groupe où elle se rencontre, si l’on peut établir qu’elle n’est pas accidentelle et que le groupe, à mesure qu’il évoluait, tendait de plus en plus à mettre l’accent sur ces caractères particuliers".

Pour parvenir aux vraies différences, il faut rejoindre le point de vue d’où diviser le mixte. Ce sont les tendances qui s’opposent, qui diffèrent en nature. C’est la tendance qui est sujet. Un être n’est pas le sujet mais l’expression de la tendance, et encore, l’expression de la tendance en tant qu’elle est contrariée par une autre tendance. Ainsi l’intuition se présente comme méthode de la différence ou de la division : diviser le mixte en deux tendances. Cette méthode s’élève bien jusqu’aux conditions du donné, mais ces conditions sont elles-mêmes données d’une certaine façon, elles sont vécues. Si ces conditions peuvent et doivent être saisies dans une intuition, c’est justement parce qu’elles sont plus larges que le conditionné. Il faut que la raison aille jusqu’à l’individu, le vrai concept jusqu’à la chose, la compréhension jusqu’au "ceci". Plutôt ceci plutôt que cela. Bergson pose toujours cette question de différence. Pourquoi une perception va-t-elle évoquer tel souvenir plutôt qu’un autre ? En fait il faut que la raison soit raison de ce que Bergson appelle la nuance. Dans la vie psychique il n’y a pas d’accidents : la nuance est l’essence. Tant qu’on n’a pas trouvé le concept qui ne convient qu’à l’objet lui-même, on se contente d’expliquer l’objet par plusieurs concepts, idées générales "dont il est censé participer". Ce qui échappe alors, c’est que l’objet soit celui-ci plutôt qu’un autre du même genre, et que ce genre ait telles proportions plutôt que d’autres. Seule la tendance est l’unité du concept et de son objet, telle que l’objet n’est plus contingent ni le concept général.


Qu’est-ce que la durée ? Tout ce que Bergson en dit revient toujours à ceci : la durée, c’est ce qui diffère en soi. La matière au contraire, c'est ce qui ne diffère pas en soi, ce qui se répète. Dans les Données immédiates, Bergson ne montre pas seulement que l’intensité est un mixte qui se divise en deux tendances, qualité pure et quantité extensive, mais surtout que l’intensité n’est pas une propriété de la sensation, que la sensation est qualité pure. La sensation, c’est ce qui change de nature, et non de grandeur. La vie psychique est donc la différence de nature elle-même : dans la vie psychique il y a toujours autre sans qu’il y ait jamais nombre ou plusieurs. Bergson distingue trois types de mouvements, qualitatif, évolutif et extensif, mais l’essence de tous ces mouvements, c’est l’altération. Le mouvement est changement qualitatif, et le changement qualitatif est mouvement. Bref la durée est ce qui diffère, et ce qui diffère n’est plus ce qui diffère avec autre chose, mais ce qui diffère avec soi. Ce qui diffère est devenu lui-même une chose, une substance.
La thèse de Bergson pourrait s’exprimer ainsi : le temps est altération, et l’altération est substance. La différence de nature n’est plus entre deux choses ou plutôt entre deux tendances, la différence de nature est elle-même une chose, une tendance s’opposant à l’autre. Et de même que la différence est ainsi devenue substance, le mouvement n’est plus le caractère de quelque chose, il ne présuppose rien d’autre, aucun mobile. La durée, la tendance est la différence de soi avec soi ; et ce qui diffère d’avec soi est immédiatement l’unité de la substance et du sujet. La différence de nature est devenue elle-même une nature. Bien plus, elle l’était dès le début. La différence de nature était extérieure seulement en apparence. Déjà dans cette apparence elle se distinguait de la différence de degré, de la différence d’intensité, de la différence spécifique.

Mais dans l’état de la différence interne, d’autres distinctions sont maintenant à faire. La différence interne devra se distinguer de la contradiction, de l’altérité, de la négation. C’est là que la méthode et la théorie bergsoniennes de la différence s’opposeront à cette autre méthode, à cette autre théorie de la différence qu’on appelle dialectique, aussi bien la dialectique de l’altérité de Platon que la dialectique de la contradiction de Hegel, impliquant toutes deux la présence et le pouvoir du négatif. L’originalité de la conception bergsonienne est de montrer que la différence interne ne va pas et ne doit pas aller jusqu’à la contradiction, jusqu’à l’altérité, jusqu’au négatif, parce que ces trois notions sont en fait moins profondes qu’elle ou sont des vues sur elle prises seulement du dehors. Penser la différence interne comme elle, comme pure différence interne, arriver jusqu’au pur concept de la différence, élever la différence à l’absolu, tel est le sens de l’effort de Bergson.


