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Message par chapati le Jeu 17 Jan - 10:23

Acte I

Une photo étrange aurait été prise il y a peu depuis un avion survolant le désert de Jordanie. A même le sol on distingue une sorte d'empreinte qui évoque vaguement un homme avec une croix en travers... mais le tout à une échelle démesurée. Intrigué, l'équipage de l'avion décide de retourner sur les lieux pour tirer les choses au clair. Arrivé sur place leur idée est confirmée : l'empreinte est bel et bien celle d'un homme, mais qui aurait été littéralement aplati par un force inouïe, comme si son propre volume corporel, telle une boule de pâte à pizza, avait été finement étalé par un gigantesque rouleau de cuisine. Les planches mêmes de la croix, pourtant faites d'un bois solide, feraient elles-mêmes plusieurs mètres de large !

Troublé, le groupe d'aviateurs décide d'enquêter, et assez vite se trouve en présence de témoignages concordants : des types auraient vu un homme portant une croix s'éloignant vers le désert d'un pas pesant. Certains ajoutent même l'avoir entendu maugréer une litanie de jurons ininterrompus. Troublant certes. Bref, peu importe. L'homme aurait donc croisé sur sa route la chose monstrueuse, et le choc aurait été d'une violence effroyable (les clichés montrent d'ailleurs le sable tassé tout du long sur une grande largeur, ce qui suggère une masse impressionnante en mouvement).

Titillés par la curiosité, nos intrépides aviateurs décident d'aller au bout des choses et s'envolent à nouveau. Leur avion suit maintenant la trace rectiligne imprimée sur le sable par la masse en mouvement. Et au bout d'un moment, enfin, un gigantesque nuage de poussière et de sable se déploie devant leurs yeux. La chose est forcément dessous. Ils réfléchissent de concert puis décident de dépasser le nuage et de se poser plus loin, mais à distance respectable et sur le côté par rapport à sa trajectoire.
Une fois atterri, l'équipe s'arme de jumelles ou d'appareils-photos. L'attente commence...

Le centre de l'horizon devient soudain flouté. Lentement le nuage apparaît et prend forme, puis il enfle, grossit. Et soudain c'est là. Démesuré, vertigineux, incommensurable. Une nuée incandescente de Grandes Prêtresses au galop, hurlant à pleins poumons des slogans néo-féministes  What a Face  ! Les hommes sont saisis d'effroi. Le spectacle est terrifiant. Le doute n'est plus possible, il ne peut s'agir que de la Grande Divinité "Nous-Les-Femmes" elle-même, incarnée en horde sauvage afin de propager telle la foudre la très sainte parole !


Tel est du moins le récit qu'on peut s'en faire, tout document susceptible d'étayer la chose ayant hélas été détruit. D'après nos sources, l'hypothèse la plus probable est que, prenant conscience que nulle femme n'appartenait au groupe, la horde ait modifié légèrement sa trajectoire. Bref, tout le monde fut aplati. On imagine que la légende ne s’attardera pas trop sur ce détail malgré tout peu glorieux, et que le récit s'organisera plutôt autour de la façon dont le relai fut brillamment passé entre Christianisme et Culte de la Néo-Féminité, ce que Le Livre retiendra plus tard comme le "Premier Grand Aplatissement".

J'ai trouvé néanmoins intéressant de faire part de la genèse du Livre, tel qu'il s'élabore sous nos yeux aujourd'hui, lequel récit m'a été relaté par une autre équipe d'aviateurs, partis eux brutalement aux Seychelles (on ignore pourquoi) après être passés au dessus de ce que Le Livre devrait donc nommer le "Second Aplatissement" (lequel nul doute sera sujet à controverses chez les théologiens des siècles futurs).



Notes diverses :

-On rapporte par ailleurs différentes histoires du même genre et au même moment dans diverses régions du globe. La divinité aurait-elle le don d'ubiquité ? Serait-ce là le premier d'une longue série de miracles ?
-Certaines sources anonymes remarquent que Caroline de Haas se tait depuis les événements. Se murmure même qu'afin d'accueillir la Divinité, elle préparerait une intervention de très haute tenue spirituelle. Deux miracles de plus ?

Tout ça est bien troublant.


(à suivre)

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Message par chapati le Jeu 17 Jan - 10:24

Acte II

Et Saint-Pierre dit à Ahmed : voilà, tu sais maintenant, tu es l'élu.


