A boire et à manger

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Re: A boire et à manger

Message par chapati le Mar 20 Nov - 9:01

Ils me rendent dingue, à l’Obs (un journal digne autrefois). C’est pas que les gilets jaunes me fascinent (et un mort et 400 blessés, c'est juste pas possible), mais comment supporter l’édito plein de morgue et de condescendance que nous sert Sylvain Courage ?

https://www.nouvelobs.com/edito/20181118.OBS5590/gilets-jaunes-idees-courtes.html

Quelques extraits :
En passant le boléro fluorescent, le quidam relève la tête. L’homo economicus périurbain rompt avec sa solitude ultramoderne. Sur les réseaux sociaux, il se signale à ses semblables et leur donne rendez-vous au bord de la rocade. Debout les damnés de la pompe. Et en route pour l’Elysée qui leur a si mal parlé…
Les gens seraient descendus dans la rue parce que l’Elysée "leur parle mal" ? Etonnant que ce garçon accepte de se mélanger au peuple pour voter. Sinon, les gilets jaunes (soit un peu du peuple quand même) sont dédaigneusement assimilés aux réseaux sociaux (j’ai pas souvenir à l’Obs d’une même approche socio lors des printemps arabes, il me semble qu’ils parlaient plutôt "d’élan populaire" à l’époque.).

Qui n’en a pas "marre des impôts" ? Qui ne se sent pas floué par les "profiteurs" ? Qui ne tient pas Emmanuel Macron, le "président des riches" pour responsable de tous les maux ? La doctrine des "gilets jaunes" est si vague qu’elle est désormais partagée par une pléiade d’opposants : Marine Le Pen, Florian Philippot, Laurent Wauquiez, François Ruffin ou Jean-Luc Mélenchon. Belle unanimité !
Et bien sûr l’ennemi intime : Mélenchon, encore marié à Marine Le Pen. C'est tellement facile, de plaider le théorique. Théoriquement j'ai raison, donc votons théorique ! Sinon et à propos d’impôts, combien ça gagne, un rédacteur en chef à l’Obs ? Juste comme ça, pour voir si l’injustice sociale les touche encore ou si, à propos de doctrine, c’est surtout #balancetonporc leur combat.

La colère est une émotion moderne. Quand elle jaillit, authentique et brutale, elle donne tous les droits. A quoi bon solliciter l’autorisation de la préfecture avant d'envahir la chaussée ? Pourquoi s’embarrasser de règles et de précautions ? Les "gilets jaunes", qui rêvaient de vivre au large des villes et de consommer à leur guise, se croyaient libres et se découvrent prisonniers d’une société bloquée. D’où la jacquerie. Pour exprimer leur frustration, ils se retournent contre la bagnole, les caddies et même les gendarmes, censés les protéger au quotidien. "Ras-le-bol", disent-ils.
Et un couplet philo sur la colère en tant qu’émotion moderne, un. Ouh le vilain ressentiment pas beau : c’est pas du Nietzsche mais presque. Et ça a même pas de chef, ces sans-culottes, non mais quel toupet ! Pas même trace d’allégeance au couple Hollande-Royal par exemple (au hasard)... ah les manants !

Sans chef, ni organisation, ni stratégie, ces individualistes rêvent de créer un mouvement qui les dépasse. Mais ils se cognent à leurs semblables qui voudraient seulement rouler, travailler et consommer. Comment entraver les déplacements des uns au nom de la mobilité des autres ? Même en déployant la meilleure volonté, les affrontements sont consubstantiels à leur mode d’action.
Mon dieu, Marie-Chantale, des individualistes (ferme vite les volets). Faites que le droit de manifester (et de grève aussi, tant qu’on y est) soit aboli, amen... et que ces types pensent à traverser la rue pour trouver un job dans les restos (ces assistés abusent).

En dépit de 409 blessés et d’une malheureuse victime, les médias sont fascinés
Mais non mais non, mon gars : les médias c’est toi !

