Agustin Barrios

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Agustin Barrios

Message par chapati le Mar 24 Juil - 7:23

Agustín Barrios est né en 1885 dans le territoire des missions au sud du Paraguay, où les prêtres jésuites s'étaient établis au XVII° et dispensaient leur enseignement aux indiens guaranis, tout en leur apprenant l'horticulture. Ses parents étaient tous deux enseignants et attachaient une grande valeur à la culture et à l'art. Il commence à jouer très jeune puis étudie les grands guitaristes. A 25 ans il part faire des concerts hors du pays. Mieux accueilli que chez lui, il s'exilera définitivement vers quarante ans pour faire des tournées un peu partout.
Barrios est un romantique, un idéaliste et un humaniste. Il est en outre farouchement anti-colonialiste. Son répertoire est éclectique, allant de compositions basées sur les folklores locaux à une musique d'inspiration religieuse. Il aime tout particulièrement Bach et le joue fréquemment en concert (son Prélude op.5 n°1 est un hommage à Bach).
Mais il est aussi bien flingué. Il adopte le nom de Nitsuga Mangoré au début des années trente au Brésil. Mangoré est le nom d'un chef guarani légendaire, Nitsuga son prénom (Agustin) en inversant les lettres. Il se présente comme l'héritier des traditions guaranis et va en concert en costume traditionnel. Certes il s'est fabriqué ce personnage pour attirer le public, mais le rapport aux ancêtres n'est pas complètement feint non plus. Il se dit qu'en outre ça lui plaisait bien d'aller jouer en concert à moitié nu avec des plumes sur la tête. Bref, après quelques années, on ne le connaît plus que sous le nom de Nitsuga Mangore, sans plus de référence à Agustin Barrios.
Après une tournée en Europe, il accepte en 1939 l'invitation du président du Salvador d'en être résident permanent. Il y exerce alors comme professeur au conservatoire national jusqu'à sa mort en 1944. A cette époque, il écrit un texte intitulé : "profession de foi", où il explique par la mythologie guarani comment le chef Nitsuga en est venu à jouer de la guitare et à se métamorphoser en un nouveau personnage :  
Tupa, Esprit Suprême et protecteur de mon peuple me trouva un jour au fond d'une forêt en contemplation devant la nature. Il me tendit une mystérieuse boîte et m'intima d'en révéler les secrets. Après y avoir enfermé tous les chants d'oiseaux et la mélancolie des plantes de la jungle, il l'abandonna à mes mains. J'obéis à l'injonction et la gardait près de mon cœur. Depuis j'ai passé de nombreuses lunes au bord d'une fontaine, quand une nuit, Yacy, notre mère la lune, se refléta dans l'eau et, sentant la tristesse de mon âme indienne, me donna six rayons de lune argentés aptes à me faire découvrir le secret. Et le miracle eu lieu : du fond de la boite sortit la plus belle des symphonies, faite de toutes les voix vierges de l'Amérique



En dehors de ça, Barrios se dit plus près de la théosophie que du catholicisme. Pour lui, Dieu et la nature sont inextricables, et faisant partie de la nature, l'homme fait partie de Dieu : "en dépit d'une sévère éducation religieuse, mon panthéisme primitif m'a orienté dans la direction de la théosophie, une philosophie aux concepts humains et rationnels. Je crois aux lois immuables de la nature. L'humanité et le Bien imprègne mon esprit comme le but éthique de toute existence".
La Catédral (son œuvre la plus jouée) est composée de deux mouvements, Andante religioso et Allegro Solemne (plus le rajout tardif d'un prélude en introduction, pas forcément toujours joué). Il aurait écrit cette pièce suite aux impressions ressenties dans la cathédrale de San José à Montevideo. Les accords de l'andante réfèreraient un morceau de Bach que l'organiste y jouait ; l'allegro représentant lui l'atmosphère de paix spirituelle de la cathédrale ; l'agitation du monde serait signifiée au travers des arpèges.
En 1944, sachant sa fin proche, Barrios se prépare à sa propre mort dans la tranquillité et la méditation. A sa mort, le prêtre qui l'a assisté proclame : "c'est la première fois, j'ai témoin été de la mort d'un saint".

