Phénoménologie

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Phénoménologie

Message par chapati le Dim 16 Déc - 4:28

Phénoménologie
(vue et critiquée par Bergson, Deleuze).


Définition : la phénoménologie, c'est l'observation et la description des phénomènes à partir d'actes où se dévoile leur présence, leur mode d'apparition. C'est une philosophie où la vision intellectuelle crée l'objet lui-même.


Intro : la phénoménologie veut dépasser la dualité de l'image et du mouvement : image de la conscience, mouvement dans les corps. Elle se propose d'observer les choses à partir de leur mode d'apparition. Or ce qui apparaît en tant que ça apparaît, ce ne sont pas des choses mais des images. La phénoménologie prend les images pour des choses, et cherche à voir le mouvement de ces "choses", il s'agit pour elle de retrouver le mouvement à partir d'images qu'elle attribue à la conscience.



Bergson vs la phénoménologie, selon Deleuze (élaboré à partir de cours, ici et ) :

La phénoménologie prétend être une description de la perception "naturelle" du mouvement. Pour l'expliquer, Merleau-Ponty par exemple se réfère à deux grands concepts. Celui d’ancrage ("être au monde"), et celui de "meilleure forme". Dans un de ses textes, il est question d'une pierre qui traverse un jardin. Mon regard, mon corps est ancré dans le jardin, la pierre le traverse... et je dis que telle est la meilleure forme d'appréhension du mouvement. L'ancrage constitue un fond en repos, essentiel à ce que la perception soit coupée de l'intelligible : c’est à partir de ces instants privilégiés qu'on pourrait déterminer la perception "naturelle" du mouvement.

Dans l’antiquité, on parlait des formes essentielles, intelligibles, éternelles etc, et ça renvoyait à des coordonnées intellectuelles. La phénoménologie rompt avec cette vision... mais en garde tout. Les formes réfèrent certes au sensible, les coordonnées sont devenues existentielles, et le tout renvoie à un champ perceptif pur (non intelligible), mais l'on continue à reconstituer le mouvement avec coordonnées et formes.
Ce que veulent les phénoménologues, leur problème : c’est une description pure de la perception naturelle.

Pour Bergson, l’analyse du mouvement se fait non plus en fonction d’instants privilégiés (avec formes et coordonnées) mais quelconques. Son problème, ce n'est pas décrire purement une perception naturelle du mouvement, mais de déduire une perception du mouvement pur. C'est deux problèmes très différents.

Les phénoménologues partent du sujet. Ils ont gardé la métaphore de l’oeil : l’idée qu'il y a une lumière qui va de la conscience aux choses. La conscience serait lumière qui se pose sur les choses, qui seraient, elles, dans l’obscurité. Bergson, c’est le contraire. Pour lui, la lumière est dans les choses, c’est les choses qui sont lumière. Et ce qu’il manque, du coup, c’est l’écran noir. Ce qui manque à la lumière-chose, c’est l’obscurité. Et les écrans noirs, c’est nous. C’est grâce à l’obscurité que nous pouvons dire que nous percevons les choses. Pour que la photo prenne il faut un écran noir, mais la photo est dans les choses.

Il n’y a d’image que si quelque chose bouge, change. Une image qui n’est pas prise dans un voyage, qui ne comporte pas de voyage, n’est pas une image c’est un résidu. Il ne s’agit pas de dire que l’image "représenterait" un mouvement, bien sûr. Mais une image, c’est pas seulement qu’elle subirait une action d’autres images et qu’elle réagirait aux autres images, c'est qu'elle est identique aux actions qu’elle subit d’autres images et aux réactions qu’elle opère sur d’autres images. En d’autres termes, l’ensemble des images et l’ensemble des actions et des réactions des choses les unes sur les autres, c'est la même chose. Dès lors, il y a aucune différence entre image et mouvement. L’ensemble des images, c’est l’ensemble des actions et des réactions qui constituent l’univers (et l’image n’a pas attendu l’oeil : comment un œil conditionnerait-il quoi que ce soit ?).