Etc

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Re: A boire et à manger

Message par chapati le Mar 4 Déc - 13:09

Gilets jaunes

Ça fait un moment que je cherchais quelque chose d'intelligent à dire sur les gilets jaunes. Un moment d'ailleurs que je ne lis strictement rien d'intéressant sur le sujet (en dehors de l'édifiant récit ci-dessus du brave gars de l'Obs qui gémit qu'on l'empêche de travailler et de consommer).

Ben ça y est, j'ai trouvé. Et c'est Cohn-Bendit qui a mis en mots l'idée autour de laquelle je tournais, en contextualisant les choses. Ouais, contextualiser pour comprendre. Ce qu'il dit, c'est qu'aujourd'hui on n'est pas dans un contexte révolutionnaire mais dans un contexte de tentation autoritaire-totalitaire.
Et ça change tout.
Ça veut pas dire qu'il soit "contre" un certain esprit révolutionnaire (enfin, à ce qu'il me semble, c'est qu'il est fin politique, l'animal), malgré son soutien au départ à Macron. Juste qu'il a la juste hauteur de vue pour comprendre ce qu'il y a à comprendre.
(d'ailleurs il exprime à un moment un vrai désaccord avec la politique de Macron, qui ne correspond pas selon lui à ce qu'il avait exprimé lors de l'élection, avec une réflexion bien foutue sur le "en même temps").

Et quand on lui parle de mai 68, il illustre parfaitement son idée en expliquant que jamais en mai 68 personne n'aurait menacé de mort un des types du mouvement qui voulait discuter.
Et c'est là qu'il enchaîne à juste titre sur la tentation autoritaire/totalitaire... aux antipodes donc de mai 68.


On peut voir ça ici, ça court jusqu'à six minutes. Ensuite, ça passe à des sujets plus proprement politiques.




Dommage que ce type ne veuille pas se présenter aux présidentielles, j'aurais bien voté pour lui, moi. Ceci dit, il se ferait forcément barrer la route à je-ne-sais quelle primaire, où des génies lui préfèreraient le passionnant Wauquiez ou la divine Ségolène...

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Re: A boire et à manger

Message par chapati le Dim 9 Déc - 17:59

" La puissance des pauvres " (Majid Rahnema et Jean Robert, Actes Sud)

Les classifications traditionnelles qui définissent la pauvreté à travers des données mathématiques (1 ou 2 dollars par jour) est impertinente devant les réalités anthropologiques. La pauvreté dans laquelle a depuis toujours vécu l’essentiel de l’humanité est une pauvreté conviviale, voire même volontaire *. Dans les deux cas, elle s’inscrit dans un monde socialisé où les valeurs, les normes et les croyances s’imbriquent dans une représentation cosmologique harmonieuse, qui réuni directement l’homme à son environnement. Cette représentation constitue l’épistémè des individus chez Foucault **.

La société démocratique industrielle procède à une destruction de cet épistémè, généralisant une pauvreté d’un autre type : la misère. Ce phénomène a pris des proportions inestimables ces dernières décennies.

Spinoza définissait l’homme selon une dichotomie fondamentale, la puissance et le pouvoir : "La puissance, immanente de chaque individu, est le fruit d’une maîtrise et plénitude intérieure tandis que le pouvoir, d’origine exogène, est l’exercice d’une force d’intervention sur les autres". Le pouvoir étant bien souvent l’expression d’un manque de puissance. L’homme se doit d’explorer et de renforcer sa puissance intérieure afin de se libérer des émanations malsaines de son pouvoir. Ce travail s’établit à travers la construction d’une éthique endogène bâtie sur un équilibre entre la nécessité et la liberté, autrement dit entre la raison et le désir propre à chacun. C’est donc une société révolutionnaire qui est décrite ici, un ensemble d’individus sans pouvoirs qui se régiraient d’eux-mêmes. L’ordre et la morale seraient effacés au profit d’une raison suffisante qui régulerait d’elle-même les effets pernicieux du désir.