La vie, c’est le processus de la différence. Contre un certain mécanisme, Bergson montre que la différence vitale est une différence interne. Mais aussi que la différence interne ne peut être conçue comme une simple détermination : une détermination peut être accidentelle, du moins elle ne peut tenir son être que d’une cause, d’une fin ou d’un hasard, elle implique donc une extériorité subsistante. Non seulement la différence vitale ne sera pas une détermination, mais elle en serait plutôt le contraire, au choix elle serait l’indétermination même. Bergson insiste toujours sur le caractère imprévisible des formes vivantes : "indéterminées, je veux dire imprévisibles". Et chez lui, l’mprévisible, l’indéterminé n’est pas accidentel, mais au contraire l’essentiel, la négation de l’accident. En faisant de la différence une simple détermination, ou bien on la livre au hasard, ou bien on ne la rend nécessaire en fonction de quelque chose qu’en la rendant accidentelle encore par rapport à la vie. Mais par rapport à la vie, la tendance à changer n’est pas accidentelle ; bien plus les changements eux-mêmes ne sont pas accidentels, l’élan vital "est la cause profonde des variations". c’est-à-dire que la différence n’est pas une détermination mais, dans ce rapport essentiel à la vie, une différenciation.
Sans doute la différenciation vient de la résistance rencontrée par la vie de la part de la matière, mais elle vient d’abord et surtout de la force explosive interne que la vie porte en elle. "L’essence d’une tendance vitale est de se développer en forme de gerbe, créant, par le seul fait de sa croissance, des directions divergentes entre lesquelles se partagera l’élan" : la virtualité existe de telle façon qu’elle se réalise en se dissociant, qu’elle est forcée de se dissocier pour se réaliser. Se différencier, c’est le mouvement d’une virtualité qui s’actualise. La vie diffère avec soi, si bien qu’on se retrouvera devant des lignes d’évolution divergentes et, sur chaque ligne, devant des procédés originaux ; mais c’est encore et seulement avec soi qu’elle diffère, si bien que, sur chaque ligne aussi, l’on trouvera certains appareils, certaines structures d’organes identiques obtenus par des moyens différents. Divergence des séries, identité de certains appareils, tel est le double mouvement de la vie comme un tout. La notion de différenciation pose à la fois la simplicité d’un virtuel, la divergence des séries dans lesquelles il se réalise et la ressemblance de certains résultats fondamentaux qu’il produit dans ces séries. Bergson explique à quel point la ressemblance est une catégorie biologique importante : elle est l’identité de ce qui diffère avec soi, elle prouve qu’une même virtualité se réalise dans la divergence des séries, elle montre l’essence subsistant dans le changement comme la divergence montrait le changement lui-même agissant dans l’essence. " Quelle chance y aurait-il pour que, par deux séries toutes différentes, d’accidents qui s’additionnent, deux évolutions toutes différentes aboutissent à des résultats similaires ?"