Bergson dit que les choses sont elles-mêmes des perceptions. La perception pure ce n’est donc pas la perception de quelque chose, mais la chose elle-même. C’est dans les choses qu’il y a la perception. Le problème c’est : comment moi, image spéciale, image parmi une infinité d'autres, je perçois et m’attribue de la perception ?


A partir de Kant, la philosophie dit que ce qui apparaît, c’est le phénomène. Mais ce qui apparaît en tant que ça apparaît, c'est l'image. Bergson dit que ce qui apparaît est en mouvement, et en un sens c’est très très classique. Ce qui ne l'est pas, c’est qu'il en tire que si ce qui apparaît est en mouvement, et qu'il n’est que des image-mouvements : l’image n'est plus un support d’action et de réaction, mais est elle-même action et réaction. Bref, l’image c’est le mouvement.
Et à cela il ajoute autre chose : image = mouvement = matière. Et pourquoi matière et image se concilient si bien ? Parce que par définition la matière c’est ce qui n’a pas de virtualité ; dans la matière il n’y a jamais rien de caché, et donc dans la matière il ne peut y avoir que du mouvement.



Deleuze :
La phénoménologie voulait renouveler nos concepts, en nous en donnant des perceptions et des affections qui nous feraient naître au monde […] Mais on ne lutte pas contre les clichés perceptifs et affectifs si on ne lutte pas aussi contre la machine qui les produit. En invoquant le vécu primordial, en faisant de l’immanence une immanence à un sujet, la phénoménologie ne pouvait empêcher le sujet de former seulement des opinions qui tireraient déjà le cliché des nouvelles perceptions et affections promises. Nous continuerions à évoluer dans la forme de la recognition.

Qu'est-ce que la philosophie



Un texte intéressant de Pierre Montebello :
Ce que Deleuze n'a de cesse de reprocher à la phénoménologie pourrait se résumer d'un mot : en plaçant la constitution du monde du côté du sujet, elle crée un monde en miroir d'homme, incapable d'accueillir la diversité profonde du monde. Or le sujet n'est pas une exception dans la nature, ni son centre, ni sa constitution, il est un cas de la nature.
Sartre découvre une conscience non positionnelle d'elle-même, une spontanéité impersonnelle dont le moi n'est que la partie réflexive. Deleuze radicalise cette sortie du moi en supprimant le medium de la conscience : nul besoin de recourir à une spontanéité impersonnelle qui garderait le caractère de la conscience. Car le transcendantal ne désigne plus la possibilité d'une connaissance a priori (qui nous enferme dans le subjectif), mais la genèse concrète d'existences concrètes : il fait signe vers la réalité pré-individuelle qui engendre individualités physiques, biologiques, psychologiques. Le monde récupère une puissance génétique hors du sujet. Le sujet n'est plus source de genèses, mais lui-même redevable de genèse.
A chaque fois, un décentrement s'opère, lorsque le sujet prend conscience qu'il perçoit sur fond de vibrations de lumières de l'univers, qu'il ne se souvient que sur fond d'un passé qui déborde de partout l'actuel, qu'il n'actualise ses souvenirs que sur fond de coupes du passé qui coexistent, que sa durée coïncide avec une multitude d'autres durées. Le sujet est constitué par ces rapports à l'univers, à la coexistence des durées, au temps passé, à l'immémorial, il ne les constitue pas.
La phénoménologie s'enfonce au contraire toujours plus dans un transcendantal subjectif non corrélé au monde, puisque son monde n'est que le monde rendu possible par des conditions subjectives toujours plus profondes : conditions de connaissance a priori du sujet transcendantal husserlien ; structure ontologique du Dasein qui finit par récupérer toute la dimension de l'existence qui s'atteste en lui. C'est bien l'absence de monde comme source de genèse.
Le transcendantal désigne tout autre chose chez Deleuze : le champ réel indépendant de la conscience. Percevoir n'est pas créer le monde mais l'épouser, puis le restreindre à ses besoins. On ne peut d'abord que s'inscrire en lui, on ne vit que de sa lumière, c'est l'apparaître du monde qui est premier.

(Montebello : http://www.academia.edu/22639068/Deleuze_une_Anti-Phénoménologie)

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