Guerre de civilisation & islam

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Guerre de civilisation & islam

Message par chapati le Ven 28 Avr - 6:03

Des politiciens nous disent qu'on serait en guerre... certains ajoutent modestement "de civilisation".

Qu'est-ce qu'on fait ?
Une guerre mondiale préventive... au cas où un monde arabe radicalisé sorti vainqueur des luttes actuelles pourrait avoir le même genre de projet un jour dans ses cartons ?
Ou on s'occupe de l'actualité du jour, à savoir Daesh, et on laisse le monde musulman à ce qui est très vraisemblablement sa crise de sortie de la religion, aussi chaotique qu'elle puisse être ?


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Re: Guerre de civilisation & islam

Message par chapati le Mar 9 Mai - 20:57

Juste que - n'en déplaise à monsieur Valls - devant les roulements de tambour patriotiques et autres débats entre experts en stratégie (religieuse et guerrière), il serait bon de ne pas confondre la situation en France et celle dans le monde musulman : les problèmes ne sont pas les mêmes et donc les réponses non plus.

Pour ce qui est des terres d'islam.

Le plus important me semble de comprendre que l'Islam est une religion vivante, mais sans doute en même temps en déclin dans nombre de pays.
- "Vivante" ça veut dire qu'elle est encore vécue comme un lien entre les hommes (lien qu'elle ne se prive pas de revendiquer sans modération), d'où l'incapacité de la plupart des croyants à se représenter la religion comme une affaire privée (ce que l'Occident ne comprend visiblement pas du tout).
- "En déclin" malgré tout parce que, sans négliger que certains pays islamisés ont leur propre cheminement historique en dehors de l'exemple occidental, celui-ci les met face à un idéal démocratique auquel peu sont insensibles.
(notons qu'il y a en plus une accélération du mouvement via internet, qui relie les jeunes et les regroupe autour d'un sentiment d'injustice bien compréhensible... sans parler des séries télé qui diffusent en boucle des images idéalisées compatibles avec leurs désirs de fric et autres fantasmes sexuels, et qui agissent ainsi comme une propagande à la gloire de l'occident)

Je pense que les religieux voient que le pouvoir politique ne peut qu'un jour leur échapper, et du coup font le forcing en désignant les boucs émissaires supposés ressouder les communautés. Et ceux-là sont eux-mêmes j'imagine dépassés par d'autres pseudo-religieux, qui profitent de la situation.
La stigmatisation de l'autre est d'autant plus prégnante au Moyen-Orient, où les tensions ne cessent pas depuis cinquante ans, alimentées par le problème Israëlo-Palestinien, les guerres géopolitiques camouflées en idéologies entre chiites et sunnites, voire les batailles pour le pétrole... et encore plus récemment le trafic de drogue venant d'Afghanistan.
Alors on file dix smic locaux à tous les gueux de la terre pour les enrôler, on récupère d'anciens taulards en les rebaptisant "califes" ou "ministres", on arrose un peu en guise d'avance sur investissement et l'on prie avec une ferveur millénaire pour que ça marche...


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Re: Guerre de civilisation & islam

Message par chapati le Mer 10 Mai - 4:59

Pour ce qui est de la France.

D'abord dire que le problème de la vague d'islamophobie actuelle en occident est je pense essentiellement alimentée par une confusion entre cultures et religion, soit via une totale méconnaissance de quoi que ce soit ayant trait aux différentes façons de vivre des musulmans, du - ou plutôt des - monde(s) musulman(s).

Sauf qu'à partir de là, Hollande est venu nous expliquer qu'on serait "en guerre" (et moi, j'avais pas voté pour être en guerre). Alors qu'on soit en guerre en Iraq et en Syrie, c'est un choix sans doute compliqué et peut-être acceptable, difficile à dire pour le citoyen lambda que je suis, mais qu'on me parle de guerre en France suite au Bataclan, et qu'en plus ce soit la gauche qui balance ce genre de truc, c'est insupportable. Insupportable parce qu'ensuite il n'y a plus de limite. Et un jour Valls de venir nous expliquer que le burkini c'était les prémisses du terrorisme. Délire caractérisé. Et voilà la gauche avec exactement le même discours que Sarkozy, la même bêtise, et le même racisme pour ce que j'en conclus : juste l'horreur.