La conception que se fait Bergson de la différence de nature lui permet d’éviter, contrairement à Platon, un vrai recours à la finalité. Il n’y a plus lieu de parler de fin quand la différence est devenue la chose elle-même. Chez Bergson, et grâce à la notion de virtuel, la chose diffère en soi d’abord, immédiatement. Ce qui se différencie en tendances divergentes, c’est une virtualité, et comme telle quelque chose d’absolument simple qui se réalise. Ce qui se différencie est d’abord ce qui diffère d’avec soi, c’est-à-dire le virtuel. La différenciation n’est pas un concept, mais la production d’objets qui trouvent leur raison dans le concept. Seulement, s’il est vrai que ce qui diffère avec soi doit être un tel concept, il faut au virtuel une certaine consistance, consistance objective qui le rende capable de se différencier, apte à produire de tels objets. Comme les choses sont devenues les nuances ou les degrés du concept, le concept lui-même est devenu la chose. Il n’y a plus à proprement parler plusieurs objet pour un même concept, mais le concept est identique à la chose elle-même, il est la différence entre eux des objets qui lui sont rapportés, non pas leur ressemblance. Le concept devenu concept de la différence, telle est la différence interne. Que fallait-il pour ce but philosophique supérieur ? Il fallait renoncer à penser dans l’espace : la distinction spatiale en effet "ne comporte pas de degrés". Il fallait substituer aux différences spatiales des différences temporelles. Le propre de la différence temporelle est de faire du concept une chose concrète, parce que les choses y sont autant de nuances ou de degrés qui se présentent au sein du concept.
C’est en ce sens que le bergsonisme a mis la différence, et le concept avec, dans le temps. "Si le rôle le plus humble de l’esprit est de lier les moments successifs de la durée des choses, si c’est dans cette opération qu’il prend contact avec la matière et par elle aussi qu’il s’en distingue d’abord, on conçoit une infinité de degrés entre la matière et l’esprit pleinement développé". Les distinctions du sujet et de l’objet, du corps et de l’esprit sont temporelles, et sont en ce sens affaire de degrés, mais ce ne sont pas de simples différences de degré. Nous voyons donc comment le virtuel devient le concept pur de la différence, et ce qu’un tel concept peut être : un tel concept est la coexistence possible des degrés ou des nuances, soit ce que Bergson appelle "mémoire". La durée est la différence avec soi ; la mémoire est la coexistence des degrés de la différence ; l’élan vital est la différenciation de la différence. Ces trois étages définissent un schématisme dans la philosophie de Bergson. Le sens de la mémoire est de donner à la virtualité de la durée même une consistance objective qui fasse de celui-ci un universel concret, qui le rende apte à se réaliser. Quand le virtuel se réalise, c’est-à-dire se différencie, c’est par la vie et sous une forme vitale ; en ce sens il est vrai que la différence est vitale. Mais la virtualité n’a pu se différencier qu’à partir des degrés qui coexistaient en elle. La différenciation est seulement la séparation de ce qui coexistait dans la durée.

Le virtuel définit maintenant un mode d’existence absolument positif. La durée, c’est le virtuel ; est réel tel ou tel degré de la durée, dans la mesure où ce degré se différencie. Sans doute le virtuel est en soi tout en gardant quelque chose de son origine. Mais par là même il est le mode de ce qui est. Cette thèse de Bergson est célèbre : le virtuel est le souvenir pur, et le souvenir pur est la différence. Le souvenir pur est virtuel parce qu’il serait absurde de chercher la marque du passé dans quelque chose d’actuel et de déjà réalisé ; le souvenir n’est que la représentation de quelque chose, il ne représente rien, il est. Il n'a pas à attendre que la perception disparaisse, il n’est pas postérieur à la perception. La coexistence du passé avec le présent qu’il a été est un thème essentiel du bergsonisme. D’une part, le souvenir pur est la différence parce qu’aucun souvenir ne ressemble à un autre, parce que chaque souvenir est immédiatement parfait, parce qu’il est en une fois ce qu’il sera toujours : la différence est l’objet du souvenir, comme la ressemblance l’objet de la perception. Il suffit de rêver pour approcher ce monde où rien ne ressemble à rien ; un pur rêveur ne sortirait jamais du particulier, il ne saisirait que des différences.
Mais le souvenir est la différence en un autre sens encore, il apporte la différence ; car s’il est vrai que les exigences du présent introduisent quelque ressemblance entre nos souvenirs, inversement le souvenir introduit la différence dans le présent, en ce sens qu’il constitue chaque moment suivant comme quelque chose de nouveau. Du fait même que le passé se conserve, "le moment suivant contient toujours en sus du précédent le souvenir que celui-ci a laissé" ; "la durée intérieure est la vie continue d’une mémoire qui prolonge le passé dans le présent, soit que le présent renferme directement l’image sans cesse grandissante du passé, soit plutôt qu’il témoigne par son perpétuel changement de qualité de la charge toujours plus lourde qu’on traîne derrière soi à mesure qu’on vieillit davantage". Le souvenir est à la fois défini par rapport à la perception dont il est contemporain et par rapport au moment suivant dans lequel il se prolonge. Mais comment ne pas les réunir, ces deux sens, puisque ma perception est déjà le moment suivant ?
Dire que le passé se conserve en soi et qu’il se prolonge dans le présent, c’est dire que le moment suivant apparaît sans que le précédent ait disparu. Ceci suppose une contraction, et c’est la contraction qui définit la durée. Ce qui s’oppose à la contraction, c’est la répétition pure ou la matière : la répétition est le mode d’un présent qui n’apparaît que quand l’autre a disparu, l’instant même ou l’extériorité, la détente. La contraction désigne au contraire la différence, parce que dans son essence elle rend impossible une répétition, parce qu’elle détruit la condition même de toute répétition possible.
La matière et la durée sont deux niveaux extrêmes de détente et de contraction, comme le sont dans la durée même le passé pur et le pur présent. Mais les deux termes qui s'opposent ainsi sont seulement les deux degrés extrêmes qui coexistent. L'opposition n'est jamais que la coexistence virtuelle de deux degrés extrêmes : le souvenir coexiste avec ce dont il est le souvenir, avec la perception correspondante ; le présent n’est que le degré le plus contracté de la mémoire, c’est un passé immédiat. L'idée générale est un tout dynamique, une oscillation ; "l'essence de l'idée générale est de se mouvoir sans cesse entre la sphère de l'action et celle de la mémoire pure", "elle consiste dans le double courant qui va de l'une à l'autre".


