Violence et représentation

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Message par chapati le Mar 9 Avr - 4:07

Il faudrait employer le concept de violence pour ne dire que des actes, et réserver celui d’agressivité pour un état intérieur (certes virtuellement producteur de violence). Faute de quoi on mélange tout.

Ceci posé pour la suite, que l’agressivité soit violente certes, quiconque en fait les frais le sait bien. Mais tout acte de violence n’est pas forcément le fruit de l'agressivité. Un voyou s’en prend à un riche parce qu’il veut de l’argent : rien de personnel, il ne juge pas sa victime, n’a pas d’animosité envers elle. La seule violence est dans la situation. Il y a violence sans agressivité. A l’opposé, dès qu’un homme est jugé, la violence qu’on arrive à lui porter semble sans limites (jusqu’à les découper en rondelles). En dehors de ceux qui abusent d’un pouvoir par intérêt, égoïsme, absence d’empathie etc, c’est bien le jugement qui lui permet de s'autoriser à faire acte de violence.

Juger, c’est l’opération morale qui enferme l’autre dans une image. C’est réduire l’autre à une image dont on prétend avoir les clefs. Le juge se prétend capable de se mettre à la place de l’autre, il prétend qu’à cette place, il serait capable de faire autrement, mieux. Sous l’œil du juge, l’autre est nié, réduit à une image. Mais qu’est-ce qu’il en sait le juge, de la vie de l’autre ? Comment peut-on juger un homme sans connaître sa vie... et qui peut prétendre "savoir" la vie de l’autre ? Etonnant quand même quand on sait que la chère investigation marche beaucoup moins bien dès qu’il est question de soi-même, de nos problèmes à nous ! Qu’y a-t-il donc au fond des hommes qui résiste à une telle évidence ? Les juges seraient capables de lire l’âme des hommes au point de dire mieux qu’eux leur vie... et ne sauraient se débrouiller avec la leur propre, de vie ? 


Le problème, c’est l’image. C’est la réduction à l’image. Le jugement crée une image de l’autre qui se superpose à l’être réel, et à partir de cette image, on s’autorise à ne plus tenir compte de la réalité de l’autre : l’image a envahi le récit, et l’autre n’est plus qu’une incarnation de cette image. Alors il est nié. Et cette négation est pure violence en acte ! Ce qui n’est pas dire que rien ne justifierait qu’on se fasse des images de l’autre, mais si l’on voulait se mettre à sa place, il faudrait au minimum être capable de tenir compte de toutes les images susceptibles de faire de lui ce qu’il est... soit de toutes les images d’une vie.

Or, qu’il soit ou non capable de l’exprimer, le dernier des voyous a toujours quelque chose à dire pour sa défense : à ses yeux quelque chose justifie toujours (au moins partiellement) sa propre violence. Personne de sensé ne peut décider en conscience d’en violenter un autre en s’estimant en tort (ou alors par intérêt) : une nécessité de cohérence minimum (cohérence oui, et non morale) nous porte forcément à revendiquer quelque chose censé plus ou moins justifier nos actes. Pour chacun d’entre nous, il faut bien une raison ! Et c’est à partir de la négation de l’autre qu’on s’octroie le droit de juger. Dès lors qu’on estime que l’autre ne serait pas dans son bon droit d'être ce qu'il est, bizarrement on s’estime nous, l’être ! Le jugement donne l’autorité de s’accaparer un bon droit qu’on dénie à l’autre. Et dénier le droit de l’autre, c’est nier l’autre.
Ne subsiste alors de lui que l’image de ce qu’il n’est pas et devrait être.

De là, on passe (ou pas) à la violence en acte. Le raisonnement qui justifie le passage à l’acte semble passer par l’idée que la fin justifie les moyens : "j’ai raison", dit le juge, et pour lui il est hors de question alors de laisser l’autre exercer un droit jugé inepte. A ce stade, aucun retour en arrière n’est possible, sauf remettre en question son propre jugement, ce qui n’est pas courant sous nos latitudes (d’autant que tout jugement prolonge notre vision du monde). Mais changer d’avis, ce serait se remettre en question, remettre en question ses capacités d’évaluation... et en conséquence une part (bien réelle) de l’image qu’il se fait de lui-même. Les dés sont donc jetés, le verdict a été prononcé et est en général sans appel !