Face au pouvoir aliénant de la société occidentale, [les auteurs] parient donc sur la résurgence des puissances des pauvres et défendent un retour à la pauvreté véritable et consentie (comme le prônait Gandhi) en se restructurant autour des piliers des sociétés vernaculaires. On ne parle alors ni de révolution, ni d’utopie, mais de désirs révolutionnaires et surtout de Réalité.

(résumé depuis : https://blogs.mediapart.fr/chachacha/blog/080409/la-puissance-des-pauvres)

* volontaire, je veux bien l'entendre : pas dans le sens où les gens "désireraient" la pauvreté, mais où il refuseraient les compromissions ou même les efforts indispensables pour parvenir à la richesse.

** épistémè : "on pense à l'intérieur d'une pensée anonyme et contraignante qui est celle d'une époque et d'un langage" (Foucault)

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Re: A boire et à manger

Message par chapati le Mar 11 Déc - 2:59

Houria Bouteldja est-elle raciste ?


Dans son dernier édito, Laurent Joffrin parle ici d'un livre de Manuel Boucher, intitulé "La gauche racialiste", auquel il semble souscrire en tous points. C'est juste infernal.

Pour Manuel Boucher, la pensée décoloniale a pour but d’importer en France le modèle multiculturaliste anglo-saxon. Boucher réfute de manière claire les thèses de cette gauche «décoloniale», très minoritaire mais très bruyante, qui prétend ramener à la division ethnique l’ensemble des conflits qui traversent la société française.
La gauche décoloniale, ça n'existe pas. Ou sinon ça a un nom : le PIR (mouvement de Houria Bouteldja), et sans doute trois pelés qui s'y intéressent (dont moi). Quant à "ramener à la division ethnique l’ensemble des conflits qui traversent la société française", on dira gentiment que Boucher l'a juste inventé.

La gauche décoloniale stigmatise la persistance des préjugés et des schémas coloniaux dans nos sociétés, pour critiquer leur rôle dans la condition faite aux minorités issues des anciens pays colonisés. Jusque-là, rien que de légitime et tout antiraciste conséquent aboutira aux mêmes constats.
Ces précautions d'usage précisées, passons aux choses sérieuses :

Plutôt que de s’en tenir à la tradition universaliste qui fonde la lutte pour l’égalité des droits et des conditions, la gauche décoloniale la rejette comme "blanche" au profit d’une vision essentiellement communautaire, culturelle et même raciale des démocraties (comme si le racisme était le monopole des démocraties occidentales, ce qui est pousser loin le simplisme).
A propos de simplisme : pourquoi s'embarrasser d'une autre grille de lecture alors que la mienne est universelle ? Bel effort Joffrin, fallait oser ! De plus, c'est malhonnête de sous-entendre que l'universalisme serait rejeté par Bouteldja PARCE QUE blanc. C'est non seulement l'affirmer raciste mais en outre lui nier toute capacité à penser. Ce qui est dit (si ça ne dérange pas trop qu'on s'y réfère), c'est que l'universalisme est rejeté parce que l'Occident s'en sert pour rabaisser, "régionaliser" si l'on veut toute autre forme de pensée, soit rien d'autre que la perpétuation de la pensée coloniale. L'idée d'universalisme proprement dit n'est pas forcément inaudible, c'est s'en prétendre le dépositaire qui ne colle pas, d'autant que ce n'est qu'un rêve parmi d'autres (celui des droits de l'homme etc bref, un rêve de blanc), un but à atteindre dans le meilleur des cas.