Ce que Bergson reproche à la métaphysique, c'est, n'ayant pas vu que la détente et la contraction sont l'inverse, d'avoir cru qu'elles étaient seulement deux degrés plus ou moins intenses dans la dégradation d'un même. Être immobile, stable, éternel. En fait, de même que que les degrés s'expliquent par la différence et non le contraire, les intensités s'expliquent par l'inversion et la suppose. Il n'y a pas au principe un Être immobile et stable ; ce dont il faut partir, c'est de la contraction même, c'est de la durée dont la détente est l'inversion. On rencontrera toujours chez Bergson ce souci de trouver le vrai commencement, le vrai point dont il faut partir : ainsi pour la perception et l'affection, "au lieu de partir de l'affection, dont on ne peut rien dire puisqu'il n'y a aucune raison pour qu'elle soit ce qu'elle est plutôt que tout autre chose, nous partons de l'action". Pourquoi est-ce la détente qui est l'inverse de la contraction, et pas la contraction l'inverse de la détente ? Parce que faire de la philosophie, c'est justement commencer par la différence, et que la différence de nature est la durée dont la matière est seulement le plus bas degré. La différence est le vrai commencement.
L’indétermination ne signifie jamais que la chose ou l’action aurait pu être autres. "L’acte pouvait-il être autre ?" est une question vide de sens. L’exigence bergsonienne est de faire comprendre pourquoi la chose est ceci plutôt qu’autre chose. C’est la différence qui est explicative de la chose elle-même et non ses causes. "Il faut chercher la liberté dans une certaine nuance ou qualité de l’action même et non dans un rapport de cet acte avec ce qu’il aurait pu être". Le bergsonisme est une philosophie de la différence et de la réalisation de la différence : il y a de la différence en personne, et celle-ci se réalise comme nouveauté.


Résumé tiré de : La conception de la différence chez Bergson - Deleuze (L'Île déserte et autres textes)


Dernière édition par chapati le Sam 18 Nov - 9:21, édité 1 fois

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Re: La Différence chez Bergson

Message par chapati le Dim 29 Oct - 9:26

Il semble à Bergson que la différenciation est le mode de vie de ce qui se réalise, s'actualise ou se fait. Une virtualité qui se réalise est en même temps ce qui se différencie, c'est-à-dire ce qui donne des séries divergentes, des lignes d'évolution, des espèces. "L’essence d’une tendance vitale est de se développer en forme de gerbe, créant, par le seul fait de sa croissance, des directions divergentes entre lesquelles se partagera l’élan". L'Elan vital sera donc la durée même en tant qu'elle s'actualise, en tant qu'elle se différencie. L'Elan vital est la différence en tant qu'elle passe à l'acte. Aussi la différenciation ne vient-elle pas simplement d'une résistance de la matière, mais plus profondément d'une force que la durée porte en elle : la dichotomie est la loi de la vie. Et ce que Bergson reproche au mécanisme et au finalisme en biologie, comme à la dialectique en philosophie, c'est toujours à des points de vue différents de composer le mouvement comme une relation entre des termes actuels, au lieu d'y voir la réalisation d'un virtuel.
(...)
Comprenons que le virtuel n'est pas un actuel, mais n'en est pas moins un mode d'être, bien plus et d'une certaine façon l'être lui-même : ni la durée, ni la vie, ni le mouvement ne sont des actuels, mais ce dans quoi toute actualité, toute réalité se distingue et se comprend, prend racine.

(Bergson, 1859-1941 : Deleuze, L'Ile déserte et autres textes, p.37/38)

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