Mais le pire juge est celui qui ne se vit pas comme violent. Celui-là vous nie sans en être le moins conscient du monde, sans rien savoir de la violence du jugement : pour lui, juger est une conséquence naturelle et en quelque sorte inévitable de la raison. La culture du doute, l’exerce-t-il sur lui-même ? On n’en est pas vraiment sûr. Bref, notre homme a considéré un jour (dieu sait comment) que vous n’étiez pas conforme à telle image qu’il se faisait de l’homme, image on s’en doute liée à celle qu’il se fait de lui... et nous voilà niés par la grâce de son jugement. On est alors face à une violence désincarnée : protégé par une bonne conscience sans faille, notre homme juge les hommes à l’échelle de celle-ci. La bonne conscience est l’échelle de son bon droit. Banalité du mal.



Comparons maintenant cette façon de juger avec la façon dont il est procédé aux Assises. Maintenant, il y a nous, un homme... et entre les deux : un acte. Imaginons par exemple un homme qui ait tué sa femme.

Un tel crime, c’est comme un mur trop haut pour nous. Mais là, plus question d’une bonne conscience qui jugerait d’abord un homme, puis - à partir de causes soi-disant repérées en lui - spéculerait sur les effets pervers que celles-ci ne pourraient manquer d’amener. Non. La pensée ne peut plus supputer ainsi, parce qu’en justice, ce sont les faits d’abord qui sont considérés : un crime a été commis ET un inconnu en est l’auteur. Voilà ce dont on dispose. La justice juge l’acte d’abord, et non l’homme !

Et ça change absolument tout. La sale petite manie de tout savoir et tout juger à laquelle on s’adonnait avec tant de légèreté fait place désormais à tout autre chose : l’obligation de juger ! En l’occurrence ici de juger donc d’un acte trop grand pour nous, hors de notre domaine de compétence. Et juger un homme à qui (cette fois) est reconnu, ne serait-ce que partiellement, d’être lié au contexte d’une vie, de sa vie... vie qui n’est pas la nôtre, et donc qu’on ne peut interpréter à la légère ! Telles sont les données du problème.

C’est donc seulement derrière l’acte qu’apparaît l’homme. Juger l’homme ne vient qu’au moment où l’on s’essaie à comprendre le rapport entre intentions et faits, afin d’établir les circonstances... atténuantes ou aggravantes. Une fois donc la question de la gravité de l’acte derrière nous, il s'agit maintenant de déterminer au plus près la responsabilité d’un homme (mais cette fois on est bien dans le concret, et plus dans nos chères images). Et selon la formule consacrée, c’est « en notre âme et conscience » qu’on se doit de le juger.

Aussi ne peut-on que se sentir obligé (autant que faire se peut) de tenter de se mettre à sa place. Parce que si l’on veut juger convenablement, on est bien obligé de comprendre un peu l’homme derrière sa faute... et ce d’autant qu’on tient son destin entre nos mains ! Et plus les faits sont graves, plus on est mis en demeure de mettre dans la balance la part d’inconnu au plus profond de nous, là où siègent nos zones d’ombre les plus troubles : nos doutes... là où l’on est renvoyé à un face-à-face avec notre seule humanité. Parce qu’à ce moment l’humanité est justement la seule question, la seule échelle de jugement de l’autre.

C’est contraint et forcé qu’on se trouve désormais en position de devoir rentrer au mieux dans le territoire de l´autre, ce territoire toujours inconnu qui est celui de sa vie. Et de nouveau, on se retrouve face à la même question : « qu’aurions-nous fait à sa place ? », celle précisément à laquelle on s’était toujours permis de répondre avec tant de désinvolture. Alors face au destin d’un homme qu’on tient entre ses mains, d’un homme qu’on se doit bien à un moment d’envisager comme un autre soi-même, c’est cette fois avec les mains tremblantes de peur de se tromper qu’on se retrouve sommé de répondre.

Alors vu d’ici : juger l’autre, prétendre pouvoir se mettre à sa place, savoir sa vie mieux que lui, tout ça ne peut plus qu’apparaître comme dérisoire, vulgaire, voire insupportable. C’est très concrètement maintenant qu’on peut soupeser la violence du jugement, ce poids qu’on s’était permis d’éviter de porter du fait de pseudo-certitudes ayant désormais volé en éclats.

Ouais, on ne nie pas un homme à la légère !



La non-violence, ce serait ne plus juger l’autre, cesser de se prétendre capable de se mettre à sa place, de prétendre savoir ce qu’on ferait à sa place, de prétendre savoir ce qu’il devrait faire... parce qu’à sa place, on n’y est pas ! La non-violence, ce serait une culture du doute (loin de la culture guerrière de l’Occident). Le jugement est une violence pure... et aussi les conditions de la violence : la racine de la violence. Tant qu’on n’arrachera pas cette racine, on n’en aura jamais fini avec la violence. Être nié est intolérable. Le jugement est intolérable et n’a pas à être toléré !
.