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Message par chapati le Ven 18 Jan - 7:28

Acte III

Tout avait pourtant bien commencé, je me rappelle l’oeil humide des copains, à la fois envieux de ce qui m'arrivait et un peu triste de me voir partir. J’avais été digne, on s’était serré dans les bras. Avec eux, c’était à la vie à la mort. Je suis parti. Je sentais les regards posés sur moi. Je me suis pas retourné. Je voulais montrer ma détermination. Et puis je pensais déjà aux filles qui m’attendaient là-bas, j’allais bientôt les retrouver. J’avançais du pas de l’homme viril, sûr de sa destination. Tout allait bien.
J’ai aucun souvenir du moment où ça a basculé. Où, quand, je sais pas. Une sorte de vide dans ma tête. Bref ça m’a pris. Le chef avait bien dit que... mais quoi déjà ? Oh la la, les choses se compliquaient. J’étais plus trop sûr que. Et déjà l’adresse, l’allure du plan c’était pas racontable. Pour l’orientation, le chef avait fait un genre de soleil d’enfant, censé être au bon endroit à l’heure dite. Trop fort ! Enfin bon je sais pas, ça bifurquait, à droite à gauche, et bien sûr ça finissait tout petit illisible dans un coin de la feuille. Bon j’étais pas pressé pressé non plus, d'autant que la fête était censée durer un moment (dix minutes de retard y’a pas mort d’homme), mais on dira ce qu'on voudra, le travail bien fait c’est le travail bien fait !
Le plus dur ça a été la forêt, évidemment absolument pas indiquée dans le putain de plan, comme si le chef était pas foutu de dessiner un arbre ! J’y suis entré et ressorti trois fois, je crois. Ça a fini par m'énerver, moi qu'étais plutôt tranquille au départ. Bon bref, à un moment il a fallu me rendre à l’évidence : j’avais plus du tout envie d’effectuer cette putain de mission ! Sans parler de l’air con que je devais avoir, à traverser la forêt dans tous les sens.
Perdu.
Et paf, je l’ai vue ! Pas de doute, c’était l’église en question. L’église oui, mais pas le moindre pèlerin en vue. En lieu et place d'une fête à tout casser, du big mariage campagnard avec saucisson frites et tout, un pauvre type tout maigre, l’air aussi largué que moi, qui semblait hésiter entre entrer dans l'église ou partir aux champignons. Le gars a finalement opté pour la première solution. Pas de bol.
Ne sachant pas trop quoi faire je l’ai suivi. Je l’ai vu allumer un cierge avec le bout d'un autre presque fini, l'installer maladroitement en grommelant, et aller se recueillir près de la nef. L’église était vide. Et là m’est passé un truc de ouf dans la tête : j’ai failli aller me mettre à côté de lui et prier ! Merde j’étais vraiment naze. Je me suis ressaisi et me suis accroupi au fond de l’église, en me demandant ce qu’il fallait faire.
J’avais mis mon portable sur silence depuis le début mais vu le retard pris dans la forêt, ça commençait à faire long. Je visualisais l'écran qui s'allumait sans arrêt avec les appels du chef de plus en plus rapprochés, et je commençais à flipper sérieusement. En plus les copains racontaient des histoires comme quoi, pour plus de sûreté, il plaçait discrètement des télécommandes dans les ceintures, deux précautions valant mieux qu’une. J’étais coincé : si je désamorçais la putain de ceinture, ma femme me regarderait comme un clown jusqu’à la fin des temps, sans parler des copains, dont j’étais d'un coup plus si sûr des réactions.

Mais qu’est-ce que j’étais allé foutre dans cette histoire ? Quel con ! Je venais juste de dégotter un taf tranquille aux abattoirs du coin, à débiter du cochon halal pour un salaire honnête. Tout bien cool quoi. Et voilà que je me laisse embarquer par le directeur. Le type dit se prendre d’amitié pour moi. Et de fil en aiguille de m’expliquer la vie de Mohammed du matin au soir. Incroyable. J’avais surtout compris que l’abattoir c’était un fake pour attirer de jeunes beurs dans mon genre. Le dirlo nous expliquait en arrivant qu’ils ne prenaient que des frères parce qu'il était sûr qu’on partirait pas le soir en planquant des tranches de jambon dans nos poches. Il rigolait en nous racontant ça. Visiblement il chopait de temps en temps celui qui sans doute avait l’air le plus débile, et commençait à le travailler au corps. Et euh, j'ignore pourquoi, bref c’était tombé sur moi. Et voilà que deux semaines plus tard, je me retrouvais à faire le con dans une forêt avec une ceinture d’explosif à la taille. Le type avait un certain talent pour convaincre.
Je repensais à tout ça, accroupi dans mon coin, pendant que l’autre taré était toujours agenouillé devant l’autel. De dos il avait une drôle de tête. Il avait même pas enlevé son béret, d’où dépassaient des oreilles disproportionnées. Mickey mouse psalmodiant tout haut... un malade ! Je me suis éclairci la gorge : "c’est vous l’maire ?" que j’ai demandé (comme si moi aussi j’espérais un miracle). Le type répondait pas. "C’est toi José ?" que j’ai fait une deuxième fois. Rien. Perdu dans sa prière la pauvre vieille, grave.
Et puis ça m’a traversé l’esprit : peut-être qu'il m’avait vu et juste il crevait de trouille, au point de plus pouvoir articuler. J’étais repéré. Je lui ai vidé mon chargeur dans la tronche en criant : "tu cherchais Dieu mon pote, tu l’as trouvé". Rhâââ, ça fait du bien (oui je sais, je m’énerve facilement). Bref, après ça allait mieux. J’avais pas explosé le mariage du maire en entier mais quand même, j’étais pas bredouille non plus. Voyons voir... j’avais fait mes preuves, non ? J'aurais peut-être une deuxième chance en racontant tout ça au chef. Ouais ça se tenait. Vaguement rasséréné j’ai commencé à rentrer, en me répétant l’histoire, que ça fasse tout bien convainquant avec le chef. Bon ça allait, ça prenait forme. J’étais cool maintenant.