Ensuite on a appris que le type qui conseillait Valls s'appelait Kepel, et que ce Kepel prétendait que c'est le radicalisme international musulman qui, se répercutant en France, entraînait la chaîne de l'horreur. Autant dire que pour lui tous les musulmans français étaient virtuellement susceptibles de tomber dans ce type de merde idéologique. Sauf que ça tenait pas debout : rien de leur histoire, et celle de leurs pères et mères, ne les y prédisposait, bien évidemment. C'était mettre les problèmes d'un moyen-orient ou d'un Afghanistan à feu et à sang au cœur des préoccupations de types de Sarcelles et Saint-Denis. Psychologiquement absurde et terrifiant de bêtise : irresponsable, complètement irresponsable !

Un autre islamologue réputé - Olivier Roy - trouva la parade en une formule-choc heureuse : c'est pas la radicalisation de l'islam qui produit du terrorisme mais l'islamisation de la radicalité ! Et là, ça collait. Avec les profils de tous les faiseurs d'attentats perpétrés après le Bataclan, soit à partir du moment où Daesh s'est désinvesti de sa soi-disant volonté de guerre civile en occident en invitant les sympathisants à bricoler eux-mêmes leur jihad. A Nice on a eu un buveur de whisky, joueur de poker, et gigolo à ses heures : tu parles d'un portrait-robot de salafiste radical (celui que l'occident n'a de cesse de pointer de doigt). Bref en guise de salafistes ultra-radicaux poussés au jihad, on s'est tapé toute un brochette de petites frappes plus ou moins repenties et psychologiquement fragiles, qui se sont fait baratiner par des tarés en prison !

Alors pourquoi Valls a-t-il pointé son putain d'index autoritaire sur le burkini ? C'est quoi cette parano ? Est-ce qu'il y croit lui-même ou est-ce que les promesses de gauche passées à la trappe, ça l'a occupé tout ça : il s'est vu en cow-boy sauvant l'occident des forces du mal, lui aussi ? Valls peut-être, mais Hollande ? Alors quoi, on redouble la stigmatisation entreprise par Sarkozy, quitte à dérouler le tapis rouge à Le Pen : c'est ça la gauche social-démocrate ? Valls, pour moi il a pété les plombs, c'est un paumé devenu plus près de l'extrême-droite que du PS. Mais Hollande : qu'est-ce qu'il est venu faire dans cette galère ? C'est ça que j'aimerais comprendre. Lui aussi Kepel l'a convaincu ? Lui aussi a pété les plombs ?

Quoi, des gens croient vraiment qu'une confrérie jihadiste va attaquer le monde occidental, l'envahir, le mettre à sa botte ? C'est pas sérieux. Il fallait que Ben Laden soit devenu fou pour avoir osé envisager le 11 septembre... et il a fini comme une bête traquée sans plus pouvoir jamais sortir de sa retraite. La guerre est interne au monde musulman et c'est tout. Les quelques attaques perpétrées en occident ne sont pour moi que de la pub pour enrôler les gens ailleurs, pour leur monter la tête, leur présenter le jihad comme combat ultime, avec l'occident dans le rôle du bouc émissaire : Allah vs le Mal. C'est de la stratégie, de la communication, du même tonneau que Bush junior quand il avait parlé d'axe du mal. D'ailleurs c'est bien au sein du monde musulman que les attentats tuent des milliers de morts tous les ans...

Reste des types parfaitement imprévisibles et difficilement contrôlables, qui peuvent frapper n'importe où n'importe quand. C'est évidemment terrifiant, mais c'est pas la guerre en France, ça. C'est pas ça la guerre. Je crois pas.


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Re: Guerre de civilisation & islam

Message par chapati le Jeu 11 Mai - 12:08

Le problème entre critique de l'Islam et islamophobie est dans l'amalgame permanent qui est fait entre l'islam religieux et l'islam culturel. C'est bien de ça dont se servent les racistes pour passer de l'un à l'autre.