Comme cette catégorie raciale est quelque peu gênante pour des militants de gauche, on a inventé une novlangue destinée à apposer une étiquette nouvelle sur les mêmes groupes. Ainsi, on ne parlera pas de "Noirs" ou "d’Arabes"  mais de minorités "racisées". On ne fustigera pas "les Blancs", mais on mettra en avant le subtil concept de "blanchité", censé désigner non une couleur (?), mais une construction sociale. Byzantinisme sémantique qui voile en fait une conception tout aussi essentialiste et raciale de la vie en société et qui revient à désigner exactement les mêmes personnes, les "minorités visibles", à l’aide d’un vocabulaire sophistiqué et bien-pensant.
N'importe quoi. D'abord la novlangue, c'est la vôtre, Joffrin. C'est celle qui par exemple emploie le concept de racisme tout en éliminant le mot "race" du dictionnaire, et justement pour cause de bien-pensance (ou de modèle d'éducation dans le meilleur des cas). Bref, vous inversez les rôles.
Seriez-vous amnésique ? Auriez-vous oublié ce temps où tout le monde parlait de blancs, de noirs etc ? Qu'en déduisez-vous ? Que tout le monde était raciste il y a cinquante ans ? C'est du délire. Bouteldja emploie tout simplement ces mots comme on les emploie depuis toujours et partout dans le monde, c'est-à-dire au sens culturel. Au sens oui, de spécificités culturelles, de constructions sociales etc. Il n'y a que vous qui soyez "byzantin" dans cette histoire !
Un exemple : quand, au delà des frontières donc, vous vantez les valeurs communes de l'Europe, vous faites quoi sinon affirmer une identité culturelle (européenne) ? Et cette identité, c'est quoi sinon ce qu'on appelle depuis toujours "l'Occident" ?
Vous voyez c'est tout simple : il est question de culture (de civilisation plutôt mais bref). Et je le répète, c'est comme ça que les gens en parlent dans le monde entier, et pour bon nombre sans connotation raciste. Bouteldja emploie donc juste les mots des gens normaux, et non cette novlangue inconséquente qui par exemple a elle-même créée le concept de race pour finalement mettre le mot sous le tapis, vu des dégâts... privant ainsi les gens d'une référence identitaire (parmi d'autres) que vous-même utilisez en parlant d'Europe.
Sinon bravo d'expliquer que les noirs culturels correspondent bien aux noirs biologiques etc, La Pallice n'aurait pas fait mieux : les "blancs" culturels ne désignent effectivement pas les "noirs" biologiques, je confirme !

Ainsi, le Parti des indigènes de la République (PIR) appelle au «renversement révolutionnaire» des "racisés" contre le "pouvoir blanc", ce qui consacre la "lutte des races" dont on se défend par ailleurs. On dénonce la gauche blanche, ou les féministes blanches, comme si leur appartenance ethnique ou raciale les disqualifiait d’emblée.
Je vous reprends plus sur les races, je viens de le faire. Vous prétendez ne pas comprendre, j'en doute. Bouteldja dit d'ailleurs clairement préférer la gauche, mais ça vous préférez le taire parce qu'elle ose faire le constat qu'à gauche aussi, on a le même pli universaliste (que vous défendez ici-même clairement), et souvent la même arrogance qui sévissait donc à l'époque colonialiste. Le problème c'est qu'aucun blanc ou presque n'accepte ce genre de critique, n'accepte ne serait-ce que d'écouter ça (et je ne parle pas de le penser, ça va de soi).
Comment faire face à un tel déni, sinon effectivement instaurer un rapport de forces pour être entendu ?