À un moment j’ai entendu un grand bruit. Je me suis réveillé, j’étais mort. Mais je sentais mon corps, l’effet d’éparpillement s’était résorbé, par la grâce d’Allah. Mais d’Allah point. De vierges non plus d'ailleurs (l’arnaque continuait, on dirait). Et puis je vois un type qui me regarde :
-Salut, qu'il fait d'une voix très grave, moi c’est Pierre.
-Quoi, Pierre ?
-Saint-Pierre, mon ami.
-Mais non, moi c’est Ahmed mec, c'est une erreur : tu vois pas que je suis pas au bon endroit ?
-Du calme mon fils, vous avez une chance d’entrer au paradis, malgré vos origines et grâce à l’Europe, vous allez pas cracher dessus quand même !
-Et elles sont où, les meufs ?
-Euh, pas loin, elles arrivent... mais avant il y a une formalité à accomplir
Je cherche machinalement ma carte de résident : rien !
-Non non m’assure le gars, comme s’il avait lu dans mes pensées, il s’agit d’un questionnaire. Il faut répondre à un questionnaire pour avoir accès au paradis
-Et si on répond pas bien, c’est quoi qu’arrive ?
-Rien, rien du tout. T'inquiètes pas, grand, l’enfer tout ça c’est des histoires...
-Bon accouche Pierrot, on va pas y passer ma vie.
-Euh, vous avez sans doute entendu parler du questionnaire de Proust ?
-Qu’est-ce que tu m'fais ta, tu te fous de ma gueule ?
-Non non, loin s’en faut... de toutes façons c’est à l’anti-questionnaire qu’il vous faut répondre
-Y s'fout d'ma gueule !
-Bon assez ri, vous êtes prêt ?
-Allez vas-y, vend ta salade, je t’écoute
-L’idée c’est de vous comparer à d’autres choses euh, c'est pour voir si vous êtes ok pour le paradis.
-Vas-y j’te dis !
-Bien. Question un : si vous étiez un dictateur, vous seriez qui ?
-Rhoôô j’hésite là... euh, Ben Laden ou euh... Nelson Mandela !
-Une seule réponse, s'il vous plaît !
-Quoi, ils sont bien les deux, non ?
-Décidez-vous quand même, j’ai pas que ça à faire...
-Ben alors euh... ou non, plutôt Karim Benzéma alors.
-Mais c’est pas un dictateur bordel ! Oups, excusez-moi. Bon Ben Laden admettons, mais Mandela ça va pas non plus.
-Ben Ben Laden alors, si tu veux.
-Bien. Question 2 : si vous étiez une maladie...
-Elles sont nazes, tes questions
-Fais pas chier
-Hé, comment qu'tu m’parles, là ! Le respect, tu connais pas ?
-Mon Dieu pardonnez-moi (je vais craquer).
-L’autre hé, y garde les clefs du paradis, y sait même pas causer comme il faut !
-Bon marre, je marque "chaude-pisse".
(s’ensuit une courte bagarre)
-Hum, reprenons : si t’étais une catastrophe naturelle ?
-C’est toi la catastrophe, je saigne pas là ?
-T’as plus de sang, t’es mort... alors, cette catastrophe, ça vient ?
-Ben une bombe tiens... j'ai bon là ?
-(mais quel con). Si t’étais une drogue ?
-Ah ah, un pétard, mon frère.
-Mouais... bon euh, un poison ?
-Lola.
-Quoi Lola ?
-Ben Lola quoi, c’est un poison Lola.
-Ok ok... si t’étais une situation sexuellement humiliante ?
-Ben Lola quoi, t’es bouché ?
-L’arme d’un crime euh : je note "boum". Un mode de suicide : "boum" pareil. Un animal ?
-Un cochon mon frère, hin hin.
-C’est ça, bravo ! Dernière question : un extrémisme politique, religieux ou idéologique ?
-Fastoche, François Hollande.
Saint-Pierre disparut se concerter lui-même (ou faire pipi) derrière un strato-cumulus et revint tout sourire peu après.
-Alors cousin ?
Je sentis comme une trappe se dérober sous mes pieds, je tombais, je tombais.
-Allaaaaaaaaaaah... mais merde quoi : au secours !