Soi-disant on critique la religion... puis l'on passe au culturel, en prétendant que le religieux influe sur la culture, ce qui est certes vrai. Sauf que le culturel c'est aussi mille choses qui n'ont pas plus que ça à voir avec le religieux. La culture, c'est la façon dont les gens vivent et pensent. Et on ne définit pas ça, de Djakarta à Rabat en passant par Kabul, en faisant systématiquement référence a la seule religion, fut-elle fortement prégnante : c'est de l'imposture intellectuelle, de la bêtise ou de la manipulation !
Et ensuite, on voit ces types se permettent de considérer les musulmans de façon paternaliste, comme un bloc, à la manière des colons de jadis. On en arrive aux : "vous n'êtes pas entrés dans l'histoire" (comme quoi l'histoire ce serait nous : l'occident comme la pointe de l'évolution, etc).
On n'est plus si loin de dire que la "race" blanche (ou la culture si l'on veut) serait supérieure !

Bref il y a d'autres mots que "islamophobie" mots pour qualifier ce genre de position : des mots qui fâchent.


Et là on en arrive à une interview du Nouvel Obs, où est posée à Kepel la très bonne question de savoir en quoi faire le procès de l'islam est par les temps qui courent de l'ordre de l'urgence. Voici très précisément comment est formulée la question :

Dans votre livre, vous dénoncez violemment "les autruches de la pensée dénégationniste", qui situent la cause du mal absolu dans l'islamophobie, notion que les islamistes et leurs compagnons de route ont fini par imposer pour interdire, dites-vous, tout débat sur la deuxième religion de France. A l'heure où le débat politique sur l'islam n'en finit pas de se crisper, y avait-il urgence à dénoncer le fonctionnement de ceux que vous qualifiez d'"islamo-gauchistes" ?

Kepel répond que "la cécité les des islamo-gauchistes les conduit à minimiser le péril djihadiste de peur de désespérer Molenbeek comme les compagnons de route du Parti communiste s'interdisaient de dénoncer les exactions du stalinisme de peur de désespérer Billancourt".
http://tempsreel.nouvelobs.com/societe/20161031.OBS0572/gilles-kepel-les-islamo-gauchistes-ces-charlatans.html

Cette analogie démontre son incapacité à répondre à une question pourtant prévisible : celle de l'urgence de poser aujourd'hui le problème de la critique de l'Islam (en dehors de vendre ses livres ou entretenir l'islamophobie, voire espérer une carrière politique).
Parce que quand les communistes défendent Staline (référence à mai 68, ndlr), c'est pour garder l'illusion de l'idéal soviétique vis-à-vis de leurs électeurs, ça a une cohérence stratégique : des chefs manipulent leurs ouailles pour qu'elles ne se dispersent pas ailleurs. Mais là qui chercherait à manipuler je-ne-sais quels "islamo-gauchistes" ? La réponse est dans la formule : les partis dits "gauchistes" (et qui ça fait bander de discréditer les gauchistes : la droite la plus radicale... et Valls, donc)
Parce que c'est factuel, les gauchistes n'en ont strictement rien à foutre de la religion, et guère plus de défendre l'islam : il n'y a pas plus anti-religieux que Melenchon ou les trois pelés stalino-trotskystes qui tentent d'exister à côté.

Donc si une certaine frange de population - certes souvent de gauche mais pas que - défend les musulmans en France, c'est sans doute des types qui s'y retrouvent niveau conscience mais c'est tout, il n'y a pas de Parti derrière, personne n'a besoin de Poutou pour se faire une opinion sur les problèmes des musulmans en France. Je crois pas.

Bref, la question posée est surtout celle d'une éventuelle "islamophobie" de monsieur Kepel... et de celui qui fut donc son oreille attentive : monsieur Valls.

Kepel qui, rappelons-le, n'hésite pas à prendre pour argent comptant le baratin des "idéologues" de Daesh, qui disent à qui veut l'entendre que leur "stratégie vise à fomenter en Europe une guerre destinée à faire imploser le Vieux Continent et à y instaurer son califat" !
https://www.scribd.com/doc/315604766/eBook-Gilles-Kepel-Terreur-Dans-l-Hexagone-Genese-Du-Djihad-Francais

Qui croit à ce genre de sornettes ?