Ceci dit, j'admets qu'il existe un risque réel que son discours soit compris par nombre d'adeptes comme un racisme anti-blanc. Et vu que la fille est intelligente, ce risque elle est censé le connaître. Et tel est là LE point qui peut poser effectivement problème dans sa démarche (je l'avais déjà souligné dans le lien cité).
Notons sa réponse sur le sujet : elle veut fédérer une puissance politique, et donc un rapport de force, sans lequel personne n'écoutera jamais la voix des "indigènes". On en pense ce qu'on veut mais ça se tient (y'a qu'à voir les gilets jaunes). Elle envisage ensuite des alliances politiques (avec NPA par exemple).
Enfin n'oubliez surtout pas, Joffrin, dans la soif d'absolu qui vous fait ne jamais vous aventurer hors de la théorie, que ça craint un maximum, ce qui se passe "en vrai" entre l'état français et en particulier les musulmans depuis le 11 septembre : toute cette stigmatisation récurrente, permanente, à droite à gauche (Sarkozy, Valls).

Ce différentialisme à connotation raciste aboutit à des contorsions grotesques. Houria Bouteldja établit une hiérarchie des victimes et des crimes selon l’appartenance ethnique des protagonistes. Le viol d’une "racisée" par un "Blanc", écrit-elle, serait plus grave que le même viol pratiqué par un "racisé" sur sa sœur "racisée" ou sur une «Blanche». De la même manière, tout en proclamant leur attachement à la liberté d’expression, ces militants refusent toute solidarité avec les victimes de Charlie Hebdo pour la simple raison que le journal s’est attaqué par ses dessins à la religion d’une minorité opprimée.
Vu vos contorsions à vous, mieux vaut commencer par dire que je ne pense pas que Bouteldja fasse l'apologie du viol, ok ? Ceci précisé, je reprends. C'est vrai qu'elle pousse parfois loin la provoc, la petiote (mais qui l'écouterait sinon). Sur cet exemple précis, donc, voilà comment à mon avis on peut l'interpréter. Posons que pour elle, un violeur noir ou arabe, c'est un très sale con qui traite une femme (et donc les femmes) comme un torchon, en se foutant parfaitement de ce qu'elle ressent. Ce que peut-être elle ajoute, c'est qu'un blanc qui viole une noire, il y a des chances que - en plus d'être le même sale con - il "se fasse une négresse". Ça veut dire quoi ? Qu'il viole celle-là PARCE QUE elle est noire. Et que donc, ce soit même plus une histoire de "torchon" et d'indifférence, mais pire : d'un rapport à l'humanité... que ce soit plus une femme en tant qu'être humain qui soit violée mais une sorte de sous-être. Et si tel est le cas, oui c'est pire. Enfin moi je vois bien la différence !
Quant à un "refus de solidarité envers les victimes du Bataclan", si vous croyez vraiment que la moitié du monde s'est réunie juste pour vous dire à vous, Joffrin, son soutien à la liberté de la presse, vous rêvez. La moitié du monde s'est réuni pour dire que ce genre de massacre est proprement dégueulasse (et qu'on n'allait pas se laisser faire). Donc dire "je ne suis pas Charlie", ce n'est en rien dire qu'on trouve une telle horreur justifiable (ce que vous sous-entendez de façon odieuse), c'est ne pas convenir comme vous qu'on peut tout dire jusqu'à cracher sur le sacré des gens, au vu de je-ne-sais quel autre "sacré" que serait vôtre, à savoir la liberté de la presse. C'est votre sacré contre celui de l'autre (et d'ailleurs la liberté d'opinion est encadrée par l'interdiction des appels à la haine etc).
Bref, ce que Bouteldja  revendique, c'est que le "sacré" de ses racines, qui participe de la mémoire de son identité, soit respecté : qu'elle puisse référer à autre chose qu'à son identité "d'indigène" pour savoir qui elle est. Vous avez à y redire quelque chose ? Vous voulez aussi ré-écrire le Coran pour que "les sauvages" comprennent l'universel ?
Bref on a le droit de faire des procès d'intention en démocratie, mais ça implique alors l'effort minimal de prendre un maximum de précaution et de rigueur dans la façon de faire, faute de quoi ça peut tourner au n'importe quoi voire à la pure calomnie. Question de dignité, oui.