Un instant plus tard j’étais à nouveau dans la forêt, toujours aussi perdu. Et plus de carte en poche. Et là, je la vis... elle passait sur le sentier champêtre, tout de rouge vêtue, un pot de confiture à la main. Canon mais genre canon de chez canon. Sans dire un mot, je m'approchais et l’attrapais sauvagement. Je la fis hurler de plaisir quatorze fois.
-T’es d’la bombe mec, qu’elle me dit ! Viens avec moi, je vais à l'hosto voire ma gran' Ma qu'est mourante.
-Gnî ?
-Faut que j'y aille, y'a toute la famille...
-Ok bébé, j'te quitte plus.
Ils sortirent de la forêt. En passant devant l'église, ils virent un attroupement, avec des voitures de police.
-On va voir, fit Maria ?
-Euh, y'a les keufs là, et j'ai pas ma carte de résident.
-Allez... juste cinq minutes !
-Non je te dis. Pense à ta grand-mère quoi, c'est plus important non ?
Elle hocha gravement la tête (et en plus il a des valeurs). Décidément, ce mec lui plaisait.


(à suivre)

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Message par chapati le Sam 2 Fév - 10:48

Acte IV

Tout le monde était très ému en poussant les portes de l’hôpital. Le médecin avait prévenu : c’était une question de jours désormais, d’heures peut-être. Betty Dupeuple avait encore cette apparence juvénile si rassurante malgré son âge avancé et la maigreur qui émaciait ses traits. Elle arbora son sourire le plus désarmant : "ah mes enfants... quel bonheur de vous voir rassemblés, grâce à vous je vais pouvoir partir en paix". Mais c'est à peine si Will lui laissa le temps de finir sa phrase : "hors-sujet mémé, et là je dis attention : "partir" a une connotation religieuse impropre, il faut dire "casser sa pipe", tu n’apprends rien mémé". Matt le prit par la couture du pantalon et l’expédia par la fenêtre. Six étages plus bas, un "schplaff" retentissant annonça à tous qu’il était arrivé à bon port. "Matt mon tout petit, mais qu’as-tu fait ?", s’exclama Betty. Un brouhaha emplit soudain la pièce. C'est alors que John jugea bon d'intervenir pour calmer tout le monde : "John va parler fit-il, il s’apprête à le faire et demande à tous un silence absolu afin que chacun puisse graver les mots de John au plus profond de son être". L’assemblée se tut. Était-ce le souvenir de Will qui remontait ou l’attente du discours de John ? Toujours est-il que peu après, il se leva et partit sans un mot... en fait s’en jeter un au bar en face de l’hôpital.
"Elle est belle, John" ne pu s’empêcher de souffler Rob. "J’vais te montrer mon zizi, j’vais te montrer mon zizi" plaça opportunément Kevin au milieu du concert d'indignations qui reprenaient. "Ça suffit, coupa Betty, mes enfants, ma chair, mon sang, camarades, écoutez-moi ! Ecoutez ma dernière volonté : prions une dernière fois tous ensemble à la mémoire de Will, mais aussi de Joseph, mon défunt et votre père à tous, sans lequel la merveilleuse famille de révolutionnaires de souche que nous formons n'aurait jamais été". Alors, lentement, contre toute attente, une sorte de danse rituelle s'instaura autour du lit de mémé. Les choses prenaient une dimension imprévisible : "prions pour Will, psalmodiaient les participants, prions camarades mes frères, pour Joseph notre père à tous, prions à la gloire du petit père Dupeuple" (Joseph était un nain, ndlr). Maria était maintenant nue et en transes. Ahmed se rapprocha d'elle en envoyant valser d’un coup discret d’épaule Kevin qui, l'œil rivé au postérieur d'icelle, s’entretenait avec le dieu Onan. La tête de Kevin alla se fracasser contre l’angle de la fenêtre au moment même où son jet surpuissant s’éparpillait sur les lunettes faciales de Grandma (et un peu autour). Il mourut instantanément.