Dernière édition par chapati le Ven 9 Aoû - 19:21, édité 2 fois

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Message par chapati le Mar 9 Avr - 4:08

Rwanda 1994 - le mal, la bêtise et la représentation.

L'histoire du conflit proprement dit.
La région dite des lacs en Afrique est essentiellement peuplée de tutsis et de hutus, qui vivent ensemble depuis des siècles. Au Rwanda, après une longue domination tutsie, les colons sont arrivés et ont assis leur pouvoir en faisant des alliances avec eux, attisant forcément ainsi les vieilles rancunes ethniques. Mais au moment de l'indépendance (1957) les hutus, plus nombreux, se sont logiquement retrouvés au pouvoir (après on l'imagine une campagne présidentielle jouant sur des ressorts ethniques). Nombre de tutsies sont alors parti en exil, dans des pays limitrophes où ils étaient encore au pouvoir.
Mais certains espéraient un retour au pouvoir et faisaient de temps en temps des incursions armées. Et à chaque incursion (en gros toutes les décennies), des représailles s'ensuivaient, en général très violentes (mais sans commune mesure avec le génocide de 94). Et puis en 94 donc, une armée tutsie a menacé cette fois très sérieusement de rentrer au Rwanda et d'y prendre le pouvoir. Par l'intermédiaire d'une radio populaire, le pouvoir hutu a alors fait monter la pression en stigmatisant pendant des mois les tutsies, jusqu'à chauffer à blanc les esprits, pour finalement donner un jour le signal du massacre...

Et à ce moment a commencé une folie sans pareil. Les types partaient chaque matin découper en rondelle leurs anciens potes d'école, collègues de travail, relations de bistrot, anciens amis, et ce comme s'ils allaient au boulot. Ils partaient machette au poing, en groupe et en chantant, puis tuaient, violaient, découpaient les gens toutes la journée... et rentraient le soir.
C'est ça, la spécificité du Rwanda ! (environ un million de mort en deux trois mois).


J'en ai parlé plus haut, mais je le remets ici parce quand j'ai évoqué le truc sur des forums, l'indifférence suscitée (par ma thèse) m'a littéralement abasourdi. Ceux très sûrs d'eux qui clament l'existence du mal en l'homme m'ont par exemple objecté que le problème aurait été le même avec la Shoah. Bien sûr que non : la Shoah était cachée au peuple allemand (autant que faire se peut), par la volonté d'un dictateur fou, et au sein d'un système pyramidal et paranoïaque. Au Rwanda, rien de caché. De plus, c'est la population (hutue) elle-même qui a massacré l'autre ethnie, pas les membres d'une armée (soumis donc à des supérieurs) et pas non plus dans des camps plus ou moins isolés du monde. Pour finir, l'Allemagne était en guerre, ce qui bien évidemment change tout !


Au Rwanda, on a donc martelé pendant des mois, via une radio populaire, un message comme quoi toute la misère du monde était la conséquence de siècles de domination tutsie. Tout était de la faute des tutsies. En clair on leur a mis une image dans la tête des gens.
Et l'image a suffi.
A suffit à déborder, annihiler, piétiner des siècles de cohabitation comme il en existe tant, partout dans le monde. Les hutus ont obéi à une représentation qu'on leur a mise en tête, au point de passer outre leur vécu, leurs émotions, leur image d'eux-même, leur mémoire, et jusque leurs amis bien sûr. Au point de se transformer en peuple d'assassins.
Et chaque matin, la scène se reproduisait, ils allaient tuer comme on va travailler... apparemment sans colère ni excitation particulière, sans recours à aucune drogue. Et le soir ils rentraient, peut-être faire l'amour à leurs femmes...

Qu'est-ce qu'il s'est donc passé ?
Il s'est passé qu'on a donné "une bonne raison" aux hutus.
Et que ça a suffit !
Une raison, c'est un argument qui rend un récit cohérent.

Ce qui est en jeu, c'est qu'un récit (cohérent) puisse susciter une croyance qui s'intègre à la représentation des gens, et qui possède une telle force de cohérence qu'elle balaie tout le reste. Et en particulier toute émotion, tout sensible en eux. Le Rwanda pour moi, c'est la preuve du diktat de la raison sur le sensible, du pouvoir totalitaire de la raison !

Les gens ont dit : "j'ai raison" (de croire à la cohérence du récit), et ça a suffi !
... à leur faire massacrer hommes femmes et enfants, chaque jour, pendant un mois !