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Re: Guerre de civilisation & islam

Message par chapati le Jeu 8 Juin - 11:35

Passer sous le métro ça vous fout le trouille ? Le flingue c'est dangereux ? La corde c'est flippant ? Vous êtes sensibles au vertige ? Ne désespérez pas, un simple marteau suffit et les flics appuieront sur la gâchette à votre place.
Bon ça c'était la théorie...
Pour le pékin de Notre Dame, ça se complique par contre : en guise de jihad, va lui falloir expliquer sa peine depuis le départ de sa copine. La petite, elle, doit se terrer au fond de son jean en attendant le réveil et les aveux du malheureux et la descente de police qui suivra : "c'est la nature m'sieur l'agent" qu'elle aura plus qu'à plaider pour éviter Guantanamo. Vertige de l'occident : les services secrets sont sur les dents.
Le type, sinon, écrivait une thèse de doctorat. Ah quand même...
Daesh, qui passait par là, inventa donc le marteau (après le camion et la fausse ceinture d'explosif). Plutôt ingénieux les gars, et polyvalents avec ça sous leurs airs préhistoriques (penser à confisquer le lance-pierre d'Ahmed).
Un doctorat...
Sinon il écrivait des articles pro-féministes dans Rue 89. Les jihadistes, c'est plus ce que c'était !


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Re: Guerre de civilisation & islam

Message par chapati le Dim 18 Juin - 10:11

« Les terroristes ne sont pas l’avant-garde d’une communauté musulmane en voie de radicalisation »
(Olivier Roy)
La plupart des assaillants de Londres ne viennent pas des milieux communautarisés. Ils ont plongé directement dans une version djihadiste de l’islam, estime le politologue. (...) Les derniers attentats confirment les tendances lourdes que l’on retrouve ailleurs, même s’il y a une grande diversité dans le profil des terroristes. Tout d’abord, les cinq terroristes sont morts dans l’action, alors qu’ils auraient pu trouver d’autres modalités tout aussi meurtrières mais qui leur auraient permis de fuir et de recommencer (par exemple, Abedi à Manchester aurait pu laisser son sac rempli d’explosifs et quitter la salle) (...) Les attentats confirment aussi l’absence d’incubation religieuse des terroristes dans un milieu salafiste. A part l’auteur de l’attentat de Westminster, totalement atypique par son âge élevé (mais très typique par son passé de délinquant et de converti), tous se sont radicalisés immédiatement...

http://www.lemonde.fr/idees/article/2017/06/15/olivier-roy-les-terroristes-ne-sont-pas-l-avant-garde-d-une-communaute-musulmane-en-voie-de-radicalisation_5145280_3232.html

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Re: Guerre de civilisation & islam

Message par chapati le Mar 27 Juin - 14:06

Pathétique Valls... ou l'incompatibilité de l'individualiste avec la gauche.

A cent voix près enfin on ne l'entendait plus. Hélas ! Fort de sa députation contestée à Petaouchnok, le revoilà revenu au pas de course dans tous les médias. Moi moi moi. Pour dire quoi ? Se plaindre que sa trahison après la primaire lui ait "coûté cher" (sic). Pauvre loulou : sa carrière de président (on compatit). Ça a sinon abouti à l'explosion du PS qui, sans lui, aurait sans doute fait dans les 15% (et Mélenchon aussi) à la présidentielle. Mais ce genre de dommage collatéral semble lui passer au dessus de la tête, sa majesté moi-seul-ai-la-hauteur-de-vue-pour-représenter-la-France. Il a détruit le PS et crache aussi sur Mélenchon, notre hyper-responsable de gauche. Mélenchon qui, selon lui, aurait accusé Cazeneuve de "commanditer" (sic) le meurtre de Fraisse (y'a des procès en diffamation qui se perdent). Et de parler de la violence verbale de Mélenchon ( Rolling Eyes ). Enfin il se plaint qu'on le traite d'islamophobe (ce qu'il n'est sans doute pas), mais ne peut s'empêcher, pour se justifier, d'aller jusqu'à délirer que la gauche (ou au moins une partie), selon lui, serait "complaisante" vis-à-vis du terrorisme.
Non mais c'est dingue d'entendre ça !
Complaisant parce que les musulmans seraient le prolétariat du XXI° siècle. En clair, à gauche, on excuserait le terrorisme parce que les prolo musulmans sont socialement au bas de l'échelle. Autant dire qu'on excuse les musulmans de leur terrorisme virtuel : encore bravo pour l'amalgame, machin !

... ou les dégâts de la pensée Kepel, chez un type qui a visiblement un problème avec la compréhension et l'usage des mots.