"A son âge remarquez, c'est dans l’ordre des choses" risqua Ann après un silence. "Une belle mort, assurément" commenta Rob en spécialiste. On glissa le cadavre de Kevin dans le vide-ordure où il passa tout juste. Après toutes ces émotions, on oublia le rituel et l'on décida finalement de s’occuper un peu de l’auguste ancêtre, qui commençait à remugler sévère. "Euh mémé, tu veux écouter Beyonce avant de trépasser" s’enquit Sam, toujours aussi adorable, en hochant gravement ses nattes. "Un chewing-gum Grandma ?" proposa Rob, particulièrement attentif pour une fois. Enfin les choses semblaient s'apaiser, comme toujours à partir de ces marques toutes simples d'affection qui cimentent une famille. C'est à ce moment qu'un hurlement retentit : Matt, ensanglanté, gisait par terre, un couteau planté dans le ventre. Maria, encore et toujours nue et ruisselante, le regardait d’un air outré : "quand je dis non, c’est non !" rugit-elle. "Bien fait" siffla Betty, j’ai jamais pu le piffer celui-là ! Coupez-le en rondelles les filles, il est trop gros pour passer tout entier dans la poubelle". Les néo-féministes s’exécutèrent, un rictus de haine aux lèvres (profitant qu'Ahmed faisait ses ablutions dans un coin, Maria glissa discrètement la queue encore émouvante de Matt dans son sac, pour sa collection privée). "Elle est belle Sam" souffla Rob au milieu du concert ouaté de scies. Il lui sauta dessus et s'apprêtait à la violer quand dans la bagarre et emportés par leur élan, ils tombèrent tous les deux par la fenêtre.
Et c'est ainsi que Betty, qui le matin même encore attendait paisiblement la mort, se retrouva seule avec ses filles Ann et Maria, et puis aussi Ahmed. Un rayon de soleil couchant passa par la fenêtre où un pinson vint délicatement se poser. Il fredonna quelques notes...
"Fin des visites" annonça soudain Jenny en entrant en coup de vent dans la pièce."Oh noooon, firent en choeur les survivantes, et puis on vient à peine d’arriver". "C’est vrai que le temps passe vite en famille" ricana Maria avant que de reprendre, l'œil soudain allumé : "Mais on est quatre maintenant, et si on faisait un bridge ?" Ahmed blêmit : un bridge ? Mais dans quelle famille était-il tombé ?
"Et c'est qui qui va faire le mort ?", s’enquit Ann, avec un rictus provocateur surjoué. Betty, qui n’avait aucun sens de l’humour, prit la remarque très au sérieux et trépassa sur le champ d'une overdose d'indignation. Maria se jeta sur Ann en hurlant qu’elle avait tué mémé. Jenny à ce moment ouvrit sa blouse, elle était presque nue et son corps n’était qu’arabesques... un vrai appel à l’amour. Seule une ceinture épaisse la préservait d’une totale nudité. "Allah Ouakbar" fit-elle sobrement en appuyant sur le bouton.

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Message par chapati le Mar 16 Juil - 13:05

Acte V


Ainsi pour la seconde fois dans la même journée, Ahmed s'éleva jusqu'aux cieux. Pierre semblait l'attendre.
-C'est pas moi... mais c'est pas moi, je te jure !
-Je sais rétorqua Pierre, c'est moi.
-Comment ça ?
-L'infirmière, c'était moi. Il fallait qu'on te voit.
-Vous êtes drôlement cool en infirmière !
-Les voies du seigneur sont impénétrables.
-Et sinon ?
-On a bien réfléchi, et on est arrivé à une conclusion : on a besoin de toi.
-De moi ?
-Oui, tu es l'élu !

