Whitehead : résumé

Aller en bas

Whitehead : résumé

Message par chapati le Mer 27 Juin - 12:24

Rendre compte de la totalité de "l’expérience", tel est le but de l’entreprise whiteheadienne.

Pour Whitehead, c'est l’émotion qui a la primauté dans l’interprétation de la vie . C'est par un processus de "sentir" que les entités s’approprient les données qu’elles unifient : "la forme primitive de l’expérience physique est l’émotion", et même "l’émotion aveugle" . Percevoir ("préhender" est son terme), c’est prendre et recevoir avant de comprendre. Il définit la philosophie comme étant "la correction que la conscience apporte à son propre excès initial de subjectivité", et il ajoute que "la tâche de la philosophie est de recouvrer la totalité rejetée dans l’ombre par la sélection". La conscience elle-même n’est pas "initiale" dans le procès, puisqu’elle se constitue au contraire au cours d’une expérience d’abord "aveugle" : la conscience introduit cette sélectivité qui "masque la totalité externe" dont elle provient.

Résumé tiré de : https://www.cairn.info/revue-philosophique-2006-1-page-7.htm



De l’auto-organisation à l’auto-création

A partir des années 1970, le concept d’auto-organisation a rencontré une popularité singulière en devenant le point de convergence de nombreuses théories scientifiques dans des domaines variés de recherche. Toutefois, l’idée selon laquelle les organismes possèdent une capacité autonome d’organisation a trouvé des applications bien avant la popularisation du concept. La notion kantienne de finalité interne selon laquelle "l’être organisé possède en soi une force formatrice", ou encore la théorie darwinienne de l’évolution qui suppose une capacité autonome des organismes à se reproduire et à se régénérer peuvent être considérées comme étant déjà des expressions du principe d’auto-organisation.

Mais certains auteurs décrivent de manière plus radicale l’immanence du monde et de la Nature en référence cette fois à un principe d’auto-création. Ces nouvelles théories maintiennent la thèse d’une autonomie des organismes tout en ne les définissant plus selon un caractère ordonné et évolutif. Il revient à Whitehead (1861-1947) le mérite d’avoir donné un fondement aux théories de l’auto-organisation en définissant un univers pleinement auto-créateur, qui oppose une transformation événementielle et non progressive au devenir auto-organisé et évolutif des organismes.

Withehead parle de processus . Son ambition consiste à donner une base spéculative ou un fondement métaphysique  à la physique du XX° siècle, concevant la Nature en termes de transmission d’énergie. Whitehead prend position contre l’abstraction des espaces extensifs et intemporels en considérant le caractère énergétique de l’acte processuel. "On soutient que l’être créé (ie la matière) est extensif, écrit-il, mais que son acte de devenir ne l’est pas ". La théorie de l’auto-création destitue la matière localisée à la faveur de relations entre les organismes qui se comprennent dorénavant en termes d’échanges énergétiques. Les processus deviennent affaire de vibrations et de potentialités. Avec Whitehead, les processus ont un caractère événementiel qui excède toute forme d’objectivité préexistante ou construite.
Sa critique du positivisme constitue non seulement une récusation des doctrines essentialiste et substantialiste, mais détruit également la logique "sujet connaissant / objet à connaître". L’unité organique du réel (ou entité actuelle) n’est pas une origine, mais un résultat situé au milieu d’un nombre infini de préhensions.

Pour Whitehead, chaque processus possède une rationalité propre et déterminable qui advient dans un "présent local". La détermination d’un processus ne vaut qu’en fonction de la relativité de ce présent local. Le processus est donc irréductible à ce qui est visiblement instable dans sa forme. Au contraire, des entités actuelles en apparence aussi invariables dans le temps constituent des processus au même titre que l’onde marine ou la rafale de vent. Ces entités actuelles ne cessent de devenir dans la Nature en préhendant et en étant préhendées d’une multitude de manières par d’autres organismes. Dans ce contexte, les processus ne changent pas en passant d’un état stable à un autre, mais ne font que se transformer.

Le caractère imprévisible ou instable des processus témoigne de l’omniprésence de la possibilité du chaos dans le monde. La cosmologie de Whitehead ne suppose ni une rupture radicale entre l’ordre et le désordre, ni une conquête progressive et grandissante de l’organisation. Pour lui, la confusion ou le désordre est un élément possible tout aussi déterminant pour l’univers que la possibilité qu’ont les choses de s’harmoniser ou de s’ordonner entre elles. C’est en définitive le caractère toujours spécifique de l’ordre relatif à chaque processus qui donne une allure chaotique à l’univers des transformations processuelles.