Les juifs, bien sûr, occupent une place à part dans ce pandémonium essentialiste. Rangés tout uniment parmi les «dominants», «blancs» eux-mêmes, ils forment un groupe suspect qui intimiderait la gauche en excipant à tout propos le génocide dont ils ont été victimes pour consolider l’Etat d’Israël et justifier leur position supposément dominante. Figure classique de l’antisémitisme contemporain.
C'est faux. Ce qui est dit, c'est que l'occident réserve aux juifs une sorte de statut privilégié par rapport au celui habituel réservé aux autres "indigènes", au vu de la Shoah. Bouteldja enchaîne que les juifs auraient leur place dans son mouvement, mais à condition de se présenter en tant qu'élément d'une minorité racisée, soit son combat (anti-raciste rappelons-le) à elle. Sauf incompréhension de ma part, elle a en outre une théorie comme quoi les juifs se tapent une haine de la part de pas mal de monde (et de musulmans au passage) à cause de la politique d'Israël, qui serait télécommandée selon elle par l'Occident (enfin quelque chose de cet ordre, on peut en lire plus ici, si ça intéresse).
Vous avez parfaitement le droit de pas la croire Joffrin, pas celui de trafiquer ses propos (vous ou Boucher).
(reviens July)
Un autre exemple ? Le PIR (son mouvement donc) dénonce ici Zemmour pour avoir (je cite) : "exonéré Pétain de toute responsabilité dans la déportation des Juifs". C'est un propos antisémite ça ? Pas chez moi.
Pour finir, et juste avant de conclure, vous vous débrouillez pour empiler en cinq lignes viol, terrorisme et antisémitisme. C'est peut-être un effet de style efficace selon vous, mais surtout jamais étayé... ou en fait uniquement par le point de vue que vous avez sur elle, comme quoi elle serait raciste, et rien d'autre (c'est le même genre de procès d'intention qui est fait à Tariq Ramadan).

Au bout du compte, montre Manuel Bouchet, ces thèses qui ressortissent du «racisme antiraciste» ont pour but d’importer en France le modèle multiculturaliste des pays anglo-saxons (dont on constate chaque jour les formidables réussites dans l’Amérique de Donald Trump…), sur fond de guerre civile froide entre communautés hostiles. Perspective dangereuse pour Bouchet, pour qui seul l’universalisme des droits humains fournit une base solide à la lutte antiraciste et qui conclut ainsi sa patiente et précise démonstration : «Combattre les processus d’oppression sociale, économique, culturelle et raciste ne peut en aucun cas s’accorder avec des logiques populistes tiers-mondistes et racialistes sous peine d’alimenter le cercle vicieux des haines identitaristes.»
On ne saurait mieux dire
Euh, "ressortent" a priori, pas "ressortissent". Pour la parenthèse c'est pareil, se relire avant de publier : c'est où la "guerre civile froide", aux Etats-Unis, en Angleterre, en France, dans le monde ? Bref.
Pour ce qui est du modèle communautariste à l'anglaise, moi j'en ai rêvé : j'ai rêvé d'une "Little India" quelque part en France, où je pourrais oublier le pli donné par la bêtise de l'arrogance universaliste et j'en passe. Alors je peux comprendre les trouilles suite aux attentats, mais de faire de ces seuls événements l'argument pour dire qu'il faut se mélanger pour éviter le pire, c'est tout simplement relayer des odeurs ambiantes qui font de tout musulman un terroriste en puissance. Pour tenter à le dire avec le plus de courtoisie possible : c'est complètement nul, votre laïus !



Vous savez quoi, Joffrin ? C'est juste un scandale de lire des trucs pareils dans Libération.