Ahmed encaissa, puis le regarda dans les yeux. L'ange avait l'air sérieux. Pierre repris la parole :
-Voilà, on a un problème en bas. Tu connais "Nous-les-femmes", tu sais ce qu'il se passe ? Cette horde de prêtresses qui ravage toute forme d'intelligence sur son passage, pire qu'une une invasion de sauterelles. L'heure est grave. Dieu dit que c'est un coup de satan. La vraie religion est menacée. Bref il a décidé de contre-attaquer !
Ahmed écoutait attentivement. Il finit par répondre :
-Et qu'est-ce que je viens faire là-dedans, moi ?
-C'est simple, il te faut virer la fausse prophétesse et rétablir l'ordre divin. Telle est ta mission : tu seras le nouveau prophète.
-Moi ? Et comment ça ?
-On n'en est pas encore aux détails. Mais n'ai crainte, on est là. On t'aidera. Juste que face à une usurpatrice de ce calibre, il faut un prophète, sinon ça ferait pas sérieux. Maintenant pour tout dire, on n'a pas trop d'idées... et euh, c'est pas nouveau. En fait, ça fait un moment qu'on a un problème avec la façon de penser des hommes. Ça date de depuis qu'ils sont devenus complètement con. On a eu du mal à suivre. Au point qu'à chaque fois, on est obligé d'en prendre un pour faire un diagnostic un peu cohérent. On en fait un prophète, on résout le problème, et voilà : ça marche. Enfin un certain temps. C'est ensuite que ça se gâte. Enfin bref, c'est là que tu interviens. T'es un vrai gars, toi, et tu peux comprendre tout ça mieux que nous. Voilà... et c'est pour ça qu'on a besoin de toi.
-Ouais ouais ouais ouais.
-Mais cette fois tu seras pas seul, on a eut trop de problèmes. On va t'adjoindre un associé. Dieu a longuement réfléchi et finalement, il a pensé à Houellebecq. Il dit que c'est le mieux à même de comprendre les arcanes de la pensée néo-féministe. Alors entre ton vécu et ses capacités psychiques, vous devriez faire un sacré binôme. Bref, tu va commencer par le contacter.
-Houellebecq, l'écrivain ?
-Lui-même. Dieu t'a écrit une lettre d'introduction, tu la lui remettras. Mais n'oublie pas hein, tout ça est top secret ! Et deviens pas non plus mégalo avec ton statut de prophète, à faire l'idiot à aller raconter tout ça, soit digne de notre confiance. On compte sur toi, Ahmed. Et sinon, à part ça, tu as un avis sur les néo-féministes ?
-Ben non pourquoi ?
-Parfait. Des questions ?
-Hé, pas de blague genre crucifixion et tout ça hein !
-Non non c'est fini tout ça, pas de problème !
-Ok, où qu'il crèche, Houellebecq ?
Pierre s'assit sur un repli de nuage, sorti une feuille de papier et commença à griffonner quelque chose.
Ahmed blêmit :
-Non... pas un plan ! T'as pas plutôt son 06 ?
-On n'a pas de réseau ici. Mais t'inquiètes, je suis super fort en plans.
-Ouais (soupir). Et si j'ai besoin de toi, je fais comment ?
-Tu siffles.
Il se serrèrent la main. Et c'est cette fois sans la moindre appréhension qu'Ahmed sauta dans le vide. Il atterrit à l'endroit habituel et se mit aussitôt en chemin, le plan à la main. A un moment, il tira de sa poche la lettre de Dieu à Houellebecq et la lut...




Chère vieille noix,

Merci pour ton dernier livre. Ça occupe un peu mes vieux jours. Tiens, j'ai une anecdote à te raconter à propos. L'autre jour en regardant la télé, je t'ai vu répondre à un journaliste qui te demandait de le commenter que tu n'avais rien à dire. C'était drôle parce que le type a cru que tu esquivais la question : il n'a pas imaginé un seul instant que tu y répondais précisément. Sacré Michel ! En plus, t'as pas tort, c'est quand même bien chiant cette fois, surtout le début. C'est peut-être fait pour, remarque, pour se mettre dans la peau du personnage. Je sais pas... je me méfie avec toi. N'empêche c'est limite. Bon ça s'arrange un peu après, enfin vaguement. Par contre, tu commences à bien te débrouiller avec le style. Si t'avais eu quelque chose à dire, ç'aurait pu être pas mal. Je te taquine hein, personne n'est parfait, comme dirait l'autre. N'empêche que j'ai peur qu'ils finissent par s'en apercevoir de ton mic-mac. A mon avis, il faut changer quelque chose. De dealer peut-être (je rigole). Les nuances par exemple. Bon c'est bien les nuances, c'est sympa, mais visiblement c'est terminé tout ça, ils comprennent rien. Déjà le second degré, on dirait que c'est leur demander la lune. Alors hop, tu vires les nuances. Et tiens, à propos de nuances, la scène de pédophilie par exemple, j'ai lu une critique qui explique que c'est même pas dégueulasse, mais juste de la provoc minable. Elle a tort, c'est pas mal fait. Glauque à souhait, triste à crever : la misère... en plein dedans. Je te dis qu'ils comprennent rien. C'était pas facile à rendre j'imagine, et tu t'en es bien tiré. La fille de la critique donc ne voit rien, ne comprend rien, mais elle critique bien sûr : ça pour critiquer, ils savent faire. On les a éduqué pour, remarque : "penser par soi-même" qu'ils appellent ça : avoir un avis sur tout c'est penser par soi-même ! Ce qu'ils sont cons. A se demander si quand c'est à ce point, le mieux ce ne serait pas d'insulter. Insulter la bêtise bien sûr, pas le malheureux d'où qu'elle sort de sa bouche à l'insu de son plein gré, faut être charitable. Insulter sans relâche donc. Quand on en est au point que la bêtise est adulée de partout, quand chaque expression de débilité génère des hourras nourris, quand une société entière érige l'idiotie en esprit critique, c'est signe d'une décadence absolue. Nous y sommes. En plein. Bien sûr ils réagiront. Ils t'accuseront de toutes les saletés, te traîneront dans la boue, expliqueront que pour être aussi méchant, c'est que tu fais l'éloge de la pédophilie, au moins, ou des choses dans le genre. Les cons n'abdiquent jamais. Enfin bon je m'énerve... je conçois que les nuances soient plus créatives en fait. Je conçois, je conçois. Bien bien. Bref, fais au mieux, fais comme tu peux.