Les processus produisent en chaque présent local de nouvelles règles de fonctionnement. C’est pourquoi Whitehead fait du principe de créativité le moteur du devenir de l’univers. "La créativité, écrit-il, c’est le principe ultime par lequel la pluralité, qui est l’univers pris en disjonction, devient l’occasion actuelle unique, qui est l’univers pris en conjonction ". En tant qu’une pleine autonomie est accordée à la Nature, la créativité naturelle devient auto-créativité. Les processus ne cessent de se créer pour eux-mêmes de nouvelles règles d’agencement.

Pour Whitehead, la limite de la théorie de l’évolution se définit par le fait qu’elle ne tient pas compte du potentiel créateur d’un individu ou d’un organisme particulier, indépendamment de l’espèce générale à laquelle il appartient. De plus, le processus d’autocréation des organismes n’accorde aucune priorité à une ligne de devenir particulière. Les processus sont donc discontinus, ce qui signifie qu’il n’y a pas de sérialité unique et que les processus d’auto-création produisent une multiplicité de lignes de devenir dont aucune n’est à privilégier. Le principe whiteheadien de créativité maintient une tension entre la multiplicité des lignes sérielles du devenir : "Une multiplicité a seulement une relation disjonctive au monde actuel. L’univers qui comprend les données absolument initiales pour une entité actuelle est une multiplicité ".

Résumé tiré de : https://www.cairn.info/revue-d-histoire-des-sciences-2012-1-page-81.htm#no1



Whitehead (et ses rapports avec Leibniz).

Whitehead c'est le successeur de Leibniz, mais en même temps il renouvelle tout. Son grand livre : Procès et Réalité. (1933, Aventure des Idées). Le schème catégoriel de la pensée classique c'est : sujet-attribut, substance-attribut. Whitehead est imprégné de Leibniz. Mais pour lui, ce qui est important ce n'est pas de se demander si les choses sont des substances, mais de savoir si la substance doit être pensée en fonction d'un attribut ou bien d'autre chose ? De savoir si le prédicat est réductible à un attribut, du type "le ciel est bleu". Et pour lui non, parce que le prédicat est événement. La notion fondamentale c'est celle d'événement. Tout est événement puisque le sujet est une aventure qui ne surgit qu'à l'événement.
Tout est événement.
Ce cri a retentit une première fois avec les stoïciens. Ils s'opposaient à Aristote précisément dans l'entreprise de définir la substance par l'attribut. A la notion d'attribut ils opposaient celle de manière d'être. L'attribut c'est ce que la chose est, mais la manière d'être, c'est autre chose. Et les stoïciens firent la première théorie de l'événement. Ensuite, il y eu Leibniz, et il n'y a pas pire erreur sur lui que de comprendre l'inclusion du prédicat dans le sujet, comme si le prédicat était un attribut. Leibniz ne cesse de le nier, le prédicat est pour lui rapport, le prédicat c'est la relation, c'est l'événement.

Tout est événement, dit Whitehead. Généralement on considère qu'un événement c'est une catégorie de choses spéciales, par exemple se faire écraser par un autobus, c'est un événement. Mais la grand pyramide elle, c'est pas un événement. Whitehead dit que si. Qu'elle est un événement en tant qu'elle dure. Toute chose, dit-il, est passage de la nature. Leibniz disait : toute chose est passage de Dieu. C'est pareil. Il n'y a pas de choses, il n'y a que des événements, tout est événement.

Sa philosophie peut se résumer avec trois coordonnées : les occasions actuelles, les préhensions, et les objets éternels. A l'occasion actuelle correspondent les concepts de conjonction, concrescence, créativité ; aux préhensions correspondent les composantes de la préhension (perception) ; aux objets éternels les différents types d'objets éternels (par exemple certains renvoient à des qualités sensibles, d'autres à des concepts scientifiques).