Le Rwanda c'est l'exemple terrifiant du pouvoir de la représentation qui fait croire aux mots plus qu'à tout.


Et comme la sidération qu'à mon sens ne peut que susciter ce genre d'événement n'a pas semblé provoquer la moindre bribe de pensée dans les honorables forums (dits "philosophiques"), je ne vais pas développer : juste mettre ma phrase comme une bouteille à la mer et m'en retourner.

Ma thèse se résume en une phrase :
C'est pas des hommes que les hutus découpaient, mais des images.
.

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Message par chapati le Mar 9 Avr - 4:09

Banalité du mal.

On s'inquiète du racisme, mais personne ne pose la question de l'acharnement des occidentaux à tout savoir, tout savoir et ne jamais se déjuger. Or c'est la racine dont le racisme n'est qu'une des conséquences.

Le mal. Je suis toujours scotché en regardant les émissions télé sur le nazisme, fasciné de voir qu'un peuple entier ou presque ait suivi un fou. Un fou au discours sans doute suffisamment cohérent pour que ça ne se voit pas trop... à condition d'avoir des "affinités" (ou des prédispositions). Parce qu'adhérer à un tel discours, c'est montrer une volonté pathologique de tout savoir, de tout maîtriser ; c'est montrer son obsession d'avoir le dernier mot sur tout, toujours. Bref, c'est le fascisme. Et les gens s'y sont reconnus.

Par le dernier mot, il est question d'une certaine "hâte", celle de qui ne peut s'imaginer sans savoir mieux que l'autre. Au quotidien, c'est par exemple croire à ce qui nous semble simplement "logique"... au nom de la raison. Croire sans douter. C'est laisser la raison décider seule de "la vérité" d'un discours, c'est toujours la laisser in fine valider ou invalider les choses, c'est lui accorder l'exclusive du dernier mot, de mettre le point final qui justifiera la croyance éternelle (quand le sensible lui, est indéfiniment soumis au doute qu'exerce la raison).

Critiquer cette état de choses, C'est évidemment pas du tout renoncer à ce que la pensée vienne un jour à bout de tel ou tel problème, soit en capacité un jour de nous éclairer, mais simplement laisser le temps à la pensée de penser. Et ici j'émets l'idée que l'univers mental des uns et des autres (le savoir des uns et des autres) n'est rien d'autre que le moment où l'on "stabilise le monde", où l'on en fait une synthèse... parce qu'on n'arrive pas à en comprendre plus, à le comprendre plus loin que ça. Sauf qu'en général et chez tout un chacun, le doute est supposé surgir à un moment ou un autre (ou être en capacité de le faire).

Or ici, tout s'est passé comme si Hitler avait balayé toute possibilité de doute d'un revers de menton (preuve qu'il en fallait pas beaucoup). Et comme au Rwanda un demi-siècle plus tard, les types sont partis au quart de tour. L'univers psychique d'Hitler a semble-t-il suffi à reproduire leur désir de tout savoir, à les conforter qu'il disait tout haut ce qu'eux n'osaient affirmer avec tant de force. Bref, un révélateur de la justesse de leurs opinions qui leur permettait enfin de clamer à la face du monde qu'ils avaient raison, et ce depuis le début. Raison sur quoi, c'en est presque anecdotique : un bouc émissaire a suffi à canaliser ce détail. Refus de l'altérité. Il aura donc suffi d'un fou, d'un gueulard psychotique...

Et aujourd'hui, la honte de la race supérieure oubliée, les oies semblent y retourner de leur pas tranquille. Les vieux ne sont plus là pour dire la bêtise de tout cela (de toutes façons, ici, personne ne les écoute plus depuis longtemps). Et la volaille d'accélérer le pas, en attendant peut-être qu'un nouveau chef vienne la conforter, lui faire franchir la dernière marche : lui donner le feu vert...
Et bien sûr il faut se taper les experts se demandant comment on a bien pu en arriver au fascisme, pour en fin de compte épiloguer sur tel ou tel Mal qui nous "habiterait". Bref, tout plutôt que de penser notre civilisation. Les musulmans, ils s'autorisent à tout savoir sur eux (encore et toujours), jusqu'à leur expliquer qu'il leur faudrait réécrire leur livre saint, afin qu'il soit conforme à notre savoir à nous (et c'est à peine si trois pelés semblent s'apercevoir du genre de problème que ça pose, cette façon de penser). Mais sur notre civilisation à nous, silence radio, rien, nada : c'est pas nous, pas moi, fin de la réflexion. Tout plutôt que de penser cette fascination de savoir mieux que l'autre, de penser l'impératif d'on ne sait quelle raison ne pouvant qu'avoir le dernier mot (quitte à tout écraser au passage). Deux mille ans de guerre : aléas de l'histoire, accident ? La faute aux rois, à la religion ? (mais faute absoute par la chère révolution, celle où aucun doute, c'était bien nous cette fois : les droits de l'homme, ça c'est moi, c'est tout moi).