Reprenons. Vous partez du préjugé que Bouteldja serait raciste. C'est possible mais rien ne le prouve, et son discours est parfaitement cohérent dans une optique où elle ne le serait pas. Moi je dis juste que quand elle dénonce la prétention occidentale à l'universalisme, je suis d'accord. Et c'est là que vous perdez les pédales. C'est là qu'il est juste impossible de parler avec n'importe quel blanc ou presque sans recevoir une bordée d'insultes quand c'est pas une démonstration en règle de haine pure.
Personne n'est prêt à prendre en compte ce que Foucault définit comme l'épistémè : "on pense à l'intérieur d'une pensée anonyme et contraignante qui est celle d'une époque et d'un langage". Enfin si, le prendre en compte pour "l'autre", ça oui... ou encore pour éventuellement dire l'Histoire. Mais jamais pour l'Occident, pour soi, là, maintenant : jamais (je dis pas que ce soit pas facile, remarquez).
Donc il n'y a toujours pas de contexte en Occident, l'Occident c'est pas un contexte. Il y a juste un machin binaire qui fait savoir (vrai/faux, savoir/ignorance etc).
Bouteldja dit vouloir récupérer un bout de mémoire autre que celle de son histoire "d'indigène", son histoire racialisée, mais "en face", c'est l'amnésie générale (une amnésique demande donc à des amnésiques de lui restituer la mémoire que ceux-ci lui aurait volé... ce serait presque drôle si elle ne ramassait pas de la haine de partout).


Et l'universalisme, c'est quoi là-dedans ? La folie du dernier mot accordé à la pensée et elle seule, le diktat de la raison sur le sensible, etc. On n'en sort pas. Autant de problèmes que personne ne semble prêt à penser, qui surtout n'évoque strictement rien à personne. La phrase de Foucault citée plus haut, lui-même la poursuit ainsi : "la tâche de la philosophie actuelle, c'est de mettre au jour cette pensée d'avant la pensée, ce système d'avant tout système".
Philosophons donc, en attendant de trouver des interlocuteurs (le peuple manque).


Pour se faire une idée, on peut lire ici une interview de Bouteldjah.

Ou encore : Je viens de passer trois heures en écoutant ce lien (et les suivants). Ça s'écoute très bien. Et si n'importe qui fait de même et en sort en assimilant ces filles au genre de beauté de la famille Le Pen, c'est soit qu'il est complètement abruti soit un sacré faux-cul. C'est tout ce que j'ai à dire.
(si c'est ça, être raciste...)










Dernière édition par chapati le Ven 14 Déc - 19:42, édité 1 fois

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Re: A boire et à manger

Message par chapati le Jeu 13 Déc - 4:15

Droits de l'Homme (France, 1948)

Les occidentaux veulent ré-écrire le Coran  Evil or Very Mad ?
Ok je vais ré-écrire la Déclaration des Droits de l'Homme  Very Happy !

Préambule.
Considérant que la reconnaissance de la dignité inhérente à tous les membres de la famille humaine et de leurs droits égaux et inaliénables constitue le fondement de la liberté, de la justice et de la paix dans le monde.
Considérant que la méconnaissance et le mépris des droits de l'homme ont conduit à des actes de barbarie qui révoltent la conscience de l'humanité et que l'avènement d'un monde où les êtres humains seront libres de parler et de croire, libérés de la terreur et de la misère, a été proclamé comme la plus haute aspiration de l'homme.
La reconnaissance de la dignité humaine amenant à des droits égaux et inaliénables, c'était bien parti. Tout comme les mots-références : "liberté, justice, paix", tout ça est bel et beau. Ensuite on s'aperçoit que la notion de liberté ne répond qu'à celle de (refus du) totalitarisme, et qu'on est finalement en présence d'un contrat-type auquel on se doit de souscrire : les droits de l'Homme et les jolis termes évoqués plus haut ne concernent plus que du sociétal.. jusqu'à aboutir sans mollir à ce que l'idée sociétale (en question) soit "la plus haute aspiration de l'homme" !