Mais il y a trois problèmes.
Le premier, c'est qu'il part des conjonctions, c'est à dire des occasions actuelles, il s'est déjà donné un monde d'événements.  Mais comment arrive t-on à des conjonctions ? Peut-on faire la genèse de l'événement ? Qu'il y ait des conjonctions dans le monde ça ne va pas de soi. C'est le problème fondamental de la philosophie de Whitehead. Si ce problème là est réglé, tout le reste va. Et Whitehead a besoin de toute une physico-mathématique pour rendre compte de la genèse des conjonctions, c'est à dire des occasions actuelles. C'est qu'il part d'une distribution du type distribution aléatoire d'électrons, ou variation d'un champ electro-magnétique. Comment se forment les conjonctions dans un tel monde ?
(le deuxième, ce sera : de quoi une préhension est-elle faite? quels sont les éléments, les composantes d'une préhension ; et le troisième, c'est les modes d'objets éternels)

C'est quoi cette genèse ? Comment arrive t-on à des conjonctions, pourquoi y a t-il des conjonctions ? Est-ce qu'il y a une raison des conjonctions, raison qui ne peut être que mathématique et physique.

Une hypothèse est que Whitehead aurait au début pensé qu'une physique mathématique pourrait nous donner la clef d'une genèse de l'occasion actuelle, c'est à dire des conjonctions. Et puis il aurait eu le sentiment que s'il faisait une genèse des conjonctions, il n'y aurait pas d'occasion actuelle qui ne soit nouvelle. Une occasion actuelle ne pouvant être déduite d'autre chose qu'elle même. Mais rien ne dit que Whitehead renonce, l'essentiel pour lui étant que cette genèse respecte l'exigence de ne pas être telle que l'occasion actuelle dérive, découle ou résulte de ses composantes génétiques, mais rende compte de ce que la loi de l'occasion actuelle est d'être toujours une nouveauté par rapport à ses propres composantes, n'implique aucune réduction du nouveau à l'ancien. C'est cette genèse même que Whitehead va faire dans des conditions qui font de sa philosophie une des rares à avoir opéré un lien fondamental avec la science moderne.
Il part de quelque chose, il se donne quelque chose. Une occasion, une conjonction, c'est un quelque chose de nouveau, du type ce soir il y a concert. C'est une nouveauté, ce n'est pas l'effet d'une cause. Alors qu'est-ce c'est ?

Il part du "many", du multiple, mais d'une multiplicité pure et aléatoire. Il lui donne un nom dans Procés et réalité, c'est la "diversité disjonctive". Il se donne une diversité disjonctive. Le mot disjonctif est important puisque on part de l'opposé de la conjonction. A chacun de ces stades, il y a une espèce d'ajustement étonnant avec Leibniz, si bien que tout ça c'est une lecture prodigieuse de Leibniz, en même temps qu'il fait surgir un nouveau Leibniz. Il part du "many", multiplicité aléatoire définie par la diversité disjonctive. Et il va nous montrer qu'à partir de cet état de diversité disjonctive se produit quelque chose de nouveau : du nouveau se dessine dans cette diversité disjonctive des séries infinies, qui ne tendent pas vers une limite. Ce premier moment, c'est que la diversité disjonctive est soumise à un processus de divisibilité infinie qui organise des séries infinies, sans limite. Qu'est-ce que c'est que ces séries sans limite ? Ça repose sur une analyse de la vibration : au fond de l'événement il y a des vibrations.

Le premier stade c'est le "many", des vibrations n'importe comment, aléatoires. Tout est vibration. Pourquoi la vibration met-elle déjà ce début d'ordre ? Parce que toute vibration a des sous-multiples, s'étend sur ses sous-multiples. la propriété de la vibration c'est de s'étendre sur ses sous-multiples. Ça a un nom, ce sont des harmoniques. Une couleur, un son est une vibration, toute couleur a des harmoniques. Mon hypothèse [celle de Deleuze, ndlr] est que c'est la vibration qui surgit dans le "many", et dès ce moment la diversité disjonctive commence à s'organiser en séries infinies sans limite. Il faut supposer chaque vibration ayant des sous-multiples, des harmoniques à l'infini, dans le pur cosmos. Le cosmos c'était le many, c'est à dire le chaos.

Ensuite, toute vibration infiniment divisible a certains caractères intrinsèques, qui soit concernent la nature de la vibration envisagée, soit même - caractères extrinsèques - ses rapports avec d'autres vibrations. La vibration entre dans des séries infinies sans limite, mais, dit Whitehead, les expressions quantitatives capables de mesurer ces caractères entrent dans des séries qui, elles, convergent vers des limites. Les séries vibratoires ne sont pas convergentes et n'ont pas de limite, premier stade de la genèse. Et deuxième stade : les séries de caractères intrinsèques et extrinsèques, elles, convergent vers des limites, et cette fois, on a une idée de séries convergentes. Les timbres vont former une série convergente; les intensités vont former une série convergente, les hauteurs vont former une série convergente, les teintes vont former une série convergente etc. C'est beau. Et puis c'est tellement plein de science, c'est une manière moderne et pourtant c'est tout simple.