(traduit et résumé essentiellement à partir de : http://www.cybozone.com/fg/jeong.html)



Hélas ce texte présente une terrible incohérence : il y est dit que le dernier mouvement serait issu d'une "impression de paix" dégagée dans la cathédrale et en même temps que les arpèges "reflèteraient l'agitation du monde". Du coup : paix ou agitation, comment le jouer ? Et c'est d'autant plus ennuyeux que tout le monde la joue trop vite à mon goût... et jusqu'à Barrios lui-même ! Pas facile. Mais le problème, outre donc comme toujours celui du sens (qui n'est ici pas non plus insoluble), est technique : il est difficile techniquement de jouer à part égale chaque note de l'arpège, on est entraîné à en faire sonner certaines et à en avaler d'autres. Et bizarrement plus on joue vite, moins le problème est prégnant, dans la mesure où l'on n'a plus à insister sur telle note qu'on voudrait faire ressortir pour moduler les intensités. Bref, si on la joue vite, le son est homogène et sort en une cascade de notes, mais fini la solennité ou presque ; et si on la joue lentement en tentant de faire ressortir une certaine majesté, on peine à marier les couleurs et intensités souhaitées tout en gardant une vraie continuité rythmique et sonore à chaque note.




La Catedral
Azabagic en version rapide. Si son empressement devient quelquefois perceptible voire gênant, au moins sent-il et marque-t-il pauses et variations. Ses notes font de jolies cascades et une vague ferveur n'est pas totalement absente. Ici juste le troisième mouvement (qui fait la notoriété de La Cathédrale).





Koshkin joue lui plus lentement. Sensible mais jamais mièvre, il chante "à hauteur d'homme" tout du long, ce qui rend le majestueux andante hélas assez inodore, mais il se reprend dans la dernière partie. L'ensemble est joliment fait et s'écoute sans ennui (le type adore visiblement le morceau) :









Prélude, op 5 n°1
Ensuite est fait mention dans le texte d'un hommage à Bach : le prélude en sol m (op.5 n°1). Et là, c'est simple, c'est un massacre : les liens du web sont infects. Pour commencer aucun guitariste connu ne le joue (à part John Williams, à vite oublier), ce qui est un pur scandale. C'est un morceau solennel mais toujours sensible, une polyphonie presque sensuelle où les voix se répondent et se prolongent, s'enlacent et résonnent, le tout au sein d'une architecture très bachienne. Du Bach sud-américain donc, si l'on veut.
Et horreur de l'horreur, à propos de solennité (et surtout de résonance), l'interprétation la moins pire est jouée sur une guitare dépourvue de caisse de résonance ! (électrique qui plus est  What a Face ). Sentiment indicible que d'avoir à donner un lien, puisqu'il en faut bien un. Jeu néanmoins sensible d'un dénommé De la Fuente :









Danza Paraguaya
Plus réjouissant. Nombre de types jouent bien une petite danse de Barrios tout à fait délicieuse, perle du répertoire sud-américain, intitulée "Danza Paraguaya".

Barrios est cette fois réveillé et c'est génial d'écouter les sons qu'il sortait de sa guitare :






Avec cette fois un son plus correct, le plus fidèle à Barrios est pour moi Amaro :






D'autres adorent ça aussi et la jouent entre potes :






Et même avec un guitariste pétomane (mais amoureux), ça fonctionne :









Sueno en la Floresta
Pour finir un peu de sirop guarani, histoire d'introduire à la guitare ma petite peste préférée, qui joue ça comme si elle devait en mourir. Barrios est un type raffiné qui fait une musique simple, d'artisan ; il est l'antidote à Wagner : ce morceau est garanti comme ne donnant pas la moindre envie d'envahir la Pologne !








Ultimo tremolo
Et comme j'imagine bien que vous avez complètement flashé sur le trémolo (ou sur ma copine Kyuhee, c'est pareil), je vous en remets un autre (moins bien quand même mais tant pis) pour le même prix :



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