Banalité du mal ?
Si l'on veut. Sauf que les causes, Arendt les a ratées, et dans les grandes largeurs. Pourquoi une banalité ? A ça elle ne répond pas. Elle dit que ce serait affaire de raison (encore et encore), que penser devrait suffire à éviter ce genre de loupé, la morale ne pouvant que reprendre ses droits au passage. La morale et le tour est joué. Il suffirait donc de savoir plus, mieux. Après deux mille ans de pensée, on en était donc à massacrer la moitié de l'humanité. Preuve qu'on y était presque ? Encore un dernier effort et on va y arriver ? Bref, tout sauf penser pourquoi un monde de guerriers, un monde d'hommes belliqueux. Tout sauf penser la fuite face au doute, la fuite jusqu'à écraser l'autre. Tout sauf penser l'impasse du diktat de la raison et son fameux "dernier mot". Aussi dans un tel monde guerrier, comment faire pour exister sans devenir soi-même un guerrier, si l'on n'est pas porté à ça : comment exister dans ce voyage au bout de la nuit qu'on nous impose sans relâche ?

L'occident dit : "c'est ça la vie, la civilisation". Et que voit-on en guise de réponse ? La relève. Des types jouer des coudes au pas de charge. Créateur d'entreprise, c'est la dernière mode, le rêve de l'individu social, bien intégré au sein de son escadron? Ultime solution de survie ? Pas grave. Fiers de l'être. Créateur de fric, nec plus ultra de l'accomplissement humain, de l'épanouissement perso : la spiritualité en marche.
(et de sinistres clowns d'oser dire que c'est la faute au rêve, à mai 68 : quelle honte !).

Banalité de la bêtise oui, et de l'indignité.

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Message par chapati le Mar 9 Avr - 4:41

Rwanda (suite) : responsabilité de la France

Génocide au Rwanda : le droit de savoir et le devoir de vérité

Le président Emmanuel Macron vient d’annoncer la création d’une commission sur le Rwanda qui "aura accès à toutes les archives françaises". Dont acte.

Emmanuel Macron, qui était adolescent au moment du génocide et n’est pas lié aux partis politiques au pouvoir à l’époque, sera-t-il le président du devoir de vérité sur le Rwanda ? La lettre de mission adressée par M. Macron à M. Duclert est un motif d’espoir : jamais un président n’avait ainsi donné à des personnalités indépendantes, avec autant de clarté, accès aux archives de l’Etat.

Même si, quoi qu’en disent d’anciens protagonistes de la politique française au Rwanda, beaucoup a déjà été documenté, dit et écrit par des journalistes, des chercheurs et quelques témoins privilégiés, cela fait vingt-cinq ans que les survivants du génocide et les familles des victimes attendent la vérité. Et les Français sont, eux aussi, en droit de savoir.

https://www.lemonde.fr/idees/article/2019/04/06/rwanda-le-droit-de-savoir_5446680_3232.html


Non, je crois pas. C'est pas ça qu'il y a à comprendre (la question du Rwanda est évoqué au dessus).

Et ce serait même dommage, oui dommage, que sous prétexte qu'il faille trouver des coupables - qu'il faille et surtout qu'il suffise - pour justifier qu'on mette un point final à ce qu'on ne comprend pas ; dommage qu'on vante la possibilité qu'une lumière quelconque attribuant telle responsabilité à la France puisse réduire, jusqu'à peut-être finalement finir par occulter, le fond même de l'affaire. Ce serait dommage que les descendants des survivants tutsies n'aient plus qu'à se dire : "c'est la faute de la France" ou quelque chose de cet ordre en guise de compréhension, mais surtout de mémoire. Et ce quelle que soit la responsabilité de la France dans l'affaire.

Car au delà des images colportées par telle ou telle histoire officielle, c'est bien sur le mal et rien d'autre, celui qui s'est emparé de leurs voisins hutus, que les "survivants" s'interrogent... s'interrogeaient en tous cas, dans le livre splendide de Jean Hartsfeld : "Dans le nu de la vie", recueillant leurs témoignages. Et pas sur ce qui correspond sans doute plus à des lâchetés qu'à du machiavélisme (ou un cynisme forcément ignoble) de la part des autorités françaises.

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