Donc premier stade le "many" ou la diversité disjonctive ; deuxième stade l'organisation de séries infinies sans limite avec les vibrations et les sous-multiples de vibrations ; troisième stade, formation de séries convergentes. Tout est prêt. L'occasion actuelle c'est la conjonction. La conjonction vient après la convergence. La conjonction c'est une réunion de deux séries convergentes au moins. Voilà engendré l'occasion actuelle, qui est une conjonction, et est radicalement nouvelle par rapport aux séries génétiques qui l'engendrent.

Le many c'est un espèce de soupe, c'est le fleuve qui charrie les membres disjoints, épars, un bras un nez, c'est le chaos (mais il faut supposer que ce n'est pas un nez, c'est un électron de nez). Dans cette soupe se dessinent des séries sans limite et sans convergence. Et puis chacune de ces séries sans limite ni convergence a un caractère, et les caractères de séries entrent dans des séries convergentes, alors des conjonctions qui se produisent, comme des grumeaux dans votre soupe. Une occasion et vous vous apercevez que votre grumeau est composé de préhensions. Mais l'occasion actuelle n'est pas présenté comme un résultat passif. Il y a chaque fois activité et rétro-activité. Les séries convergentes réagissent sur les séries infinies sans convergence, les conjonctions réagissent sur les séries convergentes. A chaque niveau il ya émergence d'un nouveau type d'activité. La série est une activité, la convergence des séries est une autre activité, la conjonction est une autre activité, etc.

On ne sait pas bien ce qui s'est passé dans la diversité disjonctive, mais on se donne des vibrations. Il y a formation de vibrations. D'où viennent-elles ? Il semble scientifiquement possible de concevoir une vibration qui s'étend sur une infinité d'harmoniques, c'est à dire sur une infinité de sous-multiples. La métaphysique qui correspond à cette science, ce n'est pas une réflexion sur cette science, elle doit dire métaphysiquement.

J'insiste sur le point suivant parce que c'est un genre de philosophie qui est en connexion avec la science moderne. Je reprends l'exemple de Bergson. L'idée de Bergson elle est que la science moderne nous apporte une nouvelle conception du temps, scientifique. Elle définit le temps par rapport à l'instant quelconque, quand la science antique définissait le temps en fonction de moments privilégiés. L'idée de Bergson est très simple, très belle : il dit que l'ancienne métaphysique était le corrélat de la science antique. Elle était adaptée à la science antique et inversement la science antique était adaptée à sa métaphysique. Aristote fait la physique du mouvement et la métaphysique qui correspond à cette physique du mouvement, et la physique du mouvement correspond à la métaphysique d'Aristote. Aujourd'hui il faut faire la métaphysique qui est le corrélat de la science moderne, exactement comme la science moderne est le corrélat d'une métaphysique potentielle qu'on a pas encore su faire. Quelles est la métaphysique qui corresponde ? C'est une métaphysique de la durée et non plus de l'éternité. Qu'est-ce que c'est que la métaphysique pour Whitehead qui correspond à la science moderne ? Ce serait une métaphysique de la créativité. Une métaphysique du nouveau.

Résumé tiré de : http://www.le-terrier.net/deleuze/14leibniz10-03-87.htm

chapati
Admin

Messages : 320
Date d'inscription : 28/02/2017

Voir le profil de l'utilisateur http://philodeleuze.forumactif.com

Revenir en haut Aller en bas

Re: Whitehead : résumé

Message par chapati le Ven 14 Sep - 17:22

Trouvé un autre lien extrêmement intéressant sur Whitehead (dont je ferai peut-être un résumé) :

https://www.cairn.info/revue-les-etudes-philosophiques-2002-4-page-511.htm

chapati
Admin

Messages : 320
Date d'inscription : 28/02/2017

Voir le profil de l'utilisateur http://philodeleuze.forumactif.com

Revenir en haut Aller en bas

Revenir en haut

- Sujets similaires

 
Permission de ce forum:
Vous ne pouvez pas répondre aux sujets dans ce forum