L'Assemblée Générale proclame la présente Déclaration Universelle des Droits de l'Homme comme l'idéal commun à atteindre par tous les peuples et toutes les nations etc.
Et voilà : tout ça pour ça. Pour nous dire qu'une assemblée s'est permise de s'arroger le droit de parler au nom d'un idéal commun à l'humanité (en tant que "plus haute aspiration de l'homme donc") ! Le minimum eût été de se renseigner d'abord auprès des autres cultures, à propos de dignité. Mais non, on affirme au nom de l'autre, niant ainsi toute possibilité de différence, déniant à l'autre sa différence, et donc le niant.
(et si le concept de justice est sans doute universel, il ne réfère pas forcément à l'idéal occidental)

Article premier.
Tous les êtres humains naissent libres et égaux en dignité et en droits. Ils sont doués de raison et de conscience et doivent agir les uns envers les autres dans un esprit de fraternité.
Non. La fraternité n'est pas un devoir et ne se décrète pas. Nous voilà maintenant dans la plus pure utopie.

Article 7.
Tous sont égaux devant la loi et ont droit sans distinction à une égale protection de la loi.
La justice d'accord, mais il ne suffit pas de la proclamer. En admettant qu'en démocratie, la loi soit supposée mieux protéger, rien ne permet d'affirmer qu'elle recouvre une dignité individuelle (globale) supérieure à ce qui a cours ailleurs : ce n'est plus à l'homme qu'on s'adresse, l'homme est réduit au citoyen.

Article 17.
1. Toute personne, aussi bien seule qu'en collectivité, a droit à la propriété.
2. Nul ne peut être arbitrairement privé de sa propriété.
On avait compris que ce point ne serait pas oublié pirat , d'autant que s'il est un droit admirablement respecté partout, c'est bien celui-là !

Article 21. 3.
La volonté du peuple est le fondement de l'autorité des pouvoirs publics ; cette volonté doit s'exprimer par des élections honnêtes qui doivent avoir lieu périodiquement, au suffrage universel égal etc...
A condition que les masses n'en arrivent pas à souhaiter le fascisme... et là ça devient compliqué. Parce que reste à savoir s'elles en arriveraient là si les droits de l'homme étaient affectivement respectés  Question . Bref d'un côté on nous sert du rêve, de l'autre des impératifs à suivre, le tout en vrac, sans qu'on ne sache plus s'il est question de rêve, de but, de méthode à suivre etc...

Article 23.1.
Toute personne a droit au travail, au libre choix de son travail, à des conditions équitables et satisfaisantes de travail...
Depuis le début on est dans le point de vue du social. Parce que sinon, quid du droit au travail ? Un droit ça devrait sous-entendre un droit au non-travail (un choix, une liberté), sinon ça s'appelle un "devoir". On frise l'escroquerie là. Si un pygmée préfère ne pas trop bosser et se balader à poil dans la jungle, l'idéal commun posé comme évidence dans le préambule part en sucette.

Article 29.
1. L'individu a des devoirs envers la communauté dans laquelle seul le libre et plein développement de sa personnalité est possible.
2. Dans l'exercice de ses droits et dans la jouissance de ses libertés, chacun n'est soumis qu'aux limitations établies par la loi exclusivement en vue d'assurer la reconnaissance et le respect des droits et libertés d'autrui et afin de satisfaire aux justes exigences de la morale, de l'ordre public et du bien-être général dans une société démocratique.
La communauté donc, toujours. Quid de la dignité, de la liberté désormais ? Et pourquoi pas avoir le choix de "sa" communauté : d'esprit, d'affinités, de mode de vie etc... on peut tout aussi bien défendre que sans ce choix, le libre développement de notre personnalité est susceptible d'être gravement mis en danger !



La déclaration des Droits de l´Homme est donc un melting-pot de droits, de devoirs, d'utopie et de méthode mélangés sans discernement, et présenté comme homogène. En outre, on n'a pas le choix de ne pas signer.

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