Mélenchon : https://www.dailymotion.com/video/x5rzv5x_manuel-valls-melenchon-est-dangereux_news
Complaisance de la gauche : http://www.liberation.fr/france/2017/06/27/pour-valls-la-france-insoumise-se-compromet-avec-l-islam-politique_1579798

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Re: Guerre de civilisation & islam

Message par chapati le Jeu 29 Juin - 10:18

Trouvé cet excellente interview, bien loin des excès actuels qu'on entend trop souvent en Occident. Je la restitue en intégralité, puisqu'elle s'inclut parfaitement dans ce fil et reflète a priori ma position.

Et si les conflits du Moyen-Orient contemporain n’étaient pas de nature religieuse ? Pour l’historien et économiste libanais Georges Corm, cette approche réductrice de la géopolitique ne sert qu’à légitimer la thèse du « choc des civilisations ». Dans son livre Pour une lecture profane des conflits*, l’universitaire démontre les nombreux mécanismes qui ont permis de légitimer des guerres injustes depuis la fin de la Guerre froide. Une politique qui passe par l’instrumentalisation du religieux.

Par une lecture profane des conflits, entendez-vous vous opposer à la théorie de « choc des civilisations » ?
C’est un retour à la politologie classique, une approche des situations de guerre par une analyse multifactorielle, et non pas par une causalité unique qui serait religieuse, ethnique ou prétendument morale. La thèse du choc des civilisations est, à mon avis, une mise à jour post-moderne de la division du monde entre Sémites et Aryens, qui a provoqué l’antisémitisme effarant ayant mené au génocide des communautés juives d’Europe. Cette thèse perverse empêche de réfléchir sur les causes des conflits. Aveuglée par cette théorie du choc des civilisations, l’opinion publique peut soutenir des entreprises guerrières comme l’invasion de l’Irak, de l’Afghanistan, ou encore les interventions en Libye, en Syrie et très récemment au Yémen.

Au Moyen-Orient, le conflit sunnites-chiites est souvent mis en avant. La religion n’est-elle pas un vecteur de conflit dans cette région du monde ?
Quand le shah d’Iran était en place (1941-1979), sa politique n’était pas différente de celle du régime actuel. Pourtant, personne ne parlait d’opposition entre sunnites et chiites. Des intérêts géopolitiques se jouent aujourd’hui sous couvert de religion. Des enquêtes, publiées notamment dans The New Yorker, montrent que, suite à l’échec de l’invasion de l’Irak, les États-Unis ont décidé de provoquer des troubles entre sunnites et chiites. En créant notamment la notion de triangle chiite  Iran/Syrie/Hezbollah libanais, considéré comme l’équivalent d’un « axe du mal ». C’est très loin de la complexité des réalités de terrain, qui implique les intérêts géopolitiques des régimes turc, qatari, saoudien et israélien. La politique occidentale poursuit une ligne « sunnites contre chiites » sur le plan intérieur, et une vision « monde islamique contre monde occidental » sur un plan plus large. Il s’agit d’une approche fantaisiste : tous les gouvernements des pays musulmans sont dans l’orbite des puissances occidentales à l’exception de l’Iran, qui tente de normaliser ses relations avec les États-Unis.

Pourquoi les problèmes de religion, culture et civilisation sont si souvent invoqués pour justifier les conflits ?
Le Moyen-Orient est l’un des carrefours géopolitiques les plus importants dans le monde. C’est le principal réservoir énergétique. C’est aussi le lieu de naissance des trois monothéismes. Il est très facile d’utiliser les symboles religieux pour couvrir d’un voile les enjeux profanes purement politiques, militaires, économiques et autres désirs de puissance et d’hégémonie. Le Moyen-Orient est constitué de trois grands groupes ethniques ou nationaux : les Perses iraniens, les Turcs et les Arabes. Iraniens et Turcs ont pu hériter de structures d’empires vieilles de plusieurs siècles. En revanche, les Arabes ont été balkanisés dans diverses entités par les deux colonialismes français et anglais.
À l’heure du nationalisme arabe du président égyptien Nasser (1956-1970), la région était le théâtre d’atmosphères révolutionnaires qui menaçaient les intérêts occidentaux. L’organisation des Frères musulmans a été bien instrumentalisée afin de s’opposer à un panarabisme anti-impérialiste et tiers-mondiste qui entretenait des relations croissantes avec le bloc soviétique. Bien plus, l’instrumentalisation du religieux est devenue quasiment la politique officielle américaine pendant la Guerre froide. Zbigniew Brzezinski, conseiller du président américain Jimmy Carter de 1977 à 1981, a décidé d’organiser la mobilisation religieuse contre l’URSS. Dans l’aberrante guerre d’Afghanistan, en 1979, l’Arabie saoudite a été appuyée et financée par les États-Unis pour entraîner des milliers de jeunes Arabes, qui partaient ensuite se battre en Afghanistan. Al-Qaida est née à ce moment-là. Ces groupes de combattants ont ensuite été transportés en Bosnie, en Tchétchénie, aux Philippines, aujourd’hui dans le Xinjiang chinois... L’instrumentalisation de ces groupes mène à des organisations comme l’État islamique.

