Mémoire et Conscience

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Message par chapati le Sam 9 Mar - 2:48

La mémoire, ça pourrait bien ne pas tant être ce qui relie au passé qu’une manière de faire perdurer le présent. Ce serait la mémoire qui lierait ou maintiendrait la notion de présent (voire de sujet) à l’esprit, qui apporterait une continuité. Le présent serait mémoire et le reste - c’est-à-dire le quotidien - mouvement. Un peu une façon d’inverser les choses en fait, puisqu’on envisage normalement le contraire : la mémoire comme un fil mystérieux qui nous relierait au passé.

C’est donc dans la mémoire que s’inscrirait la continuité, c’est la mémoire qui serait continuité (et le quotidien lui, succession de discontinuités). Et on dirait que ça amène à un endroit où l’on n’a plus trop de raison de dissocier mémoire de conscience... si ce n’est que c’est bien au sein de ce qu’on appelle mémoire qu’on retrouve les souvenirs (ce qui n'aurait plus rien d'étonnant si elle est la marque de la continuité).

(ça pourrait expliquer par exemple pourquoi on n’arrive pas à retrouver une idée qu’on a laissé échapper : c’est qu’on la cherche dans le passé)

Ça amène en outre (intuitivement) à largement simplifier l’acception de l’idée de Bergson, comme quoi la mémoire s’inscrirait au fur et à mesure dans le présent et non après coup. La mémoire serait du coup et en quelque sorte la sensation du présent, plus précisément la sensation spécifique de la durée au sein du présent. Et donc dans un sens le fil conducteur du présent. Et ainsi, tenant lieu d’élément continu, on serait non pas face à la question de comprendre comment la mémoire enregistre le présent en même temps qu’il a lieu, mais bien plus dans celle de la nouveauté virtuelle des expériences du moment présent.

(ceci dit, c’est peut-être dans l’idée de Bergson, dont je n’ai lu que ce qu’en dit Deleuze).




On peut faire résonner ça en lisant le chapitre "Conscience et Subjectivité", d'un texte ici sur Whitehead.
Le rôle de la conscience consiste alors à rendre possible la continuité de l’expérience en éclairant le sentir, afin que les objets éternels qui surviennent dans l’expérience s’accordent avec les phases antérieures du sujet. La conscience relie le domaine des objets éternels avec la mémoire du sujet.



On peut aussi évoquer ce texte sur la conscience de Bergson (c'est moi qui souligne) :
Mais, qu'est ce que la conscience ? Vous pensez bien que je ne vais pas définir une chose aussi concrète, aussi constamment présente à l'expérience de chacun de nous. Mais sans donner de la conscience une définition qui serait moins claire qu'elle, je puis la caractériser par son trait le plus apparent : conscience signifie d'abord mémoire. La mémoire peut manquer d'ampleur: elle peut n'embrasser qu'une faible partie du passé; elle peut ne tenir que ce qui vient d'arriver; mais la mémoire est là, ou bien alors la conscience n'y est pas. Une conscience qui ne conserverait rien de son passé, qui s'oublierait sans cesse elle-même, périrait et renaîtrait à chaque instant : comment définir autrement l'inconscience? Toute conscience est donc mémoire, - conservation et accumulation du passé dans le présent.

Mais toute conscience est anticipation de l'avenir. Considérez la direction de votre esprit à n'importe quel moment: vous trouverez qu'il s'occupe de ce qui est, mais en vue surtout de ce qui va être. L'attention est une attente , et il n'y a pas de conscience sans une certaine attention à la vie. L'avenir est la; il nous appelle, ou plutôt il nous tire à lui: cette traction ininterrompue , qui nous fait avancer sur la route du temps, est cause aussi que nous agissons continuellement. Toute action est un empiétement sur l'avenir.

Retenir ce qui n'est déjà plus, anticiper sur ce qui n'est pas encore, voilà donc la première fonction de la conscience. Il n'y aurait pas pour elle de présent, si le présent se réduisait à l'instant mathématique. Cet instant n'est que la limite , purement théorique, qui sépare le passé de l'avenir ; il peut être à la rigueur conçu, il n'est jamais perçu ; quand nous croyons le surprendre, il est déjà loin de nous. Ce que nous percevons en fait, c'est une certaine épaisseur de durée qui se compose de deux parties : notre passé immédiat et notre avenir imminent. Sur ce passé nous sommes appuyés, sur notre avenir nous sommes penchés : s'appuyer et se pencher ainsi est le propre d'un être conscient. Disons donc, si vous voulez, que la conscience est un trait d'union entre ce qui a été et ce qui sera, un pont jeté entre le passé et l'avenir. »

                                                         Bergson L’énergie spirituelle

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