Sinon ici rien de neuf. Toujours en pleine dépression. A chaque fois que je m'en sors un peu, je repense à ces mondes d'abrutis que j'ai créé et ça me reprend. J'ai honte, mais ce que j'ai honte ! Et les types ont le toupet de se plaindre que je leur réponds pas en plus ! Ah les sombres connards, s'ils savaient ce qu'il y a derrière mon silence, s'ils imaginaient ce que j'ai à leur répondre, je t'assure que ça les calmerait un bon moment. Tiens, un exemple, si tu voyais comment ça se passe sur Betelgeuse (Bételgueuse, c'est un vieux monde que j'ai créé avant la Terre, d'un coup de tête). Ben figure-toi que ça fornique de partout là-bas. Et en plus : plus ils baisent, plus ils pensent. Tu crois ça toi ? Et tout bien hein ! Un sans-faute. Les femmes par exemple, ben elles jouissent, mais elles jouissent... tu peux pas savoir, c'est pas humain comment qu'elles jouissent. A des année-lumière que ça sent la noisette autour de la planète ! C'est beau. Ah c'est beau. C'est des genre bonobos, si tu veux, mais en plus intellos. Du grand art. Mais la Terre... ah la terre, les hommes. Misère misère ! Enfin bon, je radote... tu vois, j'en sors pas.

Et le pire, c'est que les femmes s'y mettent aussi maintenant : elles veulent singer leurs cons de mâles. C'est pas humain, je te jure. Moi je me disais que j'avais pas tout raté sur terre, avec l'invention des terriennes. Ben non. Rien n'y fait. L'égalité qu'elles veulent. Je veux dire dans le sens être comme les mâles hein : aussi cons qu'eux si tu préfères. Que veux-tu répondre à ça ? Un cauchemar, c'est un cauchemar. On pourrait en rire, je sais bien, sauf que ça pose un sacré problème : est-ce que tu imagines seulement ce qu'il se passerait si elles y arrivaient ? Une planète de mâles parfaitement abrutis et plus une femelle pour faire contrepoids, pour remettre les choses à l'endroit... plus de douceur, plus d'amour ! Qu'est-ce que tu veux faire avec un monde pareil ? Un cauchemar te dis-je. J'ai mal, ah j'ai mal. En plus, ça va à toute allure, cette affaire, c'est comme un train fou ! Et moi ça me mine tu comprends, oui ça me mine. Aussi dis-moi, dis-moi franchement, vieil ami : est-ce que c'est ma faute ? S'il-te-plaît, répond-moi : j'ai besoin de savoir. Toi mon seul ami. Mea culpa, mea culpa. Dis-moi, dis-moi. Tiens, dans le genre, l'autre jour j'ai essayé de contacter un type qui avait l'air sympa et pas trop con, un gars qui tient un forum solitaire de philosophie, un spécimen intéressant. M'en faire un second ami quoi. J'aime bien les amis, moi. Ben tu sais ce qu'il m'a répondu ? Un chapelet d'injures ! A moi ! Ils ont toutes les audaces, en vérité je te le dis !