Vous parlez bien plus d’un recours au religieux que d’un « retour du religieux », expression que vous dénoncez. Pourquoi ?
Il n’y a jamais eu d’abandon du religieux dans l’Histoire du monde. Parler de retour du religieux est un ethnocentrisme européen poussé à l’extrême. Certes, la petite Europe a été relativement déchristianisée. Mais le reste du monde a conservé des liens importants avec la religion. À commencer par les États-Unis, pays fondé par des colons britanniques puritains. Le « retour du religieux » a été beaucoup invoqué pour dénoncer les dictatures marxisantes. Le philosophe allemand Léo Strauss (1899-1973) se demandait s’il ne fallait pas mieux revenir à des législations de type religieuses, après les malheurs qu’il attribuait exclusivement à la laïcité et la Révolution française, qui auraient d’après lui provoqué les deux Guerres mondiales. Accuser la Révolution française ou les philosophes des Lumières de tous les malheurs du monde est une thèse tout à fait exagérée. Pour moi, l’archétype de la guerre d’extermination, du goulag et du nazisme se trouve dans les guerres de religion.

Le raidissement des dogmes, aujourd’hui, traduit-il une nouvelle crise religieuse ?
Il ne faut pas tomber dans le piège des mouvances terroristes actuelles. Elles se réclament de trois théologiens politiques musulmans : Ibn Taymiyya (1263-1328), emprisonné par le sultan pour son extrémisme religieux ; le Pakistanais Abul a’la-Maududi (1903-1979), qui a justifié la sécession sanglante des Indiens de confession musulmane ayant donné lieu à la création de « l’État des purs » (ou Pakistan) ; et le Frère musulman égyptien Sayyid Qutb (1906-1966) qui a considéré tous les régimes politiques arabes comme « hérétiques » parce que ne respectant le principe d’une souveraineté absolue de Dieu sur les hommes. Mais la théologie musulmane, vieille de plus de treize siècles, va bien au-delà de ces trois noms et les théologiens « libéraux » sont très nombreux. Je pense qu’il y a aujourd’hui une crise des monothéismes, à cause de la manipulation du religieux. Concernant l’islam, la croyance wahhabite a été largement condamnée par la plupart des théologiens musulmans qui la considèrent beaucoup trop extrémiste. À l’origine, cette doctrine est née au XVIIIe siècle d’une simple alliance entre le prédicateur Abd al-Wahhab et la famille al Saoud aux ambitions politiques très grandes. Quand, dans la deuxième moitié du XXe siècle, l’Arabie saoudite a atteint une puissance pétrolière et financière importante, le wahhabisme s’est exporté tous azimuts.

Quel rôle joue l’instrumentalisation de la mémoire dans la gestion des conflits ?
Les musulmans restés fidèles au concept de « religion du juste milieu » sont marginalisés. Aujourd’hui, les médias et les chercheurs ne s’intéressent plus à la sociologie des sociétés arabes, turques, perses... Ils se consacrent à l’étude des réseaux islamistes. C’est un islam abstrait, une méga-identité qui ne veut rien dire mais sert à stimuler cette idéologie du conflit des civilisations. On retrouve le même type de crispation, en ce qui concerne le judaïsme. De très nombreux citoyens européens ou américains de confession juive n’approuvent pas la politique d’Israël. Des groupes de religieux, comme Neturei Karta, ne reconnaissent même pas la légitimité de l’État israélien. Mais ils sont totalement marginalisés dans les médias et la recherche académique. Une autre manipulation de la mémoire est le passage de la notion d’Occident gréco-romain à la notion d’Occident judéo-chrétien. Ce coup d’État culturel n’a pas beaucoup de sens, car le christianisme s’est construit contre le judaïsme. Cette opération est destinée à réparer le traumatisme causé par l’Holocauste.