Mais trêve de blabla. Le type qui t'a passé la lettre, il s'appelle Ahmed. Et là j'ai sérieusement besoin de toi. Sa mission est de délivrer le monde du néo-féminisme. Aussi si tu pouvais le briefer un peu sur les us et coutumes de ces femelles, leurs modes de vie, leur façon de penser, leur mode de nuisance donc, ça m'aiderait. Il faudra aussi le recadrer de temps en temps, enfin sans doute : lui réexpliquer les enjeux, l'avenir de la planète, tout ça. C'est qu'il a l'air plutôt tête en l'air, faut le motiver, qu'il déserte pas à la première meuf venue. En fait c'est ça qui m'inquiète avec lui. C'est plus comme avant tu comprends. Bouddha était impeccable, Jésus très sérieux, c'est avec Mahomed que ça a commencé à tourner. Mais alors aujourd'hui... quel monde ! Une sorte de lupanar géant où la plupart des femmes sont frigides... tout ça n'a aucun sens ! Ah misère misère. Bon enfin, bref. J'ai pensé en faire un nouveau messie. Enfin peut-être, je suis pas très sûr en fait. T'en penses quoi ? Ça fait pas trop réchauffé, le coup du prophète ? Parce que tu sais, moi, en dehors d'envoyer des messies pour racheter les mondes que j'ai raté... j'ai pas trop d'idées quoi, je me fais vieux (j'aurais pas du créer le temps je crois, ce truc finit par avoir prise sur moi). Bref, dis-moi, s'il-te-plaît, ce que tu penses de tout ça. Et si tu as de meilleures solutions, n'hésite pas ! Je compte sur toi.

Allez je te quitte. T'as la bise de Jésus.

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Message par chapati le Mar 16 Juil - 15:49

Acte VI


-Hein, qu'est-ce que c'est ?
-Euh, bonjour monsieur Houellebecq. Je m'appelle Ahmed et je viens de la part de Dieu.
-Dégage !
-Non mais je vous assure. D'ailleurs j'ai une lettre de sa part pour vous.
-C'est ça, c'est ça. Glisse-la sous la porte et disparaît. Je reçois personne.

Ahmed s’exécuta et alla s'asseoir sur le banc devant la maison. Le jardin était magnifique mais c'était surtout la présence de biches qui en révélait et en relevait toute la magie. Elles ne semblaient pas du tout apeurées ou même troublées par son irruption, au point que l'une d'entre elles vin se reposer à ses côtés. Confortablement lovée sur elle-même, elle semblait même le regarder d'un air énamouré. C'est quand même cool d'être prophète, pensa Ahmed, qui trouvait qu'elle avait un peu les yeux de Maria. Tiens Maria, à propos, qu'est-ce qu'elle était devenue, celle-là ? Au moment précis où il évoquait Maria par la pensée, la biche se redressa et vint lui coller son museau dans la main.
-Maria, c'est toi ?
La biche maintenant se tortillait contre lui d'une manière presque obscène. Ahmed, qui en avait vu d'autres, en était même gêné. C'est à ce moment que Houellebecq sortit de la maison en râlant comme quoi c'était quoi encore, ce bordel, qu'il avait jamais vu ses biches se comporter comme ça.
-Normal fit Ahmed, je suis prophète !
Houellebecq le regarda un bon moment, sans expression particulière sur son visage puis rentra à l'intérieur. Il en ressortit moins d'une minute après avec une carabine qu'il pointait sur Ahmed. La biche détala.
-Dégage, je te dis. Retourne dans ton pays, connard.
-Mais monsieur Houellebecq, puisque je vous dis que je suis le nouveau prophète !
-Dieu écrit pas comme ça mariole, ça se saurait !
-Tiens par exemple, la biche, je sais que vous l'appelez Maria. Comment je saurais si j'étais pas prophète ?
Houellebecq baissa la garde et parut soudain perplexe.
-Comment tu sais ça, toi ?
Au loin, Maria en costume de biche n'en perdait pas une miette. Elle s'approcha à nouveau et finalement colla le museau contre le ventre de Houellebecq. Il en fut cette fois désarmé, au propre comme au figuré. Il finit par s'asseoir à côté d'Ahmed, après avoir posé l'arme contre le mur.
-Merde alors, un miracle !
-Ça n'a rien d'un miracle, abruti, fit la biche, je me suis réincarné en biche hier, et tu m'as confondu avec ta Maria à toi parce que t'as pas les yeux en face des trous.
-Bon oui, enfin zut. Qu'et-ce que vous voulez, tous les deux ?
-Quel caractère, fit Maria en papillotant des yeux à l'intention d'Ahmed.
-Bon on peut rentrer ou quoi ?
-Y'a du désordre, grommela Houellebecq en se dirigeant vers la porte.

(...)

-Et voilà, maintenant tu sais tout sur la psychologie des néo-féministe, fit Houellebecq, après deux minutes et demi d'un speech certes dense.
-Ben dit donc, commenta Ahmed, en caressant la croupe de la biche.
-Oui je sais.
-T'as une chambre d'ami ?
-Au premier, à gauche.

Un bond suffit à Maria pour atteindre le premier étage pendant qu'Ahmed montait derrière quatre à quatre.

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