Alors que le XXe a vu, pendant un temps, triompher une vision laïque de l’ordre international, comment la religion a-t-elle pu opérer un tel retour en force ?
Jusqu’aux années 1970, la vie internationale était laïque. Les pays non-alignés basaient leur discours sur le rapport avec les deux grandes puissances. La préoccupation était le développement économique et social, l’appropriation des sciences et les technologies. Tout a basculé avec la Guerre froide. L’extension du marxisme dans les rangs de la jeunesse arabe dans les années 1950-60 était très impressionnant. De quoi inquiéter les milieux militaires et politiques occidentaux. En cherchant à réislamiser les sociétés musulmanes, la doctrine Brzezinski entendait que leurs préoccupations ne soient plus économiques ou sociales, mais théologiques.

Pourquoi la laïcité a-t-elle échoué dans le monde arabe et musulman ?
Je n’aurais pas un jugement aussi abrupt. De très larges pans de laïcité subsistent dans des pays comme la Turquie ou la Tunisie. La Syrie et l’Irak étaient largement laïcisés eux aussi. Tout comme l’Égypte dans les années 1940-1950. Il n’y a pas non plus de recul absolu. Heureusement, il existe encore des millions de musulmans arabes sans comportement religieux ostentatoire. Mais l’échec complet de l’industrialisation est associé à une expansion démographique effarante. Devant l’incapacité de trouver un emploi, la mosquée devient attirante. Toutes les ONG islamiques ont fleuri grâce au financement des monarchies et émirats du Golfe. Elles ont distribué des aides sociales, conditionnées par l’adoption d’un mode de vie religieux.

Les médias et intellectuels occidentaux ont-ils joué un rôle dans cette « réislamisation » ?
Les politologues occidentaux ont donné une crédibilité islamique à des gens comme Ibn Taymyya ou Sayyid Qutb, ainsi que Ben Laden et le soi-disant « État islamique ». Vouloir expliquer des phénomènes comme les attentats du 11 septembre 2001 ou celui de Charlie Hebdo par la religion musulmane ne fait qu’amplifier le malaise. Les organisations terroristes doivent être considérées comme telles. Si vous mobilisez des savoirs soi-disant académiques pour justifier leurs actes par la théologie musulmane, vous jouez dans leur camp et renforcez leur crédibilité. S’est-on penché sur les textes marxistes pour expliquer les crimes d’Action directe, ou de la bande à Baader ou le goulag ? Chercherions-nous dans les Évangiles une justification des Croisades ou du génocide des Indiens d’Amérique ? Non.

Pensez-vous qu’il est possible de sortir de ce cercle vicieux ?
Je ne suis pas très optimiste. À partir du moment où les médias américains et européens appellent Daesh « l’État islamique », le terrorisme s’accroît. En luttant contre Ben Laden, longtemps allié des États-Unis, on en a fait un grand héros, avec un retentissement médiatique hors-pair. Deux pays souverains ont été envahis en déployant des moyens militaires absurdes. D’autant plus que l’Irak était considéré par Ben Laden comme un État mécréant à détruire. Et ça continue avec le drame syrien. On a décidé de diaboliser Bachar el-Assad, sous prétexte de réduire un dictateur qui n’est pas dans le sillage géopolitique de l’Occident. Tout en affirmant, à côté, que des organisations comme le Front al-Nosra, pourtant classé comme terroriste, font du bon travail en Syrie. Au Yémen, on recommence à bombarder les Houthis sous prétexte qu’ils sont soutenus par l’Iran et qu’ils appartiennent à l’une des nombreuses branches du chiisme. Ces folies coûtent des milliards de dollars aux contribuables européens et américains. Comment arrêter cette machine ? Depuis 2001, il n’y a aucune demande de comptes dans les pays occidentaux. Il est temps que les démocrates se réveillent pour demander que cela cesse.

http://www.lemondedesreligions.fr/actualite/des-conflits-geopolitiques-sous-couvert-de-religion-22-07-2015-4867_118.php

Un seul point m'interroge, c'est quand il est dit que le christianisme aurait été construit contre le judaïsme, ça m'aurait intéressé de savoir à partir de quoi on peut dire ça. Si quelqu'un a une idée (?)

chapati
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Re: Guerre de civilisation & islam

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